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Combien?…

Combien d’entre vous déposerez un texte sur la toile de dimanche dernier d’ici demain 8 h, heure de Montréal? Laquelle des deux entre la prose et la poésie sera à l’honneur pour nous révéler les dessous de cette scène livresque? Tout cela, nous le saurons dans 24 heures exactement, au moment même où sera accrochée la 300e toile d’En vos mots.

*illustration de Yuko Shimizu

Au sud du Sahara 11

Apprends-moi

Apprends-moi
L’air des prairies bleues
Et souffle à mon oreille
Ton haleine princière
Il y a tant de mots
Sous la poussière
Tant d’amours
Dans les tiroirs
J’ai mal à croire
Que les feux de brousse
Sont éteints.

Véronique Tadjo (née en 1955, Côte-d’Ivoire)
(Poésie d’Afrique au sud du Sahara)

*choix de la lectrice de John Russell Story

À l’ombre de la fête

Marie-France Versailles a réuni six nouvelles qui mettent en scène les membres d’une même famille, avant et après une fête pour souligner les 80 ans de Louis, l’aîné, d’où le titre À l’ombre de la fête. À l’ombre, parce qu’il ne s’agit jamais de la fête à proprement parler, mais de ses préparatifs, des gens qui y seront, de ce qu’ils vivent en marge de celle-ci, toutes générations confondues.

Pour cette raison, cela donne un recueil des plus uniformes, plus proche même du roman que du recueil de nouvelles, tant chacune d’elles s’imbrique solidement dans ce « collage ». Le défi est donc remporté haut la main en ce qui concerne l’exploitation du thème. Pour ce qui en est des nouvelles proprement dites, certaines sont plus fortes que d’autres, même si l’auteure semble avoir volontairement choisi une chute assez elliptique pour chacune d’entre elles, respectant à la lettre la règle de la nouvelle voulant qu’elle dépeigne un moment précis, sans que le lecteur sache ce qui vient avant ou ce qui découlera de ce qui vient d’être relaté.

L’écriture est solide; l’auteure sait créer des images, des impressions durables ou fugaces, selon ce qu’elle cherche à exprimer. Marie-France Versailles réussit donc avec À l’ombre de la fête à créer des atmosphères en ne perdant pas de vue l’idée de fuite, de fugue, de secrets, d’ombre, puisque chacun des personnages voit le temps d’une nouvelle sa blessure étalée, son secret dévoilé.

Marie-France Versailles : une jolie découverte.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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C’est ça l’hiver…

Espérons que les pompiers n’en auront pas besoin!

Ce que mots vous inspirent 832

Tout ce qu’on invente est vrai si on y croit très fort et qu’on le fait par amour. (John Le Carré)

*illustration de Coby Whitmore

Au sud du Sahara 10

Des fleuves parlent

Que les joncs couvrent mon corps,
mes pieds, mon visage,
que personne ne surveille
quand j’écoute en silence l’eau
des fleuves qui me parlent.

Le son des cailloux
quand ils frôlent l’eau,
ce sont des baisers de soir et de lune,
et des baisers d’aube.

Un jour, quelqu’un m’a dit
que les fleuves ne parlent jamais,
qu’ils suivent simplement leur cours
et qu’ils s’échappent sans paroles.

Comme je fus triste ce jour-là
quand j’ai entendu ses mots,
je suis partie en courant vers le fleuve
pour qu’il m’explique
pourquoi je l’entends si clairement
et d’autres ne l’entendent pas du tout.

Raquel Tonde (née en 1939, Guinée-Équatoriale)
(Poésie d’Afrique au sud du Sahara)

*choix de la lectrice de Denis Chiasson

La princesse sans nom

Il y a encore des auteurs qui écrivent des contes de fées et des histoires de princesses, même si j’ai entendu dire que c’était démodé. Et tant mieux qu’il en soit ainsi. Tant mieux qu’ils mettent en scène des princesses, des sorcières et des fées, et apportent un peu de rêve aux enfants.

La princesse sans nom ne prétend pas être chose qu’un conte de fées traditionnel où tout va presque bien dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où naît une princesse… sans nom. En effet, le roi et la reine ont complètement oublié le prénom qu’ils avaient choisi et murmuré en secret. Ils ont beau faire appel à nombre de spécialistes pour retrouver le prénom perdu, rien n’y fait. Même les prénoms les plus rares ne conviennent pas. Jusqu’à ce qu’un jeune homme que la reine semble avoir reconnu leur chuchote le prénom choisi en échange d’une promesse.

Ajoutez à cette jolie histoire signée Hugues Paris un papier de grande qualité pour bien mettre en évidence la beauté et la magie des illustrations d’Anne Romby, et vous aurez là un album exceptionnel qui ravira autant grands que petits.

Anecdotes de réviseure 24

Je sais, je sais, je ne devrais pas m’énerver pour des broutilles. Mais après les « elle » pour remplacer autobus et hôpital, les cartes d’affaires calquées sur l’anglais plutôt que cartes professionnelles et autres fautes de français entendues au cours de mes vacances émises par des gens affirmant haut et fort être des as de la langue française, je me croyais blindée. Prête à tout entendre et à tout lire sans même sourciller un peu.

Mais. Car, il y a toujours un ou des « mais » qui nous jettent par terre. Certains pires que d’autres. Ce coup-ci, c’était « Nous sommes en congés jusqu’au 3 janvier », pas sur la porte d’un commerce de détail quelconque, mais sur le site Web d’un éditeur que je ne connaissais pas. (Pyramid, pour tout vous dire).

On a des congés, on est en congé, mais « être en congés », je n’avais jamais vu ça. Et parce qu’il m’arrive d’avoir une vraie tête de bourrique, j’ai pris une décision : je ne lirai jamais un livre édité par cette maison. Je n’ose pas penser aux énormités que je pourrais trouver dans les livres qu’elle publie après avoir vu cette grossière faute.

Je sais, je ne devrais pas perdre mon sang-froid pour des bêtises. Mais c’est comme ça.

*toile d’Alfréd Réth

Ce que mots vous inspirent 831

Le plus difficile au monde est de dire en y pensant ce que tout le monde dit sans y penser. (Alain)

*illustration d’Inslee Haynes

Au sud du Sahara 9

Mon pays est une musique

Mon pays est une musique que j’entends quand je n’entends plus rien.
Mon pays est une couleur où plonger est mon bonheur.
Mon pays est une musique qu’un enfant a jadis cachée dans une conque.
Mon pays est une conque. Y habite une huître dont le destin est un métier.
Mon pays est une musique. Tu l’écoutes quand je l’entends la mer vient.
Mon pays est un nombre. Dix couteaux impitoyables dans mon cœur consentant.
Mon pays est une musique. Dieu lui-même n’empêchera mon cadavre de l’écouter.
Mon pays est un nom. Le seul lieu que j’aime parce que je t’adore.
Mon pays est une musique. Ce son à nul autre pareil je le veux perpétuer.
Mon pays est un prénom qui m’empêche de mourir. Le tien, ô rose de mon sang!

Mario Fonseca (né en 1939, Cap-Vert)
(Poésie d’Afrique au sud du Sahara)

*choix de la lectrice d’Allan Ramsay