Commentaires récents
Admin:
Archives:
Cet âge 3

À pas comptés, le temps
rumine
écueils et rivages

Quelle est cette langueur
qui m’accompagne
cette chaleur perdue
Mon sang s’écoule
raz-de-marée dans le silence

Trop près des autres
j’écoute l’écho des pas
Mon indifférence est feinte
J’appelle l’amour sans conditions
la nuit escale
où jeter le peu de mon corps

Louise Deschênes, L’âge de toutes les peurs

*choix de la lectrice de Massimiliano Ligabue

Le destin comme raison

Tout compte fait, j’ai bien fait de ne pas abandonner la lecture de Destin d’Olga Duhamel-Noyer dès l’énorme coquille de départ répétée à quelques reprises au cours du deuxième roman de l’écrivaine, dont les critiques n’ont pas cessé de faire l’éloge depuis sa parution. Même si lire « sèche » plutôt que « seiche » m’a passablement dérangée. Pas au point de trouver le roman sans intérêt. Mais bon. Ça commençait mal.

Destin se situe dans le courant actuel de ces tribus qu’on construit en place et lieu de familles traditionnelles autant dans la littérature qu’hors de celle-ci. À tel point que ce qui paraissait marginal jusqu’à il y a peu de temps encore semble devenir la norme ou à tout le moins semble soulever de moins en moins de vagues, de ce côté-ci de l’océan, puisque c’est loin d’être le cas outre Atlantique. Car il est ici question du sang qui coule dans nos veines, jamais garant de l’amour, de ces familles formées de plusieurs parents, pas toujours biologiques, de cette course pour trouver ses repères dans les dédales de ce qui peut s’appeler le destin, de ces ressemblances et de ces différences qui nous poussent à agir ou à nous immobiliser avant que la vie elle-même nous montre le chemin.

Autour d’Olga, narratrice de ce Destin qui est le sien, c’est un monde éclaté qui se déploie. Les années 80 et celles qui vont suivre vont contribuer à bousculer l’ordre établi, questionner les règles, établir de nouvelles valeurs, prôner une liberté sans frontières et sur tous les plans, tenter de rendre moins rigide le quotidien.

Mais Olga ne dira que ce qu’elle veut dire. Comme si elle nous livrait une confession. Certains détails ne sont pas importants dans la mesure où les liens qu’on bâtit sont plus importants que comment on gagne sa vie. Car Destin traite avant tout des relations humaines, des amours éphémères ou durables, entre femmes, mais pas juste entre elles, d’un enfant qui va apprendre aux adultes à vivre, du SIDA et du temps si précieux qui nous est donné et qu’il ne faut perdre à aucun prix, au risque de brûler ses ailes.

Or, malgré ce regard sans concession et des plus réussis sur les trente dernières années, l’écriture ne m’a pas convaincue. La narration factuelle ne va jamais jusqu’aux questions et les phrases tout en étant correctes ne soulèvent que rarement des émotions chez le lecteur. Pourtant, le sujet est bien développé. Même si la fin est plus que bâclée.

J’attendais davantage du roman d’Olga Duhamel-Noyer, lequel faisait partie de la sélection du Prix des libraires du Québec 2010 après avoir séduit la critique. Ce sont des choses qui arrivent. J’ai tout de même retenu cette phrase qui m’a semblé des plus justes : « J’avais souvent remarqué que les gens qui lisent très peu ont tendance à donner une dimension magique aux rares livres qu’ils ont rencontrés et aimés. »

L’univers de Kim

C’est sous le nom d’Hanuol qu’on connaît davantage l’artiste Kim Ji-Huyck. N’hésitez pas à visiter son univers. Vous pourriez y faire de jolies découvertes en plus d’y retrouver les quelques scènes livresques qu’il me plait de vous offrir aujourd’hui.

Ce que mots vous inspirent 844

Rien de mieux qu’un écrivain pour maltraiter la vérité, pour rendre le lecteur sensible à l’étendue des possibles. (Alain Farah)

*toile de Boris Dubrov

Cet âge 2

Il faut tant de temps
de patience
pour survivre
au rêve brisé d’une autre

Des miettes d’amour
sur la peau
je marche
au rythme d’une seule pensée :

À quel moment ma chute
a commencé

Louise Deschênes, L’âge de toutes les peurs

*choix de la lectrice d’Henri Matisse

Bernard

C’est un tout petit livre. Assez long pour certains trajets de métro ou d’autobus, pas assez pour la salle d’attente d’un médecin. En effet, une heure vous suffira pour dévorer les aventures de Bernard, le quinquagénaire imaginé par David Foenkinos, dont le roman La délicatesse a été salué autant par la critique que par ses nombreux lecteurs.

Une heure pour basculer avec Bernard, lequel a eu la mauvaise idée de se laisser séduire par une Glenn Close déguisée en collègue de bureau alors qu’il n’a pas du tout le profil de Michael Douglas. Et comme ce cher Bernard n’a pas que brouté dans le champ du voisin mais aussi traficoté avec l’argent des autres, le voilà désormais sans femme, sans emploi, et installé dans sa chambre d’adolescent chez ses parents qui lui font bien sentir à quel point il les a déçus, la diablesse ayant bien évidemment dévoilé le tout aux personnes concernées.

Mais bon. Ça suffit. Bernard, grâce à la situation qu’il a lui-même provoqué, cesse un jour de se taire. Et c’est la vie de tous les membres de son entourage qui va à son tour prendre un autre tournant. Inattendu. Pour le grand plaisir des lecteurs. Si, si.

Bernard est un livre savoureux, mené tambour battant, drôle et subtil. Un roman qui transforme le drame en joyeux décalage. Un roman dont on sort avec un grand sourire et en se disant que, finalement, rien n’est jamais perdu. À offrir sans modération autour de vous. On a tous besoin d’un livre comme celui-là de temps en temps. Je vous l’assure.

Un homme de passion s’est éteint


(photo : I Musici)

Je le revois encore, il n’y a pas si longtemps, diriger des yeux et des mains l’orchestre qu’il avait fondé en 1983. La maladie n’avait pas encore eu le dessus. Mais celle-ci a fini par s’emparer de ses mains, et Yuli Turosvsky a dirigé I Musici une dernière fois. J’ai assisté à ce dernier concert. Les larmes aux yeux. Je savais que le violoncelliste tant aimé du public, des membres d’I Musici et de la grande famille des musiciens ne monterait plus sur scène.

Il y a moins d’une semaine, le maestro nous a quittés. Laissant derrière lui un orchestre de chambre d’exception. Quelques enregistrements. Et surtout, dans le cœur de ceux qui l’ont connu, des souvenirs impérissables.

Un homme de passion s’est éteint.
Mais pas sa passion. Il a transmise celle-ci à tous ceux qui l’ont fréquenté personnellement ou connu grâce à ses enregistrements et concerts.

Ce que mots vous inspirent 843

La bougie ne perd rien de sa lumière en la communiquant à une autre bougie. (Proverbe japonais)

*toile de Cristina Bernazzani

Cet âge 1

À l’école
on n’apprend pas à lire
les visages
leurs broussailles secrètes
à conjuguer
lueurs et vertiges
la peau
gravée
sans qu’on le sache
d’une peine plus grande
que nature

On n’apprend pas
la géographie du silence
plus amère
que la langue du temps
qui passe
sans que les visages
dans leur tanière
puissent respirer
d’avoir été nommés
du nom précis de leur attente

Louise Deschênes, L’âge de toutes les peurs

*choix de la lectrice de Jean-Jacques Henner

Si on visitait les pays inventés 10

Le monde intérieur

Il existe un pays
dont toi seul as la clé.
C’est ton monde intérieur,
ton monde secret.
Tu peux y entrer
ou en sortir
à ton gré.
Tu peux aussi y inviter
quelqu’un
quelquefois.

Henriette Major, Les pays inventés

*toile de Dee Lessard