Ce ne sont pas que les semaines qui filent à toute vitesse, les mois et les années aussi. L’En vos mots de la semaine est le dernier à porter un numéro à trois chiffres, puisque dimanche prochain, vous aurez droit au millième. Jamais je n’aurais pu imaginer que l »aventure durerait aussi longtemps! Ni qu’un envosmotiste ne raterait aucun numéro!
Ces trois tableaux de l’artiste français Christian Pendelio me semblaient impossibles à séparer tant j’avais l’impression que réunis, ils racontaient une histoire qu’il ne restait qu’à écrire. Ils sont donc à vous pour la prochaine semaine, car aucun commentaire ne sera validé avant.
Prenez le temps de lire les textes déposés sur la toile de dimanche dernier, de les commenter si vous le souhaitez. Puis faites vivre ces scènes livresques à votre façon. C’est avec plaisir que nous vous lirons dans sept jours.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.

3 réponses
Un jour, il n’exista plus que trois saisons. Le printemps, l’été, l’automne.
La température s’était faite à peu près constante, entre vingt et vingt-cinq degrés. Les vents étaient devenus de force moyenne à faible. Une brise légère, pure et calme. Un air délicieux et bienfaisant.
La nature s’en portait bien. Les gens et les animaux en étaient contents. Les plantes croissaient joyeusement.
Par exemple ce grand champ de marguerites, où Loubna aimait s’étendre pour se reposer, regarder le ciel, écouter les oiseaux, ou lire.
Au printemps, tout y foisonnait de boutons. Puis les fleurs s’ouvraient une à une, encore vertes d’abord. L’été les colorait de jaune vif et les célébrait au plus fort de l’éclat du soleil. Ensuite, l’automne ocrait puis ternissait peu à peu leurs corolles, tandis que déjà de nouvelles pousses s’annonçaient prêtes à naître.
Le nouvel an tombait depuis lors le 21 mars, en plein essor du printemps qui commençait le 1er février. L’arbre mis à l’honneur à cette occasion était le lilas, dont la floraison se révélait désormais plus précoce que dans le monde ancien.
L’été s’étendait de début juin à fin septembre. Et les quatre mois suivants constituaient l’automne. Durant cette période, il neigeait encore parfois en haute montagne, tandis qu’en plaine quelques gelées nocturnes au sol n’étaient pas exclues. Les journées se montraient cependant ensoleillées et douces. Et les pluies diurnes étaient rares. Il pleuvait le nécessaire, mais principalement de nuit.
Ces changements n’étaient pas advenus du jour au lendemain. Ils étaient arrivés petit à petit, jusqu’au jour où une adaptation du calendrier s’avéra aller de soi. La métamorphose s’était réalisée en douceur. Et il est bien évident que dans l’autre hémisphère, les saisons se déroulaient comme auparavant de façon inversée, mais avec des différences tout aussi atténuées.
Loubna ne trouvait à cet état de choses rien d’étrange. Elle avait grandi au cours de la période de transition, qui s’était manifestée par des transformations graduelles et souvent quasi imperceptibles.
Elle avait du mal à imaginer la froidure et les intempéries, ainsi que les brusques variations de température évoquées parfois par ses parents.
Parmi les aînés, qui avaient connu l’ancienne répartition des saisons, personne ne songeait à se plaindre de la situation actuelle.
Et comme parler du temps avait perdu de son sens et de son sel, les gens lors de leurs rencontres échangeaient enfin de véritables conversations.
Neuf unités, de un à neuf,
Neuf fourmis montent sur mes pieds.
Quatre-vingt-dix autres sont arrivées.
Neuf centaines de cents à neuf cents,
Neuf cent de plus ça devient gênant.
Neuf centaines, neuf dizaines et neuf unités,
Neuf cent quatre vingt-dix-neuf fourmis
Me chatouillent les pieds.
Olivier Hénocque (999 fourmis, Poèmes mathématiques)
Le bruit hilare de quelques voix sous ma fenêtre m’a réveillé. À cette heure et dans le silence d’un nouveau jour, une voix et quelques rires prennent des allures de kermesse.
– Mais, vous foutez quoi là, à cette heure-ci?…
– Bonjour monsieur…. On dit d’abord bonjour, m’a répondu un de ces gamins, avec un air joyeusement impertinent.
– Désolé… Bonjour les mômes…. Vous foutez quoi sous ma fenêtre à cette heure-ci?.. Allez jouer ailleurs….
– Vous voulez pas descendre, monsieur?… On va finir par réveiller tout le monde et on va encore dire que c’est de notre faute.
– Me voilà… Vous faites quoi, en petit comité, en train de vous raconter je ne sais pas quoi, sous ma fenêtre?
– On est venus pour le rendez-vous avec une écrivaine, qui va écrire une histoire sur nous…
– C’est quoi, comme histoire?…
– On ne sait pas encore monsieur, c’est la dame qui va écrire le livre qui le sait…
Je suis resté silencieux un bon moment. Un peu confus et dubitatif…
– Et tu t’appelles comment?…
– Maxime, monsieur…
– Arrête de me donner du monsieur tout le temps, Maxime… Si j’ai bien compris, vous êtes là pour voir quelqu’un qui va écrire une histoire à laquelle vous allez tous participer?…
– C’est ça, monsieur, a répondu à l’unisson le groupe de jeunes.
– Est-ce qu’on peut savoir le nom de l’écrivaine?…
– On ne la connaît pas, monsieur. C’est elle qui va décider de tout, m’a répondu la voix vive d’une fille heureuse et espiègle.
– Attendez, vous m’embrouillez là…. D’abord je peux connaître vos noms?…
– Moi, c’est Frédérique, monsieur…. Maxime vous connaissez déjà, et puis vous avez Olivier, Samuel, Anh et Camille…
– Et donc, vous êtes tous là pour qu’on écrive une aventure où vous allez avoir chacun une part importante et de laquelle vous ne savez rien….
– C’est ça… On va raconter une aventure où nous allons tous participer. On nous a juste dit que cela va se passer dans le métro à partir de Longueuil… mais après c’est l’auteure qui va décider quoi. Nous on est juste là pour les besoins de son aventure…
Il y a eu comme un silence, comme un calme avant une tempête…
– Vous vous moquez de moi les mômes…. Je reprends, une écrivaine dont vous ne connaissez pas le nom, va écrire une aventure qui se passe dans le métro, et vous allez tous y participer, mais vous attendez qu’elle écrive l’histoire pour savoir, à la fin, le rôle de chacun d’entre vous et ce que vous allez faire?
– C’est à peu près ça, Monsieur, m’à répondu Camille.
– C’est une blague…. On a voulu me faire une blague… Il faut que je me réveille…
Les yeux ouverts, j’ai balayé du regard l’austérité de ma chambre. J’ai fait un rêve. C’est ça… j’ai fait un rêve. J’le savais.
Dora m’attendait, assise, dans la cuisine. Un livre à la main. Alerte dans le métro.
– J’ai trouvé ça, dans ton étagère, en faisant la poussière…. et en plus il s’agit d’un exemplaire avec dédicace : «pour qu’il ait des traces de moi… »