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Sous les arbres 7

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Chant triomphal de l’arbre

Arbre couleur d’oiseau, je n’ai plus peur des plaines
Je pourrai m’envoler par delà le ciel noir
Mon printemps, ton printemps dansent à perdre haleine
L’enfant, le liseron grimperont jusqu’au soir
Grimperont jusqu’à Dieu plus haut que la montagne
Arbre couleur d’oiseau je resterai quand même
Porteur de chevelure, arbre parmi les arbres.

Arbre couleur de l’eau, je coule d’un poème
Dans tous les corps d’ici, dans les cœurs et les ailes.
Hommes, je vous habite un instant, puis je pars
Je reviens à mon cri. La fleur souffle un abeille
Pour lui donner le vol, le vrai suc du voyage
Mes chants et mes parfums jaillissent de mes branches
Et pour toucher le ciel, j’agite mon feuillage
Comme un grand pavillon habité de mésanges…

(Robert Sabatier)

*toile de Paul Louis Joseph Roux

Sous les arbres 6

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Le platane ou la permanence (à Louis Aragon)

Tu borderas toujours notre avenue française pour ta simple membrure et ce tronc clair, qui se départit sèchement de la platitude des écorces,

Pour la trémulation virile de tes feuilles en haute lutte au ciel à mains plates plus larges d’autant que tu fus tronqué,

Pour ces pompons aussi, ô de très vieille race, que tu prépares à bout de branches pour le rapt du vent

Tels qu’ils peuvent tomber sur la route poudreuse ou les tuiles d’une maison….. Tranquille à ton devoir tu ne t’en émeus point :

Tu ne peux les guider mais en émets assez pour qu’un seul succédant vaille au fier Languedoc

À perpétuité l’ombrage du platane.

(Francis Ponge)

*toile de Carl Schlesinger

Sous les arbres 5

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À un vieil arbre,

Tu réveilles en moi des souvenirs confus.
Je t’ai vu, n’est-ce pas ? moins triste et moins modeste.
Ta tête sous l’orage avait un noble geste,
Et l’amour se cachait dans tes rameaux touffus.
D’autres, autour de toi, comme de riches fûts,
Poussaient leurs troncs noueux vers la voûte céleste.
Ils sont tombés, et rien de leur beauté ne reste;
Et toi-même, aujourd’hui, sait-on ce que tu fus?
O vieil arbre tremblant dans ton écorce grise!
Sens-tu couler encore une sève qui grise?
Les oiseaux chantent-ils sur tes rameaux gercés?
Moi, je suis un vieil arbre oublié dans la plaine,
Et, pour tromper l’ennui dont ma pauvre âme est pleine,
J’aime à me souvenir des nids que j’ai bercés.

Cet arbre qui brava la foudre, la cognée,
Lui dont la frondaison longtemps fut épargnée,
Va, marqué d’une croix, s’abattre, condamné.
Toi qui te crus solide, au sol enraciné,
De proche en proche écoute et la scie et la hache…
Les bûcherons du soir viendront finir leur tâche;
Et plus rien, dans l’espace un instant démuni,
Plus rien ne restera de l’arbre et de ses nids
.

(Léon-Pamphile Le May)

*toile de Joseph Severn

Sous les arbres 4

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Qui a vu quelquefois un grand chêne asséché,
Qui pour son ornement quelque trophée porte,
Lever encore au ciel sa vieille tête morte,
Dont le pied fermement n’est en terre fiché,

Mais qui dessus le champ plus qu’à demi penché
Montre ses bras tout nus et sa racine forte,
Et sans feuille ombrageux, de son poids se supporte
Sur un tronc nouailleux en cent lieux ébranché :

Et bien qu’au premier vent il doive sa ruine,
Et maint jeune à l’entour ait ferme la racine,
Du dévot populaire être seul révéré :

Qui ta chêne a pu voir, qu’il imagine encore
Comme entre les cités, qui plus florissent ore,
Ce vieil honneur poudreux est le plus honoré
.

(Joachim Du Bellay)

*toile de Renate Strasser

Sous les arbres 3

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Les arbres

Nous regardions nos arbres, c’était du haut
De la terrasse qui nous fut chère, le soleil
Se tenait près de nous cette fois encore
Mais en retrait, hôte silencieux
Au seuil de la maison en ruines, que nous laissions
À son pouvoir, immense, illuminée.

Vois, te disais-je, il fait glisser contre la pierre
Inégale, incompréhensible, de notre appui
L’ombre de nos épaules confondues,
Celle des amandiers qui sont près de nous
Et celle même du haut des murs qui se mêle aux autres,
Trouée, barque brûlée, proue qui dérive,
Comme un surcroît de rêve ou de fumée.

Mais ces chênes là-bas sont immobiles,
Même leur ombre ne bouge pas, dans la lumière,
Ce sont les rives du temps qui coule ici où nous sommes,
Et leur sol est inabordable, tant est rapide
Le courant de l’espoir gros de la mort.

Nous regardâmes les arbres toute une heure.
Le soleil attendait, parmi les pierres,
Puis il eut compassion, il étendit
Vers eux, en contrebas dans le ravin,
Nos ombres qui parurent les atteindre
Comme, avançant le bras, on peut toucher
Parfois, dans la distance entre deux êtres,
Un instant du rêve de l’autre, qui va sans fin
.

(Yves Bonnefoy)

*toile de Jozef Zermentowski

Sous les arbres 2

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Les arbres

Ô vous qui, dans la paix et la grâce fleuris,
Animez et les champs et vos forêts natales,
Enfants silencieux des races végétales,
Beaux arbres, de rosée et de soleil nourris,

La Volupté par qui toute race animée
Est conçue et se dresse à la clarté du jour,
La mère aux flancs divins de qui sortit l’Amour,
Exhale aussi sur vous son haleine embaumée.

Fils des fleurs, vous naissez comme nous du Désir,
Et le Désir, aux jours sacrés des fleurs écloses,
Sait rassembler votre âme éparse dans les choses,
Votre âme qui se cherche et ne se peut saisir.

Et, tout enveloppés dans la sourde matière
Au limon paternel retenus par les pieds,
Vers la vie aspirant, vous la multipliez,
Sans achever de naître en votre vie entière
.

(Anatole France)

*toile d’Egon Tschirch

Sous les arbres 1

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S’asseoir sous les arbres pour lire, comme le fait la lectrice du peintre Camillo Vena, sera bientôt chose du passé alors que doucement l’automne s’installe avec octobre et ses couleurs. Profitons donc de ce dimanche pour le faire et de plus, pour lire quelques poèmes qui ont tous trait aux arbres.