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Carré de roses

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Nous sommes choyés. Déjà que nous nous ravissions des commentaires de Reine, déjà que nous l’avions adoptée, parce que nous sentions qu’elle nous ressemblait, voilà qu’elle s’inscrit encore davantage dans ces pages qui sont les miennes, les vôtres, les nôtres. Par ce bouquet qu’elle nous offre et qu’elle a intitulé Carré de roses comme un cercle d’amis. C’est un cadeau splendide. Un autre moment de douceur dans ce pays qui s’étale au nom de l’amitié et du partage.

Tous les samedis

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Tous les samedis, il se dit la même chose. Non, pas ce soir. Non, pas encore un samedi comme le précédent. Et il tient bon. Il se laisse prendre par un film à la télé qu’il a vu au moins trois fois. Et la soirée passe.

Mais vient cette heure maudite où ça le démange. Où ses pas le portent inévitablement jusqu’au pub de Morris. Jusqu’à ce coin toujours désert à cette heure-là parce que les habitués savent que Jeremy va arriver, qu’il va commander à boire et faire semblant de lire. Comme il le fait depuis cinq ans. Comme il le fait depuis ce sombre samedi d’un mai dont tous se souviennent. Ce samedi où il a quitté les lieux avec la plantureuse Margot, la serveuse du pub dont il s’était amouraché comme un gamin.

Ce samedi où le lecteur de Gavin Glakas s’est endormi avant même de plonger sa langue dans la bouche de la demoiselle qui n’attendait que ça. Parce qu’il avait englouti trop de stouts pour se donner le courage de la ramener chez lui.

Et tous les samedis, ça lui reprend. Cette envie de réparer. Cette envie de connaître le goût de la bouche de Margot. Et assis au fond de la salle bruyante, dans cet espace qui lui semble attitré, il attend avec un livre un signe. Mais Margot rit. Mais Margot fait semblant qu’il n’existe pas. Et comme tous les samedis, elle part avec un autre que lui. Et il rentre en se promettant qu’il n’y aurait plus d’autre samedi comme celui-ci.

Les lettres de la semaine

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Comme elle aime relire certaines lettres lues trop vite. Comme elle aime ces mots qui lui semblent plus tendres quand elle les lit tranquillement, dans le silence de la nuit.

Elle se laisse bercer par eux, par tout ce qu’ils portent de magie et d’images, de souvenirs ou de rêves, d’espoir et d’amour. Et la nuit peut passer ainsi. Et toutes les nuits peuvent passer ainsi. La lectrice d’Albert Bréauté est heureuse. Heureuse d’un bonheur qui est le sien, qui ne ressemble à aucun autre. D’un bonheur parfois gagné en traversant des plages de souffrance qui l’ont fait s’isoler. Mais dont ce soir elle ne veut pas se souvenir. Mais dont le moins possible, et pas juste ce soir, elle veut se souvenir.

Et elle lit les lettres une à une, comme les petits billets laissés sur la table avec des mots d’amour et des dessins. La semaine a été belle. La prochaine sera encore plus belle. Il suffit d’y croire. Sans malgré, sans même si, sans rien de ces mots qui affadissent le bonheur.

Il fait si chaud…

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Il fait si chaud qu’elle ne supporte aucun vêtement. Si chaud que la moindre caresse sur sa nuque ou son épaule la mettrait en nage.

Elle sait bien qu’elle n’aurait pas dû remplacer l’eau par du vin, mais il y a des soirs de canicule où elle n’est pas raisonnable. Où elle va de la douche au divan. Où elle tourne les pages. Où peut-être un voisin contemple sa nudité dans le silence. Mais la lectrice de Jaime O. Abril B. n’en a cure. Elle a chaud. Et seul le livre lui fait oublier à quel point l’humidité se colle à sa peau.

Le carnet vert

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Que notait la reine Hortense, peinte par Claude Marie Dubufe, dans son petit carnet vert ? Les rendez-vous secrets avec un amant dont on ne saura jamais le nom puisqu’elle n’aurait pas inscrit le véritable nom si jamais le carnet servait à ça et parce que, de toute manière, il n’y a plus de trace du carnet ?

Il me plaît de lui inventer un galant qui aurait su la troubler et la faire rougir. Un qui lui aurait lu des sonnets. Un qui lui aurait baisé la main comme on le faisait autrefois, avec les idées qu’on a toujours. Mais je ne sais rien du carnet vert. Je ne sais que ce que j’invente dans la nuit qui commence.

Les livres ressemblent parfois à la vie

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Elle a ce regard rêveur qu’on a parfois quand on ferme certains livres qu’on aurait voulu voir ne jamais se terminer.Ce regard qui dit tout de la tristesse de voir le héros tué. Ce regard d’incompréhension devant une issue à laquelle elle n’avait pas songé, parce qu’elle pense toujours que les histoires finissent bien, mais pas celle-ci.

Pourtant, tout le long de sa lecture, la lectrice de Carl John David Nordell a espéré autre chose, bien autre chose que cette attente soldée par une lettre annonçant le décès du soldat. Jusqu’à l’avant-dernière page, elle a cru au miracle. Mais les livres ressemblent parfois à la vie.

Dans mon monde

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J’ai vraiment trop peu écrit cette semaine. Trop peu. Alors qu’il y a atant de toiles à raconter, tant d’histoires qui se précipitent au bout de ma plume. Mais j’ai passé tellement de temps à rêver, à me laisser bercer par les mots des autres que la semaine a filé. Et il me semble ce soir être en manque. En manque de ce plaisir si fort que l’écriture me procure et à nul autre comparable.

Il fait pourtant si chaud qu’on a peine à bouger. J’ai noué mes cheveux sur ma tête dans un savant désordre, c’est-à-dire avec quelques mèches qui tombent d’un faux chignon. Mais nul ne les voit que mon lion en peluche qui est habitué à mes excentricités.

Il ne dit rien. Il me voit sortir mes plumes et m’installer. Il sait que pour les prochaines heures je suis entrée dans la toile de Nancy Chaboun. Inatteignable. Dans mon monde.

La vie est douce

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Il y a toujours un peu de moi dans la toile du samedi matin. Toujours un peu de moi dans celle qui lit ou qui écrit en buvant son café. Et sûrement beaucoup de moi dans la liseuse de Susan E. Roden dans la lumière incertaine de ce samedi avant-midi alors que le soleil valse avec les nuages, ne sachant trop s’il doit leur laisser la place ou les pousser ailleurs.

Le café est bon, les croissants aussi.

Je saurai toujours me réjouir des petites choses anodines, je suis ainsi. Tant pis si ça dérange certains, tant mieux si ça convient à d’autres.

Je vois le petit morceau de soleil faisant son chemin là où d’autres voient du gris. Et comme la vie est douce ainsi.

Leur rayon de soleil

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C’est leur petite fée. Il n’y a pas d’autre mot pour celle qui allume des sourires sur tous les visages.

Grand-mère, grande sœur, marraine et maman peuvent passer des heures à lui faire des tresses. Juste pour dégager le visage de la petite lectrice de Dez Sterbini. Pour que les cheveux ne tombent pas sur son nez quand elle tourne les pages. Pour qu’elles puissent, toutes, admirer la lumière sur le visage de leur rayon de soleil. Et sourire.

Gravé dans ses yeux

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Quiconque franchit la porte de son bureau remarque tout de suite les feuilles éparpillées, les livres ouverts, l’homme plongé dans une composition musicale ou des annotations pour les interprètes. C’est ce qui est visible, c’est ce qui est plausible. L’homme travaille. Il a promis une pièce pour un événement dont la date se rapproche chaque jour. Et il faut bien qu’il ait l’air d’avancer.

Mais le lecteur de Valentin Serov ne fait que donner le change pour qui vérifie s’il travaille vraiment. Et des livres ouverts, ça fait toujours illusion.

Personne ne peut une minute imaginer qu’il rêve du corps d’une femme. Qu’il ne pense plus qu’à ça. Non, personne ne peut douter à le voir ainsi qu’il ne travaille pas. Qu’il rêve. Car il semble bien trop sérieux et affairé pour ça.

C’est pourtant gravé dans ses prunelles.