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Un mouchoir de ciel bleu

Il était une fois un morceau de ciel bleu tombé sur terre. Pas plus grand qu’un mouchoir. Trop petit pour consoler les innombrables et lourds chagrins qu’il rencontre. Mais juste à la bonne taille pour emprisonner celui d’une petite fille croisée au hasard de sa route.

Avec poésie et tendresse, Jo Hoestlandt (pour le texte) et Nathalie Novi (pour les illustrations) nous livrent un album grave. Il ne peut en être autrement quand on parle du poids de l’humanité souffrante. Et pourtant, le livre n’est pas triste. Simplement réaliste. Nul ne peut à lui seul guérir toutes les blessures, éviter à chacun les coups, réparer tous les dégâts, prendre dans ses bras tous ceux qui ont de la peine.

Chacun ne peut aider qu’à sa mesure. Une personne à la fois. C’est ce que suggère Un mouchoir de ciel bleu avec la sagesse propre aux livres de Jo Hoestlandt dont le lecteur sort chaque fois ému en même temps que confiant en la vie malgré tout ce qu’elle porte de malheurs.

Un livre qui ne dissimule pas une vérité sur laquelle on aimerait parfois fermer les yeux, en même temps qu’il donne du poids à chacun des petits gestes que nous pouvons faire. Un beau, un très beau livre.

C’est aujourd’hui…

C’est aujourd’hui que le Salon du livre de Montréal ouvre ses portes. On pourra le visiter pendant cinq jours. En ce qui me concerne, je devrais y aller vendredi et dimanche.

Ce que mots vous inspirent 1060

Le plaisir est le bonheur des fous, le bonheur est le plaisir des sages. (Jules Amédée Barbey d’Aurevilly)

*toile de Pal Fried

Les poèmes de Djamal 8

Accueille-moi à la lisière
de tes émerveillements

Ma joie indolente
qui embrase la croisée
de nos chemins
Sans hâte et à l’improviste
l’écho bienveillant
qui me rappelle
la demeure de fleurs
où nous rêvions ensemble.

Djamal Amrani, La nuit du dedans

*choix de la lectrice de Monika Seidenbusch

Une traversée au long titre

Certains livres sont déroutants. C’est le cas de Traversée de l’Amérique dans les yeux d’un papillon, le premier roman de Laure Morali, dont on a du mal à suivre le fil, mais dont chacun des épisodes propose un univers qui a quelque chose d’envoûtant.

Pris dans une spirale, le lecteur peut, dès qu’il se rend compte de la forme choisie par la romancière, choisir d’abandonner le jeu qui peut s’avérer déroutant ou suivre sans poser de questions, sans même savoir où cela va le mener sinon que dans des lieux qu’il ne connaît probablement pas. C’est cette dernière option que j’ai choisie, mue par la curiosité, intriguée par la quête de la narratrice à la recherche d’un homme-papillon qui possède les clés d’un royaume où la sagesse est reine, à moins qu’il ne s’agisse d’un papillon fatigué d’être un homme, lequel lui livrera le secret qui la pousse à aller loin, très loin, toujours plus loin. De la Guyane à l’Alaska, en passant par Montréal et de nombreux autres endroits, nous parcourons avec elle les lieux, les mois, les saisons et les rides au coin des yeux, sans savoir ce qui importe, en comprenant au fil des histoires qui s’enchevêtrent que tout importe, finalement. Et que tout n’est que du vent, une poignée de sable ou une vague.

On part toujours sur les traces de quelque chose ou de quelqu’un. On laisse pour cela des traces derrière soi, même si on se retourne pas. C’est ce que raconte peut-être) Traversée de l’Amérique dans les yeux d’un papillon.

À moins qu’il ne s’agisse de ce qu’il va laisser en nous de traces, de regards inachevés, de gestes à peine mesurés, là pour nous faire réaliser la puissance d’un battement d’aile. À moins qu’il ne s’agisse de rien de tout cela et seulement de ce qui vous retiendra de chapitre en chapitre. Vous ne saisirez peut-être pas tout. Ce n’est pas là l’important.

Tout est ailleurs. Dans cette respiration qui émane de certaines phrases de ce roman qui n’est qu’impressions. Dont celle-ci : La fragilité n’est pas un handicap, c’est un don.

Titre pour le Défi Premier Roman

Parce que ça fait du bien

Parce que le mercure a chuté, que ça commence à sentir l’hiver et que j’ai é-nor-mé-ment de pain sur la planche en ce moment, je vous propose d’écouter en ma compagnie quelques extraits de Light My Fire de la pianiste et chanteuse brésilienne Eliane Elias.

Parce que ça fait du bien. Tout simplement.


Light My Fire


Toda Menina Baiana


Made in moonlight

Ce que mots vous inspirent 1059

L’hésitation est le propre de l’intelligence. (Henry de Montherlant)

*toile de Benton Murdoch Spruance

Les poèmes de Djamal 7

Tu es là visage radiant
au creux du givre
dans le clair de l’errance
et de la traversée

dans la somnolence
que la mort bannit
Tu es étoile des eaux profondes
lampe d’éternelle radiation
dans le sillage interstellaire
Corps céleste à la peau
de pêche
Notre amour qui fait loi
Les hauts volets de notre
fable battant le rappel
des moissons.

Djamal Amrani, La nuit du dedans

*choix de la lectrice de Janet Hill

Au-dessus du vide

Il y a chez les personnages de Sur le fil des sentiments contradictoires, l’idée du jamais plus, alors qu’au-dessus de la tête de la plupart d’entre eux pend une épée de Damoclès. Il y a aussi chez d’autres abnégation ou besoin de fuir, et chez tous ce terrain miné qu’il faut quitter d’une manière ou d’une autre.

Avec maîtrise et sens du détail, Maude Déry signe un premier recueil des plus efficaces qui trouve sa force dans le regard qu’elle pose sur le moindre événement et sur tous les gestes de notre quotidien qui peuvent sembler anodins alors qu’ils sont souvent lourds de sens, porteurs de rêves ou générateurs de malentendus. Pour cela, la jeune nouvellière ne multiplie pas les détails, mais déploie des scènes dans lesquelles intervient l’inéluctable issue, parfois souhaitée, pas toujours prévisible, jamais gratuite.

Ses personnages sont tous mal dans leur peau, souvent incapables de franchir la distance qui leur permettra d’apporter des modifications à une situation dans lesquelles ils sont emprisonnés, souvent par leur faute, par paresse, par habitude ou par peur, ou pour toutes ces raisons confondues, le confort étant tellement plus rassurant.

Et pourtant, marcher sur un fil n’est pas une situation enviable. Un simple coup de vent ou un faux mouvement, et vous basculez dans le vide. Il suffit de si peu. D’un peu de démaquillant pour révéler au grand jour les cicatrices d’un visage, de sortir du mutisme, de regarder la vérité en pleine face, de laisser le flot intarissable de mots franchir le seuil des lèvres.

Maude Déry a choisi de nous raconter, le temps de quinze nouvelles de six à huit pages chacune, ces petits et grands drames d’êtres brisés à l’heure du choix qu’ils n’aborderont pas tous de la même manière. Et elle réussit là où d’autres auraient voulu trop dire, dépassant toujours la surface des choses, malgré des phrases courtes, et limitant l’utilisation d’adjectifs dont il est si tentant de truffer un texte quand il est question d’émotions.

Avec un recueil à ce point réussi, c’est avec enthousiasme que nous attendons le roman sur lequel Maude Déry travaille en ce moment dans le cadre de son doctorat à l’Université Laval. Elle possède déjà ce regard et cette plume que d’autres mettent des années à acquérir.

Texte publié dans

Au pays de Shishi

Il y a dans l’univers de l’artiste vietnamienne Shishi Nguyen beaucoup de douceur. N’hésitez pas à faire le tour de son univers. Vous tomberez sous le charme de ses aquarelles.