Je me réveille.
Elle est elle.
Je l’appelle.
le lac noir de ses
yeux me mouille
les lèvres.
Son rire riverain
défait l’argile
de la lumière.
Patrice Desbiens, Bleu comme un feu
*choix de la lectrice de Catherine Ducreux
Je me réveille.
Elle est elle.
Je l’appelle.
le lac noir de ses
yeux me mouille
les lèvres.
Son rire riverain
défait l’argile
de la lumière.
Patrice Desbiens, Bleu comme un feu
*choix de la lectrice de Catherine Ducreux
Il existe peu de livres destinés aux enfants sur ce sujet difficile à aborder qu’est le cancer. Ils sont pourtant nécessaires à l’heure où deux personnes sur cinq recevront au moins un diagnostic de cancer au cours de leur vie. D’autant plus nécessaires qu’il est difficile de trouver les mots justes quand il s’agit d’en parler à des enfants dont un des parents est atteint.
C’est ce qu’aborde Alice au pays du Cancer, un bel album où une petite fille se voit confrontée à la maladie, son père lui ayant annoncé que sa mère était pour le moment au pays du Cancer. Un pays qu’Alice ne connaît pas. Un pays qui n’est répertorié nulle part. Un pays mystérieux dont on ne revient pas toujours, a-t-elle appris, mais qu’elle a bien l’intention de visiter afin d’en ramener sa mère.
Mélangeant l’imaginaire (le pays du Cancer) et des données médicales justes et détaillées, Alice et le pays du Cancer ne reste pas à la surface des choses. Il y a donc beaucoup de texte. Trop? Je ne crois pas. Des spécialistes de l’association belge Cancer & Psychologie ont collaboré de près à cet ouvrage écrit par Martine Hennuy et Sophie Buyse, et illustré par la jeune illustratrice Lisbeth Renardy, originaire de Liège. Ils étaient donc à même de valider le contenu, d’éliminer certains détails, d’en ajouter d’autres, d’ajuster le niveau de langue tout en informant de façon claire l’enfant et en fournissant aux adultes (membres de la famille, professionnels de la santé, enseignants, etc.) un outil pour soutenir l’enfant touché par la maladie d’un parent (ou même d’un grand-parent).
Ce n’est pas parce que le sujet est grave qu’il faut que les livres qui y sont consacrées soient gris et démoralisants. Alice au pays du Cancer, même si c’est est un album réaliste, est coloré, voire même souriant, à l’heure où les taux de survie ne cessent de grimper.
Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».
La musique laisse comme une vibration dans l’air, une rémanence que l’on emporte avec soi. (Jojo Moyes)
*toile d’An He
Elle est belle comme
un bleu sur la peau
d’un poète.
Elle est bleue comme
un feu sauvage
dans une forêt vierge.
Patrice Desbiens, Bleu comme un feu
*choix de la lectrice de Barbara Grossman
« J’ai mis toute ma vie à savoir dessiner dessiner comme un enfant. »
C’est sur cette citation de Picasso que se termine le livre de Karim Ressouri-Demigneux consacré à l’enfance du plus célèbre peintre du XXe siècle. Illustré par Zaü, Petit Pablo deviendra Picasso, publié dans la collection Petit deviendra grand des éditions Rue du Monde, offre aux jeunes lecteurs une façon bien agréable de faire connaissance avec celui qui a marqué la peinture dès 1907. En effet, quand le jeune Pablo Ruiz, qui a choisi de porter le nom de famille de sa mère, signe Les demoiselles d’Avignon, il n’a que 25 ans.
Le livre, qui compte une quarantaine de pages, ne prétend pas faire le tour de la vie de Picasso, pas plus qu’il ne tente d’expliquer en quoi l’artiste espagnol a révolutionné les règles de la peinture. Petit Pablo deviendra Picasso a plutôt pour but de piquer la curiosité des enfants en nous le montrant sans cesse en train de dessiner, car à peine savait-il marcher qu’il réclamait déjà des crayons.
Voilà ici une belle entrée en matière pour parents et éducateurs prévoyant une visite au musée. Et pour tout enfant curieux de tout. Je sais qu’il y en a encore.
Comme il est étrange que les souvenirs soient nos seules certitudes. (Cees Nooteboom)
*toile de Serge Marjisse
Sur ma bouche
son nom sera
mon dernier souffle.
Elle.
Elle.
L’infiniment
belle.
Ses yeux où se noie
une rivière.
Patrice Desbiens, Bleu comme un feu
*choix de la lectrice de Kathryn Townsend
La lecture de certaines biographies nous éclaire parfois sur une époque et sur les liens qui existaient entre certains personnages marquants. Tel est le cas de Natalie Paley. Princesse en exil de Jean-Noël Liaut, dont j’avais apprécié la rigueur pour sa biographie de Madeleine Castaing.
Tout aussi bien documentée, sa biographie consacrée à la petite-fille du tsar Alexandre II se lit d’une traite tant elle est intéressante et habilement construite autour d’extraits de lettres et de livres qui nous donnent une bonne idée de celle qui fut l’une des figures de proue de la vie culturelle et surtout mondaine des années 1920 et 1930.
Née à Paris en 1905, elle a vécu de près la Révolution russe puisqu’elle était en Russie de 1913 à 1918 avant de s’enfuir en Finlande avec sa sœur et de rentrer en France. Perturbée par son passé et celui des siens, elle a toute sa vie cherché un bonheur qu’elle ne semble pas avoir trouvé, laissant derrière elle de nombreuses zones d’ombre que le biographe a volontairement laissées telles quelles. À quoi bon en effet mettre au jour ce qui a peut-être eu lieu qui fit d’elle une grande amoureuse platonique?
De son mariage probablement non consommé avec le couturier Lucien Lelong (qui habilla Marlene Dietrich, Colette, Greta Garbo, Michèle Morgan et bien d’autres), on retiendra qu’elle fut davantage une muse qu’une épouse, inspirant à Lelong ses plus belles créations et de nombreux parfums. La princesse et son mari avaient en effet des vies parallèles qui pouvaient s’accommoder de la situation. On retiendra aussi Venise où elle rencontra le danseur Serge Lifar avec qui elle vécut une passion orageuse; sa relation avec Paul Morand; sa courte carrière d’actrice où elle tourna notamment sous la direction de George Cukor; l’amour impossible qui l’unit à Jean Cocteau qui ne l’oublia jamais.
De son mariage pas plus consommé avec le producteur homosexuel John Chapman Wilson, on retiendra une vie mondaine des plus stimulantes jusqu’à la chute dans l’alcoolisme de celui qui aida grandement la carrière de Noël Coward. On retiendra aussi d’autres histoires, l’une avec Erich Maria Remarque, l’autre avec Antoine de Saint-Exupéry.
Mais qui fut réellement Natalie Paley? Une enfant blessée qui ne put aller au bout d’aucune de ses passions, paralysée par un passé qui devait sûrement la hanter. Une femme qui subjugua tous ceux et celles qu’elle croisa à une époque où les mœurs étaient beaucoup plus libres que quelques années plus tard. Une femme qui vivait malgré tout dans le temporaire, jamais vraiment satisfaite, jamais heureuse. Une femme au regard triste dont les yeux se sont éteints bien avant elle, celle-ci ayant perdu la vue une quinzaine d’années avant sa mort et pour cette raison refusant qu’on la visite.
Natalie Paley fut tout cela. Et aussi une princesse. Une étoile. Une muse. Pour nombre de créateurs et pour son biographe qui signe ici un portrait sans compromis mais pudique de celle qui ne sera jamais oubliée.
On croit plus facilement l’erreur que la vérité, surtout quand il s’agit de se faire souffrir. (Jules Romains)
*toile de Joaquin Torres Garcia
Je t’ai cherché
Je t’ai cherché, mon bien-aimé, dans tous les espaces secrets,
Dans la forêt de laine blanche des nuages
Suspendus au matin tels les fruits bleus du gel.
Là le vent est un Dieu sur la fin de notre âge,
Il joue avec des astres morts et des naines de neige.
Là le vent boréal accroche ses cloches d’argent
Parmi d’aveugles ouragans, et son souffle secoue
Les bivouacs de la nuit, disperse à l’aube les étoiles.
Là, sur tous les chemins du temps, les convois infinis et bleus
Où dansent des spectres de feu transpercés d’éclats du soleil,
Là où scintillent les photons nouveau-nés, là
Où rougeoient les cœurs mystérieux des Céphéides,
J’ai cherché ta trace, partout, et j’avais les yeux de la foudre,
Du tonnerre j’avais la voix, t’appelant durant tant d’années,
Je chantais ton nom dans la nuit comme jadis les troubadours,
J’étais folle de nostalgie et j’étais malade d’amour.
Dora Teitelboïm (1914-1992)
(Anthologie de la poésie yiddish)
*choix de la lectrice d’Édouard Vuillard
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