
Elle lit enfin ce sonnet. Ce sonnet de Luís Vaz de Camões qu’il lui avait lu un matin d’automne alors qu’il neigeait pour la première fois de l’année. Elle lit enfin ces mots entendus et elle les reconnaît comme si elle les avaient retenus sans s’en rendre compte. Et la lectrice de Drew Sarka lit à haute voix le sonnet extrait du livre qu’il lui a offert. Et moi, je l’écoute…
De mon état je suis si incertain
Que consumé d’ardeur je suis tremblant de froid;
Et sans motif je pleure et je ris à la fois,
J’embrasse l’univers et j’étreins le néant.
Tout ce que je ressens est une confusion;
Un feu sort de mon âme, un fleuve de mes yeux
Tantôt j.espère et tantôt j’ai des doutes,
Tantôt je déraisonne et tantôt je vois clair.
Je suis sur terre et je m’envole au Ciel,
Je découvre en une heure mille années,
Et en mille ans ne puis trouver une heure.
Si quelqu’un veut savoir pourquoi je suis ainsi,
Je dis que je l’ignore; et pourtant je soupçonne,
Madame, que ce n’est que pour vous avoir vue.
(in Sonnets, traduction d’Anne-Marie Quint et Maryvonne Boudoy, Éditions Chandeigne)
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