Des roses qui font rêver!
Le recueil L’inconcevable de l’écrivain André Brochu n’est pas des plus faciles à lire, mêlant proses et poèmes dans des constructions souvent hors normes. C’est pourtant ce livre que la lectrice de Daniel Hernandez Morillo a choisi pour les lectrices du soir. Pour la phrase finale du quatrième du couverture : « La poésie est un effort de tous les mots pour donner sa chance à l’impossible. »
Et pour ce poème :
Cette nuit sera nôtre
plantée de petits couteaux,
nous irons pieds nus
sur les sentiers de sable
tenter la rose des sorts,
et ta hanche
sous la robe
illuminera mille fois
la confidence.
Avec Venge-moi!, Patrick Cauvin, alias Claude Klotz, décédé en 2010, a signé un roman qui ne ressemble en rien aux comédies qu’il signait dans les années 1980 et que j’avais lu avec bonheur. J’avais depuis délaissé cet auteur, tout en constatant que presque chaque année il publiait un nouveau roman qui avait en général la faveur du public à défaut de celle des critiques.
Venge-moi!, c’est l’histoire de deux vies. Celle d’une mère rentrée des camps physiquement mais jamais rentrée psychologiquement, collectionnant les traces du génocide de façon maladive, notamment des lettres et des photos glanées et achetées au fil des ans, lesquels n’ont aucun lien direct avec elle. Celle d’un fils dont le père n’est qu’un pâle souvenir, celui-ci n’étant jamais revenu et dont la mère ne vit pas, malade d’une guerre qu’elle vit chaque jour, chaque heure et dont elle cultive le souvenir. Enfin, deux vies, jusqu’au moment où le fils se trouvera seul, sa mère venant de mourir en lui confiant une mission : trouver celle qui l’a dénoncée, dont elle lui fournit le nom et le lieu où elle habitait à l’époque, et la tuer.
C’est donc aussi l’histoire d’une vengeance. Une vengeance qu’elle n’a pas été en mesure d’exercer elle-même et dont elle confie l’exécution à celui pour qui elle a — ou peut — avoir un sens, ce fils qui a vécu jour après jour avec une femme qui n’a plus jamais été autre chose qu’une rescapée. L’histoire d’une promesse qu’il tentera d’exécuter et dont l’issue va en surprendre certains, mais pas tous. J’avais en effet dénoué une bonne partie des fils de l’intrigue par intuition et déductions.
Il s’agit tout de même d’un roman peu banal, bien tissé, entre le roman psychologique et le polar, sur fond d’histoire, un roman que je n’ai pas abandonné une minute tant je voulais voir où allait nous mener Cauvin. Mission accomplie pour l’auteur. Venge-moi! est une réussite. Même que ce livre me donne envie de relire Nous allions vers les beaux jours, paru en 1982.
Question :
Sait-on se donner
Entièrement
À ce que l’on écrit?
Écrire ainsi
Est une forme de l’amour
Dont on cherche à deviner
Ce qui l’inspire.
Et tu ne devineras pas d’avance.
À toi de trouver en écrivant.
Eugène Guillevic, Présent
*choix de la lectrice du peintre néerlandais Heroman Van Der Mijn
Avec Un retour, Alberto Manguel nous plonge dans un univers qui devient de plus angoissant à mesure que le héros, Fabris, retrouve au hasard d’une promenade dans la ville de sa jeunesse qu’il a quittée il y a 20 ans pour Rome, les protagonistes de sa propre vie, pareils ou inchangés, dans des situations qui ont tout du fantastique.
Dans un premier temps, le chauffeur de taxi le dépose devant un hôtel qui n’est pas celui où il devait aller. Puis, cette ville qu’il pensait quasi identique se révèle être un tel labyrinthe qu’il perd de vue les lieux dans lesquels il entre ainsi que les personnages de son passé qui s’y trouvent. Comment, alors qu’il avait quitté Rome pour assister au mariage de son filleul, se retrouve-t-il dans un autobus conduit par un des anciens professeurs, lequel le déposera dans un lieu apocalyptique d’où il ne pourra plus partir?
J’avoue que j’attendais une autre fin, que j’aurais voulu trouver une raison à l’aventure de Fabris, mais que j’ai fermé le roman de Manguel sans comprendre le dessein de l’auteur. À moins, au fond, qu’il n’en ait eu d’autre que celui de nous piéger comme il l’a fait de son personnage?
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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