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Le français maltraité 8

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« Monuments » et non « sites »
On a tellement pris l’habitude d’appeler « site » une installation, une construction, des bâtiments (« site industriel », « site de production », « site technologique ») que l’on arrive au point où naît la confusion. On a tellement dit « site » à tort et à travers! Le mot
« site », qu’on aime tant et qu’on emploie si mal, est en train de brouiller complètement le paysage.
Un site, en bon français, c’est cela : un paysage.

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de Gary Bunt

Le français maltraité 7

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Mon opinion et son contraire
Il est tout de même bizarre d’apprendre voup sur coup qu’un homme public « est revenu sur ses déclarations » et a dit… « les assumer totalement ».
« Revenir sur une déclaration », en bon français, c’est avouer que l’on s’est trompé, c’est se dédire, se rétracter. Comment peut-on dans le même temps « revenir sur des propos » et les ratifier?

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de Fernando Botero

Le français maltraité 6

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« C’est vrai que »
C’est une belle chose que « C’est vrai que », avec toutes les pièces qui s’y vissent, telles que « bon! » et « en fait » :
« Bonc’estvraiqu’enfait » est une protase superbe, une protase qui dispense de l’apodose.

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de Rick Bentham

Le français maltraité 5

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C’est ainsi que « hard » est partout, bon à tout, dit à tout propos, mis à toutes les sauces. Épithète « hard », apostrophe « hard », discours « hard », politique « hard », démarche « hard », style « hard », interprétation « hard », sonate… plus « hard » qu’une autre… Sous ce déferlement terrible, ce déferlement « hard », repose un cimetière d’adjectifs, « raide », « roide », « rude », « âpre », « violent »,
« vigoureux », « rigoureux « et « fort », tout simplement.

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile du peintre néerlandais Alexander Hugo Bakker Kroff

Le français maltraité 4

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Mais il y a aussi « scénario ». Parti du théâtre et du cinéma,
« scénario » a tout envahi. Suppositions, hypothèses, conjectures, prévisions, pronostics ne portent plus que sur des scénarios. La guerre éclatera, scénario. Le paix sera sauvée, scénario. La Bourse montera, baissera, « chuteras »scénarios. Santé et maladie, sécheresse, humidité, pluie et vent, bien et mal, bonheur et malheur, succès et échec : scénarios!

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de Malie Baehr

Le français maltraité 3

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La culture pour tous
Jamais on ne fut si cultivé qu’aujourd’hui. La culture est partout et en tout, « culture de la négociation », « culture d’entreprise »,
« culture de la rue », « culture de la performance », « culture du dialogue », « culture de la médiation », « culture de la remise en question positive ». On frémit quand on pense qu’il y a un ministère
« en charge » (comme on dit) de cette immensité.

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de l’artiste australien Herbert Badham

Le français maltraité 2

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Il y a des pilotes partout
Les « pilotes » au front lumineux sont les prophètes d’aujourd’hui. Le père de famile « pilotant » sa 6-chevaux emporte ladite famille vers les horizons bleus et les terres promises, le « cadre », le « décideur » qui pilotent ont la grâce des chevaliers du ciel, le ministre qui « pilote » son ministère et sa réforme séuite le corps électoral comme une incarnation gouvernementale de Buck Danny ou Dan Cooper.

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de Daniel Authouart

Le français maltraité 1

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Parce que j’ai beaucoup aimé C’est la cata! qui réunit une partie des chroniques de Pierre Bénard sur la langue française parues dans Le Figaro, j’ai décidé d’en offrir des extraits aux lecteurs de ce dimanche, en commençant par celui peint par un artiste inconnu de l’école américaine au XIXe siècle.

Heure après heure, en compagnie de lectrices et de lecteurs de journaux, parce que les billets de l’auteur de la chronique « Le bon français » ont paru dans un journal avant d’être colligés et publiés dans la collection Points (sous-collection Le goût des mots), nous pourrons lire quelques absurdités concernant ce français maltraité, lesquelles sont examinées avec humour, férocité et aussi tristesse par Pierre Bénard.

En vous souhaitant bon dimanche et bonne lecture. Et en espérant que les lecteurs de C’est la cata! se donnent tous la main avant qu’il ne soit trop tard.

Pour les yeux d’une gitane 7

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Autoportrait au chevalet

Je te et tu le sais
Au pied de la lettre
Ne veux plus écrire
Que toi à la main

Tu es tout mon alphabet
Mon lexique et dharma
Corps-âme idole errante

Et sans crier gare
Mon précis nomade

Lucien Francoeur, Clo la gitane

*choix de la lectrice de Tamara de Lempicka

C’est la cata!

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La langue française va décidément très mal, n’en déplaise à certains qui sont convaincus du contraire, ceux-là même qui la malmènent en abusant d’une part des abréviations et d’autre part en allongeant de façon éhontée des mots qui ne méritent pas un tel « privilège ». C’est ce qu’exprime Pierre Bénard dans C’est la cata!, qui réunit une partie de ses billets d’humeur publiés dans la rubrique du Figaro « Le bon français ». Des billets qui font grincer des dents comme sourire — parce que le ridicule ne tue pas. Des billets éclairants, cyniques, qui frappent là où ils doivent frapper, en peu de mots et avec justesse.

Oui, le français va mal. Probablement plus en France qu’au Québec, selon ce que j’ai lu dans le florilège de Pierre Bénard. Que ce livre nous serve d’avertissement et nous pousse à agir avant qu’il ne soit trop tard, avant que nous n’ayons oublié le véritable sens des mots, avant que les mot-valises qui ne veulent rien dire aient tout avalé sur leur passage.

À mettre entre les mains de tous ceux qui aiment vraiment la langue française.