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Et le livre reste là

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Alors que me voilà installée comme la lectrice de Frederick Serger, avec la ferme intention de terminer aujourd’hui le roman de Caroline Lamarche que je traîne depuis trois semaines, parce que je fais l’école buissonnière en entrelardant ma lecture de d’autres livres, je pense à toutes ces histoires entendues ces derniers jours. Celles qu’on m’a racontées, celles qui ne m’étaient pas adressées. Certaines tendres, d’autres rigolotes. Et à quelques autres qui datent de plus longtemps que je devrai mûrir, triturer un peu pour trouver un ton quand je les raconterai à ma manière en leur conservant une once de vérité dans tout le reste inventé.

J’aime ces anecdotes qu’on me raconte. J’aime les histoires des autres. J’aime cette matière qui m’est donnée pour aller plus loin. Et le livre reste là, je suis en train d’écrire dans ma tête.

La seule qui me convienne

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Et quand il fait ce temps, et quand la lumière est absente, je m’installe à ma table et je laisse les mots arriver jusqu’à moi, comme l’écrivaine de Dean H. Gurnack. C’est la seule façon d’illuminer le gris du jour, de lui donner des couleurs. C’est du moins la seule qui me convienne.

La peur de la page blanche d’hier s’est envolée. Je sais qu’elle reviendra. Mais pas aujourd’hui. Il y a trop à écrire, trop à raconter, trop d’images qui se sont installées dans la pièce. Et qu’il me faut saisir.

Ça se produit

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Et pourquoi donc imaginer le pire? Imaginer la page blanche qu’aucun mot ne viendra sortir du silence? Oui, pourquoi donc imaginer le pire puisqu’il suffit d’un tableau pour que jaillisse une histoire ou un poème? Oui, pourquoi, alors que « l’écriture, c’est comme les palpitations du cœur, cela se produit », a écrit Elsa Triolet. Ce n’est pas quelque chose qui s’explique, ça n’a rien de rationnel. Ça se produit. Comme ça se produira pour l’écrivaine de John Ennis. Comme ça se produira pour moi.

Et cette peur qui me gagne

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Et cette peur qui me gagne. Toujours la même. Regarderai-je un jour ma vie de l’extérieur, comme les personnages de Sandra Amicucci? Y verrai-je ce jour de la page blanche où les mots ne sont plus venus se poser comme ils le faisaient quotidiennement?

Ce jour viendra-t-il ou est-ce la peur qu’il n’arrive qui ce soir me fait m’imaginer vieille et seule regardant une vie où le silence aura gagné ma plume?

J’aimais l’idée d’être dans un livre

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Je me souviens aussi d’un salon du livre au Grand Palais. D’un autre, porte de Versailles où il fallait emprunter un autobus qui faisait les « boulevards de ceinture », comme dans un roman de Modiano. J’aimais l’idée d’être dans un livre. J’aime toujours cette idée, d’ailleurs. Je serai toujours une rêveuse.

*toile de Tavik Frantisek Simon

Inscrite à même mes premiers souvenirs

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J’ai su où était Paris bien avant où était Toronto. Je sais, ça peut vous sembler étrange. Mais c’est pourtant le cas. Nous ne connaissions personne à Toronto, alors que mon oncle avait vécu à Paris de 1960 à 1963, le temps de son doctorat en pharmacologie.

J’ai donc entendu parler de la Cité U, du boulevard Jourdan et du parc Montsouris, bien avant de savoir que Québec a été fondé il y a 400 ans.

J’ai appris l’existence de la tour Eiffel avant celle des chutes Niagara, comme celle des Champs-Élysées, d’ailleurs.

Paris a toujours été, Paris toujours sera. Indélébile et inscrite à même mes premiers souvenirs.

*toile de Michel Delacroix

Bonne fête des Français!

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Parce que nous sommes le 14 juillet, parce que c’est la fête des Français, parce que mes racines sont françaises (le Poitou, du côté paternel et la Picardie, du côté maternel), je dois l’être quelque peu. Même si je suis avant tout une Québécoise de cœur et une citoyenne du monde.

Pour l’occasion, j’ai eu envie de faire un clin d’œil à mes souvenirs français, et plus particulièrement à mes souvenirs parisiens, puisque j’ai séjourné à une quinzaine de reprises dans la plus belle ville du monde, séjours variant de deux jours à trois semaines, si bien que beaucoup de souvenirs, et d’heureux souvenirs de plus, sont rattachés à la Ville-Lumière.

Ceux-ci s’offriront à vous heure par heure, non pas parce que Paris est la France, car ce n’est absolument pas le cas, mais bien parce que pour la voyageuse que j’ai été, ça reste le point de chute, le point d’arrivée, le point de départ vers les routes de France. Et qu’en ce jour j’ai envie de parler de Paris, Paris qui me manque à l’heure où je vois les autres partir ou revenir. Paris de mes lectures, Paris des amis, Paris des lieux, Paris des films.

Et aussi Paris des bouquinistes, ceux-ci ayant inspiré suffisamment de peintres pour que toutes les toiles du jour leur soient consacrées, en commençant par celle de Bruce Bingham.

En espérant que mes clins d’œil parisiens vous plairont et avec mes vœux les meilleurs pour mes amis et amies éparpillés dans toute la France.

Je fais de mon mieux!

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Est-ce que je passe trop de temps dans les livres ou devant mon écran? Est-ce qu’il n’y a pas ailleurs une vie à laquelle je ne participe pas? C’est fort possible. Mais je ne me poserai pas cette question. Je suis bien dans cette vie qui est la mienne. Je ne dérange personne. Je ne fais pas de bruit. Je marche pieds nus. Et j’ai mis plein d’épingles dans mes cheveux.

Or, n’a pas la grâce de la lectrice d’Emil Orlik qui veut, mais je fais de mon mieux!

Je n’entends que la pluie

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Il pleut. Il pleut comme dans certains de mes souvenirs d’enfance. Il pleut sur une plage de Cape Cod, il pleut sur New York, il pleut sur la rivière des Prairies. Et les gouttes tambourinent à la fenêtre. Il pleut comme il pleuvait plus tard dans le quartier chinois de San Francisco. Il pleut comme il pleuvait sur Quiberon un jour de juin. Il pleut comme il pleuvait sur Liège ce jour-là. Et tandis que les gouttes se fracassent contre la fenêtre, toutes les pluies se mélangent. Et bien que penchée sur le livre, comme la lectrice de Jennifer McChristian, je ne vois plus les lettres, je n’entends que la pluie.

Pour Caroline

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Caroline aime les poissons rouges : il y en a plein dans ses pages, si d’aventure, vous avez envie de vous promener chez elle. Et des toiles, et des photos, et des impressions, et un magnifique billet sur ce qu’elle appelle sa « maison », et qui a d’étranges similitudes avec ce que j’appelle le «pays de Lali ». Correspondances, ressemblances, affinités. Je m’y suis beaucoup reconnue, retrouvée. C’est ici si vous avez envie de le lire.

Et pour la remercier pour ce billet que j’ai beaucoup aimé, je dépose pour elle ici une toile de H. Boylston Dummer que je lui ai fait parvenir. Je crois que le poisson rouge sera ravi.