On ne connaît son ami qu’après avoir mangé avec lui beaucoup de sel. (Aristote)
(dans Au fil des mots l’amitié)
*toile de Konstantin Korovin
On ne connaît son ami qu’après avoir mangé avec lui beaucoup de sel. (Aristote)
(dans Au fil des mots l’amitié)
*toile de Konstantin Korovin
Ravies de leur trouvaille, les lectrices et amies peintes par Paul Kelley ont choisi de l’offrir à ceux et celles qui fréquentent le pays de Lali. Cette trouvaille, c’est Au fil des mots l’amitié, un recueil de citations sur l’amitié, lesquelles ont été colligées par Albine Novarino.
Un recueil dont elles ont tiré celle-ci, signée Démophile, pour entamer ce dimanche :
La terre nous fait attendre ses présents à chaque saison, mais on recueille à chaque instant les fruits de l’amitié.
Au cœur du cœur
Au cœur de l’espace
Le Chant
Au cœur du chant
Le Souffle
Au cœur su souffle
Le Silence
Au cœur du silence
L’espoir
Au cœur de l’espoir
L’Autre
Au cœur de l’autre
L’Amour
Au cœur du cœur
Le Cœur
Andrée Chedid, Rythmes
*choix de la lectrice de Lucien Lévy-Dhurmer
C’est 80 ans qui séparent Acajou, huit ans, et son arrière-grand-père Barnabé. Mais l’âge ne compte pas quand on aime ou quand on a oublié qu’on a 88 ans. Canal Océan, le premier roman d’Évelyne Wilwerth, publié en 1996, après une vingtaine de titres incluant des essais, des livres destinés aux jeunes, du théâtre et de la poésie, raconte leur histoire. Ou plutôt, Canal Océan raconte l’histoire d’Acajou, qui aime profondément Barnabé, et qui apprend à se débrouiller toute seule, parce que ses parents sont peu présents, débordés, peut-être même désintéressés.
Roman où foisonnent des personnages pas toujours nets et où une petite fille de huit ans se comporte comme une adolescente, Canal Océan a du souffle, beaucoup de souffle, malgré la jeunesse de l’une et la maladie d’Alzheimer de l’aïeul. Mais je reste tout de même perplexe devant cette histoire et ces personnages peu ordinaires. Il y a en effet quelque chose de peu crédible, malgré la poésie qui se dégage du lien entre Acajou et Barnabé. C’est d’ailleurs cette partie du roman qui est réussie. La rencontre avec des riverains aux occupations louches, celle avec le type à moto ou avec l’artiste peintre excentrique et étrange, le sont nettement moins. Même si Acajou affirme que ces rencontres se produisent parce que Barnabé l’aide à déployer ses ailes. J’ai un peu de mal à croire qu’une gamine de huit ans puisse être à ce point téméraire. Pas débrouillarde, téméraire. Mais c’est là le choix de l’auteure, habituée à écrire pour les jeunes.
Par contre, quels beaux moments que ceux qui nous sont relatés ici quand il est question du lien qui unit le vieillard aux dernières heures de sa vie et sa petite-fille. Des moments tristes, mais savoureux, et tellement, tellement tendres. Émouvants. Ce sont eux qui donnent à ce roman plus ou moins vraisemblable à certains égards une telle force et une richesse que vos cils se mouilleront.
Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».
Titre pour le Défi Premier Roman 
Dès les premières images du film de Richard Copans, La maison Vitra, où douze maisons vont en composer une seule, vous voudrez aller voir les choses de plus près. Et à mesure que dérouleront devant vous de nouvelles images de ce complexe architectural à la fois musée et salle d’exposition des environs de Bâle, vous voudrez encore plus voir celui-ci de près. Et quand l’architecte Jacques Herzog vous expliquera les bases de ce projet, notamment dans cet extrait, vous allez ajouter cette destination à la liste de vos destinations de rêve.
Oui, j’ai eu un coup de foudre pour cette maison inaugurée en 2010 et pour ce film d’une trentaine de minutes, présenté dans le cadre du Festival international du film sur l’art, qui nous dévoile sa conception. Un énorme coup de foudre!
Considéré comme le Paganini brésilien, le violoniste, arrangeur et compositeur Flausino Vale (1894-1954) s’est intéressé de près à la musique populaire brésilienne et, bien qu’avocat de formation, a enseigné l’histoire de la musique au Conservatório Mineiro de Música.
Le violoniste Cláudio Cruz, membre de l’Orquestra Sinfônica do Estado de São Paulo depuis 1990 et récompensé plus d’une fois au fil des ans, a consacré un album aux pièces de Flausino Vale. Un album qui met à l’honneur le compositeur comme son interprète, et duquel j’ai choisi d’extraire à votre intention Interrogando O Destino.
Quand on a travaillé le samedi pendant un quart de siècle et qu’on ne le fait plus depuis six ans, il y a en soi, alors que se dessine un nouveau samedi, l’espèce d’euphorie qui anime celui qui fait l’école buissonnière. Du moins est-ce ce que je ressens. Même si l’hiver revient en force après une semaine où le printemps a flirté avec l’été.
Le ciel est plus gris que bleu, mais le café est chaud et crémeux. Et la vie est là. Avec sa brassée de mots. C’est plus qu’il n’en faut pour être heureux.
*toile de Lucy Doyle
Quand la lectrice peinte par Bernardino Licinio a vu le recueil Rythmes d’Andrée Chedid, elle en a oublié tous les autres. Elle enait à retrouver ce poème :
D’où vient le son
Qui nous ébranle
Où va le sens
Qui se dérobe
D’où vient le mot
Qui libère
Où va le chant
Qui nous entraîne
D’où surgit la parole
Qui comble le vide
Quel est le signe
Qui fauche le temps?
« Et chaque silence est une musique à l’état de gestation » pourrait en une seule phrase résumer le plus récent roman de Mia Couto, l’une des voix les plus intéressantes de la littérature contemporaine, lequel réinvente le monde et la langue à chacun de ses livres.
Cette fois-ci, il nous entraîne dans une zone retranchée du monde des vivants, où se sont exilés le veuf Silvestre Vitalício, son beau-frère, un militaire et les deux fils de Silvestre, Ntunzi et Mwanito. Or, si quatre personnages sur cinq ont des souvenirs de ce qu’était leur vie avant l’exil, de la disparue, de cette ville où ils vivaient, Mwanito, parachuté très jeune dans ce no man’s land, n’en a pas.
Silvestre s’est installé là pour des raisons obscures, où il est question de mort et de morts, ainsi que de la fine limite qui sépare le monde des vivants de celui des morts. Peut-être voulait-il protéger les siens. Peut-être voulait-il mourir à son tour maintenant qu’est morte celle qu’il a (peut-être) tuée et autour de laquelle le roman se déroule comme une longue écharpe ne dénudant jamais entièrement le corps qu’elle dissimule. Peut-être cherchait-il là, dans ce lieu hors du monde, comment apprendre à vivre autrement, sans mémoire, dans l’oubli total et dans l’absence de mots, puisqu’il interdit à Mwanito la lecture et l’écriture. Mais c’est compter sans la complicité et l’amour de son aîné qui se chargera de transmettre au plus jeune son savoir, ses souvenirs et ses images, et d’en inventer au besoin quand ils commenceront à s’effriter.
« Nous ne vivons pas vraiment durant la majeure partie de notre vie. Nous nous consumons dans une longue léthargie, que, pour nous leurrer et nous réconforter nous-mêmes, nous appelons existence », raconte Mwanito qui a appris à accorder les silences pour qu’ils ne troublent plus personne, en particulier son père. « Chaque jour est une feuille que tu déchires, je suis le papier qui attend ta main, la lettre qui attend la caresse de tes yeux », écrit-il aussi alors qu’il tente de comprendre la vie, le destin, ce lieu que son père a choisi, et de deviner à quoi ressemblent les femmes, jusqu’à ce que l’une d’elles s’aventure dans cette contrée et bouleverse la vie de chacun.
Une fois de plus, Mia Couto signe un livre émouvant, doont chaque chapitre s’ouvre sur un poème ou une phrase, ce qui nous donne le plaisir de (re)lire la grande poète Sophia de Mello Breyner Andresen et, en ce qui e concerne, de faire connaissance avec Adelia Prado. Un roman entre le conte et le roman, autour des racines, celles qui nous ancrent dans notre terre natale, celles que nous devons déployer pour (sur)vivre. Parce que : « Ce n’est pas en lui tenant les ailes qu’on aide un oiseau à voler. L’oiseau vole simplement parce qu’on l’a laissé être oiseau. »
Pour découvrir d’autres titres de Mia Couto :
Les baleines de Quissico
Terre somnambule
Tombe, tombe au fond de l’eau
Chronique des jours de cendre
Le fil des missangas
C’est à l’occasion du Festival international du film sur l’art que j’ai vu le plus récent film du Suisse Pierre Maillard, autant documentaliste que réalisateur de films de fiction, Le paysage intérieur.
Ce paysage intérieur, dont vous pouvez voir quelques images ici, c’est celui qu’ont imaginé les architectes japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa, de l’agence SANAA, c’est-à-dire une vague, pour la nouvelle bibliothèque de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, dont la réalisation a été rendue possible grâce à des bâilleurs de fonds du secteur privé, dont le plus important est Rolex, d’où le nom de l’édifice, le Rolex Learning Centre (RLC).
Lauréats du prix Pritzker en 2010 pour cette réalisation, les architectes de SANAA ont voulu créer un grand espace lumineux, aéré et aérien, qui donne l’impression, selon l’endroit où nous sommes, de chevaucher la vague , d’en faire partie ou d’être dessous. Décor des plus modernes, le RLC s’inscrit à même le paysage urbain dont il fait partie, ce qui ajoute à sa beauté tout en longueur plutôt qu’en hauteur, ce qui aurait défait tout le paysage. C’est cette aventure que raconte le film de Pierre Maillard de façon chronologique, avec à la fin certaines images qui vous feront rêver…
En ce qui me concerne, Pierre Maillard a réussi son pari : il m’a donné envie d’aller voir cette bibliothèque hors du commun.
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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