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Le remplaçant

Quand Agnès Desarthe a décidé d’écrire l’histoire de son grand-père, elle pensait que ça n’intéresserait que les membres de sa famille. Elle ignorait que cela allait la mener aussi loin, à cette enquête mettant en lumière des questions restées pour la plupart sans réponse ou auxquelles à l’époque on avait répondu de façon évasive pour ne pas troubler le passé, voire même le présent.

Or, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc. Et à mesure qu’elle dressera le portrait de celui qui fut le grand-père de remplacement, le premier mari de sa grand-mère et père de sa mère ayant péri à Auschwitz, Agnès Desarthe tisse pour nous une très belle histoire. Pleine de tendresse, de regrets aussi. Parce que celui qu’elle considéra comme son grand-père, qu’elle aima pour ce qu’il était, alors qu’il ne fut jamais un héros, le seul et unique héros ayant été celui qui ne revint pas des camps de l’horreur, ne fut peut-être pas estimé et autant aimé qu’il le méritait. Il n’était pas parfait, mais qui l’est? Il avait perdu sa première femme, la grand-mère avait perdu son premier mari. Ils s’étaient connus avant. Cela simplifiait les choses quand il a fallu réapprendre à vivre.

Or, si la raison a pris le pas sur l’amour, faut-il empêcher les autres d’aimer? D’aimer l’homme qui ne fait pas de bruit et qui traverse le siècle sans devenir un héros? C’est la question que se pose Agnès Desarthe à mesure que se construit ce faux roman plus proche du récit que de la fiction, où il est aussi question de Janusz Korzock, directeur de l’orphelinat du ghetto de Varsovie, qui fut lui aussi un remplaçant.

Sobre et pudique, Le remplaçant est un texte émouvant. Sur ce que nous sommes, sur nos racines, sur ce qui nous lie à ceux qui nous aiment qui n’a souvent rien à voir avec les gènes, sur ce qui demeure quand on croit avoir tout oublié.

Un graveur à découvrir

Le graveur Ken Swanson, du Wisconsin, à qui l’on doit ces quelques scènes livresques, est loin d’être à court d’imagination. Comme vous pourrez le constater en le visitant.

Ce que mots vous inspirent 873

Non, un livre n’est pas cette chose morte, déracinée, immobile et stupide qu’un coup d’œil rapide laisse supposer. Il n’est pas cet objet, terriblement seul, oublié sur le catafalque d’une table de librairie, composé d’une suite de mots, de papier et de carton. En fait, il fourmille d’aventures, mais ce ne sont pas uniquement celles produites par le texte. (François Coupry)

*toile de Félix Vallotton

Au pays de la poésie yiddish 10

Quand viendras-tu?

Dans l’océan des nuits
Tes paroles deviennent
Huîtres perlières
Et tes yeux, des pêcheurs
Portant filets de mélodies.

Le jour
Leur soif décoche
Des flèches de feu vers le soleil
Qui de ton cœur pourtant
Fait le cri déchiré
Des mouettes
Effrayant même
La solitude ancienne
Du vent?

Intouché par les temps
Tu mets la voile
Dans la pluie des regards
À travers le ruissellement
Des tristesses
Là-bas
Où sur mon pays d’attente
Croît
Noire, l’herbe.

Quand viendras-tu?

Leiser Achaenrand (1912-1988)
(Anthologie de la poésie yiddish)

*choix de la lectrice de Federico Brandt

Un dimanche avec Koestler 10

La vision statique n’existe pas; nul ne peut voir sans explorer. (Arthur Koestler)

*toile de Josephine Grant

Un dimanche avec Koestler 9

La distinction entre le vrai et le faux s’applique aux idées, non aux sentiments. Un sentiment peut être superficiel, il ne sera jamais menteur. (Arthur Koestler)

*toile de Jane Dahmen

Un dimanche avec Koestler 8

Parce que l’on est obsédé par les horreurs qui menacent l’humanité, faut-il s’interdire le plaisir d’être en vie? (Arthur Koestler)

*toile de Leonard Campbell Taylor

Un dimanche avec Koestler 7

Le besoin de conquête vient de la force, le besoin de participation vient du sublime étonnement. (Arthur Koestler)

*toile de Paul Kauzmann

Un dimanche avec Koestler 6

Il est surprenant de constater combien sont peu nombreux les besoins essentiels une fois supprimées la compétition et l’accumulation. (Arthur Koestler)

*toile de Reinhold Ljunggren

Un dimanche avec Koestler 5

C’est l’éclair spontané de l’intuition qui brusquement révèle dans une lumière insoupçonnée la situation ou l’événement familiers… (Arthur Koestler)

*toile de Rafael Durancamps