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Les vers de Max 2

Le navire

La troisième, elle, est d’un navire
Avec tous ses drapeaux au ciel,
La troisième, elle, est d’un navire
Ainsi qu’ils vont sous le soleil,

Avec leurs mâts avec leurs ancres,
Et leur proue peinte en rouge ou vert,
Avec leurs mâts, avec leurs ancres,
Et tout en haut leur guidon clair.

Or, la troisième, elle, est dans l’air,
Et puis aussi, elle, est dans l’eau,
Or, la troisième sur la mer
Est comme y sont les blancs bateaux,

Et les rochers, et les accores,
Et terre dure ou sable mol,
Et les rochers, et les accores,
Et les îles et les atolls ;

Et la troisième est seule au monde
En large, en long, en vert, en bleu,
Et la troisième est seule au monde
Avec le soleil au milieu.

Max Elskamp, Huit chansons reverdies

*choix de la lectrice de Joan Abras

À cause de Lisbonne

C’est parce que le plus récent roman d’Hervé Le Tellier, Eléctrico W, se déroule à Lisbonne que j’ai été attirée par lui. Même si d’aucuns ont reproché ici et là à l’auteur le fait que la capitale portugaise ait trop peu été mise de l’avant au profit de plusieurs histoires qui s’y déroulent, je ne suis pas de cet avis. Eléctrico W est un roman d’atmosphère, pas un roman sur Lisbonne, et c’est cela qu’annonçait le quatrième de couverture.

Vincent, un journaliste qui a choisi de s’installer à Lisbonne pour fuir une histoire d’amour qui ne menait nulle part, et Antonio, un photographe qui a grandi dans cette ville, lesquels ont déjà eu l’occasion de travailler ensemble sur un livre, se retrouvent le temps d’un procès à couvrir pour un journal français. Les deux hommes se connaissant peu, c’est pour eux l’occasion d’échanger, d’en apprendre davantage sur l’autre, voire même, peut-être de devenir amis. C’est aussi pour les deux l’occasion de découvrir à quel point le monde est minuscule alors qu’ils parlent d’eux, de leur vie, de leurs amours, de leur enfance. Tant et si bien que l’un voudra peut-être changer le cours d’une histoire qui s’est mal terminée en faisant sa propre enquête.

Roman d’atmosphère où Lisbonne est plus qu’une toile de fond, alors que surgissent au fil des pages le bruit du tramway, les terrasses de cafés bien connus, des odeurs, un jardin, détails qui s’additionnent pour rendre la capitale portugaise présente et inoubliable, Eléctrico W, c’est aussi les contes de Jaime Montestrela que Vincent s’amuse à traduire, dessinant par la même occasion une histoire parallèle.

Roman sur le passé, réflexion sur l’écriture, sur le passé, sur le sens de la vie, sur l’amour, Eléctrico W peut se targuer d’être tout ça et Hervé Le Tellier de l’avoir mené de main de maître.

Dites-moi

Tant de livres et si peu de temps.
Tous les jours, le même constat.

Tant de livres.
Pourquoi les journées n’ont-elles que 24 heures?

Dites-moi.

*toile d’Alexandra Nikolaevna Pregel

Constat du jour

Que dire? Que taire? À quel moment et pour quelles raisons ce qui est privé doit-il devenir public? Je me pose souvent la question quand je les entends raconter leur vie dans les moindres détails, de chacune des dents du fils de l’une à la présentation de tous les achats de l’autre, y compris certaines pièces de lingerie qui ne devraient pas, à mon avis, être exhibées dans un bureau.

D’où leur vient ce besoin d’étaler ainsi leur vie? N’y a-t-il rien d’intime et de de secret pour elles? Probablement pas, puisqu’elles utilisent les réseaux sociaux à outrance, y mentionnent leurs déplacements, y publient des centaines de photos et ont toujours à l’œil les pages de leurs 2000 amis pour les commenter. Vous trouvez que j’exagère? Je n’ai pourtant pas cette impression à une semaine du mariage de l’une d’elles qui ne nous a épargné aucune des étapes de ses préparatifs. Les autres semblent si friandes des détails. Or, ça ne m’intéresse pas. Ou plutôt, j’estime que ça ne me regarde pas et que je ne devrais pas être tenue au courant de tout ça. Nous sommes des collègues, pas des amies intimes.

Je suis donc ce midi une fois de plus perplexe. Ce n’est pas la première fois. Et sûrement pas la dernière.

Quand tout a-t-il basculé? Pourquoi la vie privée semble-t-elle avoir disparu au profit de la vie publique?

Plongée dans ma lecture, je tente avec difficulté d’oublier leurs voix.

*toile de Marie Éléonore Godefroid

Ce que mots vous inspirent 622

Sommes-nous condamnés à être façonnés par notre enfance, ses blessures, ses secrets, ses souffrances cachées? (Tatiana de Rosnay)

toile de Théophile Emmanuel Duverger

Les vers de Max 1

De tous les livres qui l’attendaient sur la table, c’est un vieux livre qui a attiré l’attention de la lectrice du peintre d’origine croate Blaise Vlaho Bukovac, soit le recueil du poète belge Max Elskamp intitulé Huit chansons reverdies. Un recueil qu’elle a parcouru sans se presser pour ne pas l’abîmer et dont elle a tiré ces vers :

Le matin

Et la première est d’un matin
Dit tout en bleu, dit tout en blanc,
Et la première est d’un matin
Ici pour le commencement,

De paix d’abord, cloches sonnant,
Et Flandre étant – Vive la Rose –
Douce à chacun à sa façon,
Suivant son bien, suivant ses choses.

Or Mai mettant les fleurs en cause,
Et la première est d’un matin,
Or Mai mettant les fleurs en cause,
Et la première est d’un jardin,

Voici qu’il sent le romarin,
Et qu’on dirait – Vive la Vie –
Voici qu’il sent le romarin,
Et qu’on dirait qu’on se marie,

Et la première est d’un matin
Ainsi de paix et d’ornement,
Avec du pain, avec du vin,
Ici pour le commencement.

Monsieur Satie

Si vous aimez Érik Satie et si vous avez envie de le faire découvrir aux enfants, il existe un bijou de livre pour le faire, à savoir celui que signe l’écrivain belge Carl Norac, intitulé Monsieur Satie, l’homme qui avait un piano dans la tête, accompagné d’un CD, lequel nous livre le texte lu par le comédien François Morel et quelques extraits musicaux interprétés pour l’occasion par le pianiste Frédéric Vaysse-Knitter.

Le tout est accompagné par des illustrations remarquables d’Élodie Nouhen, laquelle a su intégrer dans ses images la fantaisie suscitée par le texte de Norac, la musique de Satie et le personnage qu’il était.

Un bijou de livre, vous dis-je. Vous pouvez d’ailleurs le constater en écoutant cet extrait à défaut de le feuilleter. Un livre que je recommande aux parents, aux enseignants, aux professeurs de musique, aux bibliothécaires et aux mélomanes. Sans hésitation. Il fait partie des cinq plus beaux albums destinés aux jeunes que j’ai eu le plaisir de découvrir ces dernières années.

En dire davantage ne permettrait que d’ajouter d’autres superlatifs. La suite est entre vos mains, ou du moins le sera quand vous aurez le livre en main!

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Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge » et du

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détails ici

The Crooners, oubliez ce nom!

Rarement ai-je eu droit à tant d’amateurisme de la part de supposés professionnels, puisque le spectacle tourne depuis deux ans déjà selon l’article de Corinne Laberge dans Cités nouvelles. Blagues de mauvais goût, enchaînements plats et danseuses à peine habillées et sans talent ne sont que quelques-uns des éléments de cette soirée à oublier au plus vite.

Pourtant, les couleurs annoncées étaient autres quand les billets ont été mis en vente il y a quelques mois. Et quiconque aime Frank Sinatra, Dean Martin et Tony Bennett ne pouvait qu’être attiré par une soirée où ils seraient mis à l’honneur. Mais de bien piètre manière, en général, par les deux piliers du groupe The Crooners, à savoir Yanick Lanthier et Christian-Marc Gendron, lequel s’est autorisé à faire de l’autopromotion en nous interprétant deux chansons de son répertoire personnel, sans intérêt. Des trois chanteurs, un seul se démarque et ce n’est pas un de ceux qui font partie du trio puisqu’il agissait à titre de remplaçant : Don Campbell. Voix qui porte et juste, une « classe » qui manque aux deux autres, ce ne sont là que quelques-unes des qualités de celui que ses confrères n’ont pas pris la peine de nommer et de remercier à la fin du spectacle, alors qu’ils se sont félicités entre eux, ce qui ajoute à leur non-professionnalisme.

The Crooners sont soutenus par d’excellents musiciens. Tellement bons qu’ils ont presque tout le temps enterré les chanteurs. N’y a-t-il personne chargé de la sonorisation dans leur équipe ou dans celle de la salle? C’est à se le demander…

Je retiendrai tout de même un joli moment de toute cette soirée : Les talons hauts de Robert Charlebois. Une chanson que je ne pensais pas trouver dans le répertoire du groupe, mais qui est étonnamment bien servie par le trio au milieu d’autres que je préfère ne pas mentionner pour éviter que leur interprétation même pas digne de sous-sol d’église ne me revienne en tête.

Autrement dit, oubliez The Crooners, mais retenez le nom de Don Campbell!

Anecdotes de réviseure 20

Décidément, certains jours, je me demande ce que les Français ont fait de la langue française. Ça dépasse l’entendement. Et ne me dites pas que je suis pointilleuse. Le Cercle des Associés en Risk Management est un titre fautif. Même si l’organisme existe.

Vous n’avez jamais entendu de la gestion des risques? Faites un tour à Montréal. C’est là que se trouve la Chaire de recherche du Canada en gestion des risques.

Aurions-nous plus à cœur la langue française chez nous? Je suis souvent portée à la croire.

*illustration de Yuliya Kashapova

Ce que mots vous inspirent 621

Les vieilles histoires : elles ressemblent à des roses fanées qui s’effeuillent au moindre contact. (Selma Lagerlof)

*toile de Jeremy Winborg