Admin:
Archives:
Les murs font la fête

tz5-0405_023.jpg

tz5-0405_026.jpg

C’est à Genève que la chose se passe. Et si Denise n’avait pas eu l’œil, nous n’aurions rien su de ces murs qui se sont parés de leurs plus beaux atours pour faire la fête. Mais laquelle??

Anecdotes de libraire 16

castano-tomas.jpg

Je ne sais pas d’où m’est venue cette passion. Ou peut-être des encyclopédies et des dictionnaires de mon grand-père devant lesquels je pouvais rester des heures quand on m’eut bien fait comprendre de ne pas retirer les images que j’aimais – la chose était réservée aux magazines et aux catalogues.

Je sais seulement que quand entrait un client qui avait l’intention d’acheter un dictionnaire ou une grammaire, j’étais toujours partante. Entre Larousse, Robert et Grevisse, pour ne nommer que ceux-ci, j’étais dans mon élément. Aucun dictionnaire, aucune grammaire, aucun guide de conjugaison, aucune méthode de langue n’avaient de secrets pour moi. Car dès qu’un nouveau titre paraissait, je me ruais littéralement dessus. Avec un bonheur fou.

Je sais, je sais, ce n’est pas une passion courante. Mais c’était la mienne. C’est toujours la mienne. Je vais toujours voir les nouveaux titres. Sur les accords du participe passé et sur la ponctuation. Et parfois, je me demande : y en a-t-il d’autres comme moi?

*toile de Tomas Castano

Quelques vers d’Eugénio 3

curole-kent.jpg

Elle a ouvert le livre l’a fermé. Elle veut tant retenir les mots du poète portugais Eugénio de Andrade avant de laisser le livre à une autre. Et les yeux fermés, la lectrice de Kent Curole redit les mots du poète une dernière fois avant de déposer le livre ouvert à cette page.

J’ai aimé des endroits
où secrètement
le soleil se laissait caresser.

Où étaient passées des lèvres,
où les mains avaient couru innocentes,
le soleil brûle.

J’ai aimé comme on brise la pierre,
comme on se perd
dans l’insensible floraison de l’air.

Je suis comme une voile

wen-ted-8.jpg

Je suis
Comme une voile
D’un bateau
Toujours prête
À partir
Vers le port
D’un autre rêve
D’un autre vent
D’un autre amour

Je suis
Comme une voile
Et la mer
M’appelle
Vers les rives
D’une autre vie
D’une autre musique
D’un autre amour

Je suis
Comme une voile
Mais
Quand rencontrerai-je
L’océan?

(septembre 1979)

*toile de Ted Wen

La petite lectrice et l’univers

jager-anja-1.jpg

Dès qu’elle ouvre ses livres, la petite lectrice d’Anja Jager est ailleurs. C’est tout l’univers qui s’offre à elle, un monde de mots et d’aventures, un monde de personnages aussi improbables que réels, un monde dont elle ne peut se passer et qui occupe la dernière heure avant le sommeil. Soir après soir.

Je serai toujours un peu cette petite lectrice.

Direction Québec

400_ans__quebec.jpg

400_ans_lr-quebec.jpg

« Le 23 décembre 1895, Fernand Crouan, de la maison Denis Crouan Fils, armateurs à Nantes, commandait à Adolphe Dubigeon, directeur des chantiers du même nom à Chantenay sur Loire, la construction d’un trois-mâts barque à coque d’acier. Il s’appellerait Belem, du nom d’un port du Brésil où les Crouan avaient fondé au début du XIXème siècle un comptoir commercial. Il allait servir au transport de marchandises, notamment de cacao pour le compte du célèbre chocolatier Menier. »

C’est ainsi que Reine m’a présenté le Belem, que Sylvie (la photographe) a vu quitter le port de La Rochelle, en direction de Québec, où il doit arriver le 2 juillet, pour fêter le 400e anniversaire de la ville. Ce qu’il est beau! Ça donne envie d’être dans le coin pour le voir de plus près…

Là est ma vie

grant-william.jpg

Et matin après matin, et soir après soir, et parfois – souvent – la nuit, je vais dans ma galerie glaner des toiles que je raconte. Parce que c’est là une partie de mon bonheur quotidien. Parce que je ne saurais plus vivre autrement.

Et souvent, je suis là, avec ma plume, comme l’écrivaine de William Grant, à regarder là-bas, je ne sais pas vraiment où, peut-être à l’est, ou sur la ligne d’horizon, tandis que les personnages se mettent à vivre. Une vie qui n’a peut-être rien à voir avec la réalité, mais une vie qui les sort des toiles. Qui leur donne une autre dimension.

Et là est ma vie. Dans ces histoires que je raconte. Et que je compte raconter encore un moment.

On ne peut pas tout savoir de ce que la vie nous prépare

hardy-valerie-4.jpg

Il m’arrive parfois de rêver d’une pièce où il y aurait d’immenses fenêtres, comme dans la toile de Valerie Hardy. Et de me demander si toute cette lumière entrant dans la pièce serait source d’inspiration.

Et je me dis que peut-être un jour… On ne peut pas tout savoir de ce que la vie nous prépare.

Quelques vers d’Eugénio 2

chiasson-denis-18.jpg

Elle était fébrile. Les mots de la veille qu’une autre a déposés lui disaient qu’elle allait aimer Eugénio de Andrade. Et toute la journée, la lectrice de Denis Chiasson a vécu dans l’attente de ce moment où elle aurait le privilège de touner elle aussi les pages de Matière solaire. Et de laisser le livre ouvert, pour nous.

C’est quand la pluie tombe, c’est quand
on la regarde doucement que brille le corps.
Pour dire cela la bouche est bien peu de chose,
il serait nécessaire que les mains elles aussi
voient ce brillant, qu’avec lui elles composent
la musique, et même bâtissent la maison.
Tous les mots parlent de ce feu,
Ont le goût de peau de cette lumière mouillée.

Il ira voir la mer

nardini-peter-1.jpg

Il ira voir la mer. Peut-être relira-t-il là-bas des mots anciens, venus de l’enfance ou de plus tard. Il ira voir la mer. Et il y jettera des lambeaux de tristesse et ce qui est trop lourd. La mer est grande, la mer comprend. Et elle prendra tout. Elle ensevelira le tout en elle pour qu’il ne reste plus de tristesse en lui. Juste les souvenirs du bonheur.

Il ira voir la mer. Et celle qu’il aime caressera son visage. Le lecteur de Peter Nardini sait qu’elle aussi, comme la mer, comprend tout.