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Sous les arbres 15

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L’ombre des arbres dans la rivière embrumée
Meurt comme de la fumée
Tandis qu’en l’air, parmi les ramures réelles,
Se plaignent les tourterelles.

Combien, ô voyageur, ce paysage blême
Te mira blême toi-même,
Et que tristes pleuraient dans les hautes feuillées
Tes espérances noyées!

(Paul Verlaine)

*toile d’Eastman Johnson

Sous les arbres 14

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L’arbre

Il y avait autrefois de l’affection, de tendres sentiments,
C’est devenu du bois.
Il y avait une grande politesse de paroles,
C’est du bois maintenant, des ramilles, du feuillage.
Il y avait de jolis habits autour d’un cœur d’amoureuse
Ou d’amoureux, oui, quel était le sexe?
C’est devenu du bois sans intentions apparentes
Et si l’on coupe une branche et qu’on regarde la fibre
Elle reste muette
Du moins pour les oreilles humaines,
Pas un seul mot n’en sort mais un silence sans nuances
Vient des fibrilles de toute sorte où passe une petite fourmi.
Comme il se contorsionne l’arbre, comme il va dans tous les sens,
Tout en restant immobile!
Et par là-dessus le vent essaie de le mettre en route,
Il voudrait en faire une espèce d’oiseau bien plus grand que nature
Parmi les autres oiseaux
Mais lui ne fait pas attention,
Il faut savoir être un arbre durant les quatre saisons,
Et regarder, pour mieux se taire,
Écouter les paroles des hommes et ne jamais répondre,
Il faut savoir être tout entier dans une feuille
Et la voir qui s’envole.

(Jules Supervielle)

*toile de Rod Lawyer

Sous les arbres 13

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Frêne hautain, forestier et champêtre
L’arbre premier de tant d’arbres divers,
L’arbre immortel au renom de mes vers,
L’arbre aux serpents toujours odieux maître;
Le coudre rompt, mais tu te fais connaître
Propre à la guerre et jamais de travers
De toi tortu les monts ne sont couverts,
Ains haut et droit toujours as voulu naître;
Je fais mes dards, pour tous mes arcs, de toi,
Les forestiers en font de même moi,
Et Panarèthe en fait les siens encore :
Phébus aussi en patronne ses traits,
Sa chaste sœur son carquois en décore,
Ainsi au bois as tous noms satisfaits
.

(Lafresnaye)

*toile de Silvestro Lega

La suggestion du 11 octobre 2009

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La lectrice de l’artiste Scott Murphy serait-elle si absorbée par son livre qu’elle n’a pas remarqué qu’elle avait de la compagnie? Il est certain que si elle est en train de parcourir ce livre – qui me tente beaucoup -, c’est fort possible!

Sous les arbres 12

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Bouquet d’arbres

Il faut parler des ifs comme on parle des morts
Du pelage d’automne enrobant l’eau qui dort

Le lilas oiseau-lyre ouvrant ses ailes blanches
C’est un flocon de neige qui plane sur les branches

Et le doux peuplier les calèches du vent
L’entraînent au galop de leurs chevaux piaffant

Ambre liquide ourlant la rive des forêts
L’écorce du bouleau tisse sa voie lactée

Le sapin familier de ses aiguilles brunes
Faufile la voilure attachée à sa hune

Et la pluie dans les mains frêles des marronniers
Glisse et s’effrite comme la vie d’un prisonnier

Mais le chêne fixé sur un socle de marbre
Semble un berger figé parmi son troupeau d’arbres

Si je nomme le charme une allée se dénoue
Une source enchâssée à son collier de houx

Et je ne sais que dire à ces obscurs témoins :
Tilleuls rompant le soir leur graine de parfums

Pommiers de gloire au flanc des collines couchés
Saules tremblants comme une fille effarouchée

A tous ceux qui s’en vont cherchant dans la nuit noire
La charnelle vêture et l’humaine mémoire
.

(Michel Manoll)

*toile signée Henry R. MacGinnis

Sous les arbres 11

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L’ÉRABLE ROUGE

Dans le vent qui les tord les érables se plaignent,
Et j’en sais un, là-bas, dont tous les rameaux saignent!

Il est dans la montagne, auprès d’un chêne vieux,
Sur le bord d’un chemin sombre et silencieux.

L’écarlate s’épand et le rubis s’écoule
De sa large ramure au bruit frais d’eau qui coule.

Il n’est qu’une blessure où, magnifiquement,
Le rayon qui pénètre allume un flamboiement!

Le bel arbre ! On dirait que sa cime qui bouge
A trempé dans les feux mourants du soleil rouge!

Sur le feuillage d’or au sol brun s’amassant,
Par instant, il échappe une feuille de sang.

Et quand le soir éteint l’éclat de chaque chose,
L’ombre qui l’enveloppe en devient toute rose!

La lune bleue et blanche au lointain émergeant,
Dans la nuit vaste et pure y verse une eau d’argent.

Et c’est une splendeur claire que rien n’égale,
Sous le soleil penchant ou la nuit automnale!

(Albert Lozeau)

*toile de Victor Marec

Sous les arbres 10

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Le lac et le saule

La solitude est bien l’hôtesse
Qui convient à ce lac profond :
Son saule unique et lui se font
Le vis-à-vis de la tristesse.

Immobiles ou se mouvant
Ils joignent leurs mélancolies,
Par les froidures, sous les pluies,
Dans le soleil et dans le vent.

Ils échangent même en secret
Ce qui les charme ou les distrait.
L’arbre a des oiseaux dans ses branches,

Il les montre au Lac qui, toujours,
A fleur d’eau lui montre à son tour
Ses belles carpes et ses tanches
.

(Maurice Rollinat)

*toile de Catherine Morrisey

Sous les arbres 9

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Ouvre ton écorce, arbre,
Prends-moi dans ton écorce…

Les jours ont passé un par un,
Les jours ont passé deux par deux,
Nous nous sommes nourris d’amour,
Et de souffrance et de deuil.

M’ont déjà fatigué
Les jours amples ou étroits,
M’ont déjà fatigué
Coupables et innocents,
M’ont déjà fatigué
Cette légère tristesse
Et ces malheureuses nostalgies.
Alors, ouvre ton écorce, arbre,
Prends-moi dans ton écorce!

Prends-moi dans ton écorce,
En ce siècle sans fleurs;
Je vais me fondre en toi
Comme un petit printemps,
Comme un chagrin secret,
Au fond de tes feuilles,
Je brillerai même triste
Et entrerai dans un profond sommeil.

Et que les vents viennent,
M’arrachent de tes mains,
Moi, je m’éveillerai, mon arbre,
Nous tonnerons ensemble.

Moi, je serai poussé avec toi,
Moi, je me courberai avec toi,
Et de l’emprise des vents
Je me délivrerai avec toi.

Et une nuit secrète,
Quand tous dormiront,
Je te répéterai des paroles magiques;
Nous irons tout doucement
Nous nous lèverons en tapinois
Et rendrons insomniaque
Celle qui dort.

Dans son rêve,
Un arbre ensorcelé
Prendra forme humaine;
Il soufflera tout bas,
Et d’une langue humaine,
Comme une merveilleuse légende,
Il lui confiera
Un immense amour perdu,
Et une infinie nostalgie…

(Razmig Tavoian, poète arménien)

*toile de Paul Gustave Robinet II, peintre suisse

En vos mots 131

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La lectrice peinte par l’artiste néerlandais Herman Schouwenburg serait-elle en train de laisser s’envoler les mots ou bien ceux-ci sont-ils en train de couvrir graduellement les pages blanches du livre qu’elle tient à la main? À moins qu’il ne s’agisse de tout autre chose?

Vous avez devant vous sept jours pour voir quelle tangente vous prendrez. Sept jours pour vous laisser guider par votre imagination afin de nous livrer en vos mots l’histoire de cette lectrice. Et dimanche prochain, mais pas avant, vous pourrez lire les aventures concoctées par tous ceux qui voudront s’amuser à raconter la scène.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

Sous les arbres 8

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Saule pleureur

Il perd ses plumes, perd ses larmes.
Comme un cœur se vide de larmes,
L’arrosoir a perdu ses plumes.

Éventail au soleil fané,
Loterie des mois des années,
Dans l’allée le sable s’enroue,
Où mon chagrin fera la roue.

Jardin faut-il que tu t’en ailles,
Et l’été de cet éventail,
Secondé par mon petit doigt,
Qui chatouille un bouton de rose,
Effronté sans pourtant qu’il ose,
Trop presser son éclosion.

Après s’être bien amusée,
La rose rentre en son cocon,
La rose revêt sa chemise,
Et tout est à recommencer.

Et les outils dans la remise,
Ensemble-jardin se lamentent,
L’arrosoir voudrait sur l’amante,
Verser des larmes mais la bêche,
N’a pas retrouvé cette espiègle,
Qui se cache sous l’herbe sèche
.

(Raymond Radiguet)

*toile de Theodore Robinson