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Le français maltraité 17

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Initier, c’est instruire d’un secret.
Le verbe anglais to initiate a débarqué sous la forme du néofrançais
« initier une action », « initier un procès », « initier un combat »,
« initier une démarche »…
On se rappelle à peine les temps où le français possédait « intenter » et « entreprendre ».

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de Karen Aghamyan

Le français maltraité 16

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Dans le parler nouveau que cette fin de siècle a formé, j’admire la part qu’ont prise « sympa » et « convivial ».
C’est « convivial », « sympa » ou rien… Il y a « cool », que j’oubliais. C’est ainsi que l’on pourra dire : « J’ai passé de très cool vacances avec des gens supersympa sur un site hyperconvivial. »

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de Ron Thomson

Le français maltraité 15

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Je n’ai aucune aigreur contre le mot « total ». C’est son expansion qui me gêne. « Notre détermination est totale », c’est bien dit. Mais pourquoi ne serait-elle pas d’autres fois « entière ». « pleine et entière », « sans réserve », « sans restriction », « sans faiblesse », « sans faille », « complète », « parfaite», « absolue »,
« inébranlable »?… je plaide pour qu’un seul mot n’en proscrive pas trente autres.

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de Wenzel Tornoe

Le français maltraité 14

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Qui se souvient qu’« énormément » veut dire « excessivement », comme
« énorme », en bonne langue, signifie « excessif »? On me répondra
qu’ «énorme » a presque perdu ce sens, et qu’« excessivement », par ailleurs, ne signifie même plus « excessivement », puisqu’on dira aussi avec éloge qu’on a été « excessivement intéressé ».

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de Jocelyn van Breda

Le français maltraité 13

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Les « acteurs » ne sont plus seulement au théâtre et au cinéma.
… nous sommes tous, nous les « acteurs », présents dans cette vaste pièce qui se joue sur la scène du « terrain » entre « parties
prenantes », « protagonistes », également dignes, comme chacun sait, d’une « écoute attentive ».

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de Wouterus Verschuur

Le français maltraité 12

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… maintenant que le mot « saga », sonore et prestigieux, est prodigué à tout, vraiment à tout, dès que sont associés les idées de multiplicité et de qualité : « saga des alcools », « saga des caramels », « saga des fromages », « saga des jambons », « saga des truffes », « saga des huîtres».
Ah! quelle saga moderne, l’emploi du mot « saga »!

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile d’Albert Weisgerber

Le français maltraité 11

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Investir, c’est mettre le siège, établir le blocus.
Dans la langue d’aujourd’hui, on investit chaque fois que l’on entre, qu’on s’installe. On dit que « les baigneurs ont investi la plage ». Est-ce qu’ils se sont postés tout autour de la plage pour interdire l’accès ou la sortie des sables? Bloquent-ils au bord des eaux les malheureux arrivés avant eux, condamnés à bronzer jusqu’à nouvel ordre? Non, bien sûr, ces baigneurs occupent la plage, ils s’y sont établis, ils ont pris place devant la mer…

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de Frank Wright

Le français maltraité 10

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On se moquait naguère des touristes systématiques qui « faisaient » l’Espagne, la Grèce, le Népal, la Dordogne… Les mêmes ouristes, à présent, « réalisent des itinéraires », « réalisent des explorations », « réalisent des randonnées », « des treks » : « Mon épouse et moi-même avons décidé d’initier notre prise de retraite par la réalisation d’une maxibalade à vocation socioculturelle et mondislisante. »

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile de Rhoda Yanow

Le français maltraité 9

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Un faible pour « fort »
On a cessé de « parler net » pour « prononcer des paroles fortes ». Un geste marquant est une « démarche forte », une décision importante, une « initiative forte ».
Un congrès, une foire, un festival ne sont plus de « grands moments », mais des temps forts ». Lesquels « temps forts », comme chacun sait, « rythment de manière forte la vie du tissu socioculturel ».

Pierre Bénard, C’est la cata!

*toile d’Edward Burton

En vos mots 214

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Au pays de Lali, le dimanche est une journée est bien spéciale depuis un peu plus de quatre ans. C’est le jour d’En vos mots, une rubrique qui ne m’appartient pas et qui est vôtre. Une rubrique que vous nourrissez de vos mots et d’histoires que vous inventez à partir d’une toile. Une rubrique que certains entretiennent depuis le début alors que d’autres viennent tout juste de se joindre à cette aventure.

Nous voici donc dimanche et les lecteurs de l’artiste Joseph Christian Leyendecker viennent de s’installer. Ils ne bougeront pas de la semaine et aucun des commentaires que vous déposerez d’ici dimanche prochain ne sera validé avant l’accrochage d’une nouvelle toile. Vous avez donc sept jours devant vous pour écrire quelques lignes, pour nous dire en rimes ou en prose ce que cette scène évoque, pour faire vivre la toile du jour.

Puisse celle-ci vous inspirer!