Avec Venge-moi!, Patrick Cauvin, alias Claude Klotz, décédé en 2010, a signé un roman qui ne ressemble en rien aux comédies qu’il signait dans les années 1980 et que j’avais lu avec bonheur. J’avais depuis délaissé cet auteur, tout en constatant que presque chaque année il publiait un nouveau roman qui avait en général la faveur du public à défaut de celle des critiques.
Venge-moi!, c’est l’histoire de deux vies. Celle d’une mère rentrée des camps physiquement mais jamais rentrée psychologiquement, collectionnant les traces du génocide de façon maladive, notamment des lettres et des photos glanées et achetées au fil des ans, lesquels n’ont aucun lien direct avec elle. Celle d’un fils dont le père n’est qu’un pâle souvenir, celui-ci n’étant jamais revenu et dont la mère ne vit pas, malade d’une guerre qu’elle vit chaque jour, chaque heure et dont elle cultive le souvenir. Enfin, deux vies, jusqu’au moment où le fils se trouvera seul, sa mère venant de mourir en lui confiant une mission : trouver celle qui l’a dénoncée, dont elle lui fournit le nom et le lieu où elle habitait à l’époque, et la tuer.
C’est donc aussi l’histoire d’une vengeance. Une vengeance qu’elle n’a pas été en mesure d’exercer elle-même et dont elle confie l’exécution à celui pour qui elle a — ou peut — avoir un sens, ce fils qui a vécu jour après jour avec une femme qui n’a plus jamais été autre chose qu’une rescapée. L’histoire d’une promesse qu’il tentera d’exécuter et dont l’issue va en surprendre certains, mais pas tous. J’avais en effet dénoué une bonne partie des fils de l’intrigue par intuition et déductions.
Il s’agit tout de même d’un roman peu banal, bien tissé, entre le roman psychologique et le polar, sur fond d’histoire, un roman que je n’ai pas abandonné une minute tant je voulais voir où allait nous mener Cauvin. Mission accomplie pour l’auteur. Venge-moi! est une réussite. Même que ce livre me donne envie de relire Nous allions vers les beaux jours, paru en 1982.

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