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Les bonheurs simples

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Je les écoute me raconter leur vie trépidante. Fin de semaine hors de Montréal. Repas gastronomique dans tel restaurant. Première de théâtre ou de film. Valises prêtes pour un départ vers le bout du monde. Sorties entre amis. Et je suis étourdie juste à les écouter, moi qui me suis éloignée du brouhaha, moi à qui un livre et une tasse de café suffisent, accompagnés de quelques notes de musique.

Je les écoute et la tête me tourne. Il y a si longtemps que vis sans agenda, sans toutes ces obligations d’avant, sans rendez-vous autre qu’avec mes livres et ce lieu où je vais quotidiennement et que j’appelle mon pays.

Elles ont oublié les bonheurs simples qui font mon bonheur.

*sur une toile de Kathleen Ward

Comme quoi

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Quand il a choisi de tout quitter de sa vie, tout le monde y est allé de ses commentaires. Il devait être tombé sur la tête. Il était fou. Et pauvre elle. Oui, tous ont émis une opinion. Ont compati. Elle était une victime. Il était un salaud.

Même moi j’avais donné mon son de cloche. Mais comme je vis dans les livres, et pas dans la vraie vie aux yeux de certains, ce que j’avais pu dire n’avait rien de valable. Évidemment.

Les mois ont passé. Le salaud n’est pas un salaud. Il a juste 60 ans et nulle envie de vieillir comme il a passé les vingt dernières années. Il a envie de vivre et non pas de se laisser mourir auprès d’un éteignoir de rêves.

Telle est la constatation de tous ceux qui ont tendu la main à la pauvre victime de son propre malheur qui, assise, attend les visiteurs. Elle ne baissera pas le prix de la maison. Elle compte bien ne jamais travailler, vivre du fric qu’elle obtiendra de la vente et se trouver un autre poisson pour les vingt prochaines années.

Tiens, tiens. Celle qui vit dans ses livres avait vu juste. Comme quoi.

*sur une toile de Melissa Hefferlin

Le peintre qui aime les vieux livres

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Le peintre d’origine tchèque Rostislav Kunovsky affirme fréquenter les librairies d’occasion, qu’il aime l’odeur des vieux livres, qu’il aime les toucher. Pas étonnant qu’il les peigne avec tant de passion que je retrouve mon propre bonheur dans le sien.

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Vivre pour un public

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J’ai levé la tête et abandonné mon livre quelques minutes. T. venait d’entrer et à défaut d’une vie qu’elle n’a pas, allait nous en inventer une comme elle le fait chaque fois. Une vie résolument rocambolesque où tous les malheurs pleuvaient sur sa tête. Il y avait évidemment à chacune de ses « prestations » de nouveaux détails qui ne concordaient pas avec l’histoire mijotée la fois précédente. Mais peu importe, elle fonçait et la plupart ne connaissaient pas les histoires de T.

C’était sa manière à elle de vivre, d’attirer la sympathie, voire même parfois la compassion. Pauvre T. Et elle en rajoutait pour que ça fasse plus vrai sans se rendre qu’elle finissait par s’emmêler dans ses pinceaux. Les dates ne concordaient plus, les renseignements complémentaires pour expliquer ne tenaient pas debout. Mais peu importe, elle avait un public et elle allait se donner en spectacle, et peut-être même verser quelques larmes sur son pauvre sort, comme dans les reality shows.

T. n’a pas de vie. T. ne fait rien. Elle passe ses journées assise à une table où son prétendant du moment est cuisinier. C’est probablement là, en feuilletant des magazines, qu’elle prend ses idées. Dommage qu’elle ait si peu de mémoire et qu’elle ne se rappelle pas ce qu’elle a raconté la fois précédente. On pourrait presque la croire, avec ses talents de tragédienne.

Et quand elle est partie, Mimi et moi nous sommes regardées. T. avait fait son show. Mimi pouvait retourner à ses ciseaux et moi à mon livre. Nous, nous avions une vie.

*sur une toile de Joan Gillespie

Dans une minute exactement

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Dans une minute exactement seront validés les commentaires de la centième édition d’En vos mots. Les textes de ceux qui n’ont raté aucun rendez-vous, ceux d’une autre qui n’en pas raté beaucoup et les choix d’une autre parmi tous ceux publiés au fil de ces 100 toiles offertes le dimanche depuis le début de l’aventure. Une aventure que nous devons à Armando qui, un jour, a écrit quelque chose de bien différent de ce que j’avais écrit à partir d’une même toile, ce qui a ouvert la porte à cette idée.

Dans une minute exactement, nous passerons aussi au numéro 101. Et tant que les toiles vous raconteront des histoires, tant que vous aurez envie de jouer le jeu d’écrire, En vos mots existera.

*toile de Gøril Fuhr

Je ne sais que ça

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Je ne sais pas les secrets du jour. Je ne sais que le ciel un peu pâle qui peu à peu devient plus bleu. Je ne sais que les fleurs qui viendront à leur heure. Je ne sais que le goût du café quand les merles me regardent de l’arbre en face de la fenêtre du bureau. Je ne sais que la douceur de ce samedi qui débute et qui coulera au rythme que je choisirai pour lui. Je ne sais que ça. Et quelques livres qui m’attendent.

*sur une toile de Lori Pensini

Les livres sont des bateaux

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Depuis toujours, ils m’emmènent là où j’irai peut-être ou jamais, là où mes pas se sont posés, là où je rêve de marcher encore. Depuis toujours, ils me font voyager, naviguer sur les eaux troubles des sentiments à la recherche de l’humain. Depuis toujours, je me laisse porter par eux sans savoir la destination qu’ils ont choisie pour moi. Les livres sont des bateaux.

*sur une toile de Jose Luis Contreras

D’autres jours m’attendent

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Il y aura d’autres vacances, il y aura encore des jours fériés et des samedis, et des dimanches, mais je ne me fais pas à l’idée que c’est déjà presque la fin. Que je ne pourrai rester dans la toile de l’artiste Karen Cooper encore bien longtemps.

Mais il faudra bien que je m’y fasse, que j’accepte que les heures sont comptées, que le temps a filé une fois de plus, que je n’ai pas lu tous les livres que je voulais lire, ni fait un grand ménage des armoires de la cuisine, ni répondu à tout le courrier en retard, ni pris des tonnes de photos…

D’autres jours m’attendent où je ne bougerai pas de cette toile.

Trop de temps à regarder par la fenêtre

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Je passerai toujours trop de temps à regarder par la fenêtre. À me demander si ce sont bien des merles qui grignotent les miettes de pain que je l’ai laissées sur le rebord de celle-ci. À examiner les étoiles au cas où une étoile filante traverserait le ciel même si ce n’est pas la saison. À suivre le trajet d’un avion par les traces qu’il laisse dans le ciel et en me demandant d’où il arrive. À écouter les enfants qui jouent tout en bas, parce qu’ils ont encore l’âge de croire que la vie est un terrain de jeux. À rêver… Tout simplement.

Et la feuille sera restée vierge. J’aurai encore une fois trop regardé dehors.

*toile de Francis H. Newbury (1885-1946), directeur de la Glasgow School of Art

Jamais final

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Mots dont je défais les lettres pour écrire d’autres mots. Phrases dont je déplace les mots pour en faire de nouvelles. Virgules que j’enlève, que je remets, auxquels se greffent points de suspension ou d’interrogation. Paragraphes que je coupe en deux ou que j’accroche l’un à l’autre. Point final qui n’est jamais final puisque demain je recommencerai.

*sur une toile signée Yevgenia Nayberg