Chair fragile du poème
Chutant sur épaule
À confusion
Langue roulée
De nos pensées
En catimini
Quelles sont les ruses
Qui donnent forme
Au secret si enivrant
Claudine Bertrand, Autour de l’obscur
*choix de la lectrice de Friedrich von Amerling
Chair fragile du poème
Chutant sur épaule
À confusion
Langue roulée
De nos pensées
En catimini
Quelles sont les ruses
Qui donnent forme
Au secret si enivrant
Claudine Bertrand, Autour de l’obscur
*choix de la lectrice de Friedrich von Amerling
À l’heure où Louise Warren procède une fois de plus à un élagage de sa bibliothèque pour ne conserver que l’essentiel, pour que des livres continuent à vivre hors de chez elle, loin de sa protection quasi maternelle, elle choisit de nous les raconter dans un récit qui n’a rien d’un essai, un récit presque « amoureux » intitulé Attachements. Observations d’une bibliothèque.
Et dès les premières pages de ce récit, tout en nuances, en dentelles, en traits de crayons, en filigrane et en pointillé, se dresse le portrait d’une véritable passionnée des livres. Livres comme objets, livres comme compagnons, livres-ressources, livres-références, livres essentiels, incontournables, livres comme autant de souvenirs, comme autant de moments retenus dans le filet de l’inoubliable. Ces livres qui sont souvent les miens (Marie Uguay, Clarice Lispector, Les chambres de bois, Nooteboom, Bonnefoy, Pessoa, Katherine Mansfield, L’engloutie de Guillemin, et tant et tant d’autres). Ces livres racontés, qui sont les siens uniquement, et dont je note les titres, me disant que je ne pourrai qu’aimer ce qu’elle aime, puisque tant de livres déjà en commun pour émotions jumelles.
« Ces livres m’ont incitée à regarder vivre les paysages, les œuvres, et à comprendre les mouvements qui forment une vie », écrit-elle. Comme elle écrit aussi : « Ce qui m’unit aux livres tient en partie au rythme, à la respiration, à l’air qui passe entre les paragraphes, aux choses qui ne se voient pas, mais vibrent. » Et dans ses mots, me reconnaître, vibrer, trembler.
Et aller, de livre en livre. Dévorer les histoires que chacun suscite et qui parfois ressemblent aux miennes, par les dates, les lieux, les émotions. Et penser comme elle que : « Ce qui me fascine de la lecture, ce sont toutes ces rencontres qui se multiplient. » Et avoir voulu écrire ce que je crois aussi, profondément : « Quand je lis, le monde perd ses frontières. »
Puis fermer le livre avec ce sentiment qu’une auteure qui fait partie de moi — de ma bibliothèque, de ma propre inspiration — depuis plus d’un quart de siècle, depuis L’amant gris (publié en 1984) est devenue plus proche en me livrant ses Attachements qui devraient plaire à ceux qui aiment qu’on leur raconte des livres comme on lit des contes aux enfants.
Parce qu’il y a des jours comme ça… Et parce qu’il vaut mieux en rire! Surtout quand ce n’est pas à soi que ça arrive!
*illustration de Jay Scott Pike
L’hommage des amis, c’est la fidélité. (Charles-Albert Demoustier)
*illustration d’Anna Whelan Betts
Tant de lumière
D’étoiles filtrées
En vase cinéraire
Jouir nébuleuses
Pourtant s’insurgent
Brise et bruine
Orage des mots
Tous creux tus
En elle ruissellent
Et mouvante s’écrie
Au pouls des empreintes
Jamais plus conjuguées
Claudine Bertrand, Autour de l’obscur
*choix de la lectrice de l’artiste néerlandaise Marianne Wagemaker
Il faut plus qu’une bonne idée pour faire un bon livre. C’est ce qu’on comprend à la lecture de La vie comptée de Raoul Lecompte de Gilles Tibo, qui nous promettait une rencontre avec un personnage inusité, lequel calcule tout, tout, tout.
Et c’est bien de cela qu’il s’agit. Raoul Lecompte, dès ses premières heures de vie se met à compter sur ses doigts au milieu de ses « areu ». Et il n’aura de cesse toute sa vie de compter, de ne faire que ça, tant et si bien que ça lui attirera des ennuis tout au long de sa vie. Il y avait là une idée, j’en conviens.
Mais comment notre héros peut-il avoir vécu une merveilleuse traversée de sept heures quatre minutes précisément, à la page 45 et à la page suivante un atterrissage retardé de six heures vingt minutes? La traversée, autant que je sache, dure du décollage à l’atterrissage. Alors que la deuxième moitié de sa vie commence à la page 89, comment peut-il avoir dès la page 71 une petite-nièce? Une petite nièce, je n’aurais pas levé le sourcil, mais si on l’affuble d’un trait d’union, voilà que je ne suis plus!
Il faut plus qu’une idée pour faire un bon livre. Il faut qu’un éditeur fasse son travail d’éditeur. Il faut que le lecteur ne se lasse pas avant la fin. Or, Raoul Lecompte, qui comptait tout, mais vraiment tout, aurait fini par compter mes bâillements.
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Fait avec amour (❤️) par WHC
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