
Tous les samedis, il se dit la même chose. Non, pas ce soir. Non, pas encore un samedi comme le précédent. Et il tient bon. Il se laisse prendre par un film à la télé qu’il a vu au moins trois fois. Et la soirée passe.
Mais vient cette heure maudite où ça le démange. Où ses pas le portent inévitablement jusqu’au pub de Morris. Jusqu’à ce coin toujours désert à cette heure-là parce que les habitués savent que Jeremy va arriver, qu’il va commander à boire et faire semblant de lire. Comme il le fait depuis cinq ans. Comme il le fait depuis ce sombre samedi d’un mai dont tous se souviennent. Ce samedi où il a quitté les lieux avec la plantureuse Margot, la serveuse du pub dont il s’était amouraché comme un gamin.
Ce samedi où le lecteur de Gavin Glakas s’est endormi avant même de plonger sa langue dans la bouche de la demoiselle qui n’attendait que ça. Parce qu’il avait englouti trop de stouts pour se donner le courage de la ramener chez lui.
Et tous les samedis, ça lui reprend. Cette envie de réparer. Cette envie de connaître le goût de la bouche de Margot. Et assis au fond de la salle bruyante, dans cet espace qui lui semble attitré, il attend avec un livre un signe. Mais Margot rit. Mais Margot fait semblant qu’il n’existe pas. Et comme tous les samedis, elle part avec un autre que lui. Et il rentre en se promettant qu’il n’y aurait plus d’autre samedi comme celui-ci.
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