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Deux jours dans mes souvenirs 6

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Il y a toujours eu des livres à la maison. Mon grand-père lisait, mes parents lisaient. Et moi je tournais les pages pour faire comme eux. Enfin, disons que j’ai commencé par regarder attentivement les images et que j’avais un faible pour les pages des costumes dans les encyclopédies qui étaient justement placées sur la rangée du bas, donc à ma portée. C’est donc en arrachant des pages qui me plaisaient que j’ai amorcé ma carrière de collectionneuse d’images. Mon grand-père était outré : sa petite-fille ne respectait pas les livres… Il fallait donc faire quelque chose. Et ça urgeait, ma boulimie allait créer un désastre dans la bibliothèque familiale. On s’est alors empressé de me gaver de catalogues, dont ceux d’Eaton, avec lesquels je pouvais faire tout ce que je voulais et à m’apprendre à lire…

*toiles de Nelda Pieper

Deux jours dans mes souvenirs 5

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Ma mère s’entêtait à nous couper les cheveux et à dire vrai, elle se débrouillait presque bien. On avait presque de jolies têtes. Presque. Enfin, de derrière et de profil, c’était impeccable. Mais de face, c’était une autre histoire. Ma mère avait créé une coupe juste pour nous, avec une frange plus longue d’un côté, jamais droite, ascendante ou descendante : cela dépendait de par quel côté elle avait commencé à couper, la droite ou la gauche. Ou alors elle nous laissait une frange de 1 cm à force de couper pour égaliser…

*toile de Fernando Saenz Pedrosa

Deux jours dans mes souvenirs 4

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C’est une histoire que ma mère aime raconter, mais dont je n’ai qu’un souvenir vague. Comme un grand nombre d’enfants, je traînais une couverture partout, dans le carré de sable de la cour, dans les flaques d’eau et bien entendu dans la maison ou pour faire les courses. Nous étions, elle et moi, inséparables. Sauf pendant qu’elle était dans la machine à laver ou dans la sécheuse. D’ailleurs, je ne voulais plus que maman fasse sécher ma couverte, parce que celle-ci rapetissait à chaque fois. Il faut dire que maman avait trouvé un moyen infaillible pour que je délaisse un jour celle-ci. Un coup de ciseaux avant chaque séchage, de telle sorte qu’elle a fini par devenir un ridicule carré dont je me suis désintéressée…

*toile de Donna Pellegata

Deux jours dans mes souvenirs 3

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Il y avait cette robe que j’aimais tant, une vraie robe de princesse. Bleue, avec un nid d’abeilles devant et un motif brodé à la main. Une robe qui avait traversé l’océan et qu’avaient rapportée d’Autriche mon oncle et ma tante qui s’étaient mariés à Paris pendant que celui-ci y faisait son doctorat. Une robe que je voulais porter à toutes les occasions parce qu’elle ressemblait à une robe de poupée. Je n’avais que faire du fait que c’était une « robe du dimanche » et à trois ans, je ne connaissais pas encore Sissi et encore moins l’Autriche.

Je sais juste que quand je pense jolie robe, je pense à celle-ci et à aucune autre. Curieux tout de même que ce soit une robe venue d’ailleurs… Déjà l’appel du large?

*toile de Mark Alan Burnett

Deux jours dans mes souvenirs 2

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Je n’ai jamais eu de Barbie traditionnelle. La mienne était brune et elle n’avait pas de cheveux longs. C’était celle qu’on appelait l’American Girl. Elle avait d’ailleurs si peu de vêtements que l’habiller, la déshabiller et la rhabiller ne m’aurait pas occupé plus de dix minutes. Et puis, ce n’était pas ce qui m’amusait, de toute manière.

En fait, ce que j’aimais déjà, c’était installer des décors et me raconter des histoires. J’ouvrais des pochettes de 33 tours pour faire deux murs d’une pièce et je me servais de tout ce que je trouvais pour lui faire des meubles : coquillages, roches, petites boîtes, livres, bibelots, etc. Et quand elle était bien installée dans mon décor de fortune que je trouvais ravissime, je lui inventais une vie, une famille, des amis, un amoureux au loin qui lui écrivait des lettres, des bals pour qu’elle puisse enfiler sa robe longue (que m’avait faite une amie de maman).

Et je rangeais le tout. Avec la satisfaction de ne pas avoir une Barbie blonde aux longs cheveux qui passe ses journées à se peigner et à changer de vêtements…

*toile de Paul Albert Besnard

Deux jours dans mes souvenirs 1

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Elle est arrivée avec une enveloppe cachetée à mon intention. Et la jeune demoiselle peinte par l’artiste Charles Trevor Garland est restée là, debout, à me surveiller tandis que je lisais la missive qu’elle avait apportée.

Elle n’attendait qu’un oui pour partir et aller annoncer la nouvelle aux autres. Or, la requête contenue dans la lettre n’était pas banale. On me demandait de raconter pendant deux jours des morceaux de mon enfance, des histoires de filles était-ce écrit, à des demoiselles qui viendraient les écouter…

Pourquoi pas? me suis-je dit. Oui, pourquoi pas? Et je lui ai dit oui, tout en me demandant si j’avais assez d’histoires dans mon coffre pour tenir deux jours…

Place donc à mes histoires, sans ordre, comme elles viendront. Juste pour le plaisir de les raconter, de les partager. Avec elles. Avec vous.