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Un appel à l’essentiel 11

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La lectrice peinte par Jimmie Trotter s’était faite belle, parce qu’elle considère qu’il faut le faire pour recevoir la beauté des mots. Ceux du poète portugais Antonio Ramos Rosa semblent avoir eu leur effet. Elle est partie, comme en état de grâce, en laissant Le livre de l’ignorance ouvert sur ce poème :

Dans la brise qui souffle dans l’ombre
rien ne s’ouvre
rien ne scintille
Nulle coupole
nuls sillons
nocturnes
Pourquoi il y a une vision
presque
comme une tige tendue
qui luit à peine
brusque sursaut
qui se dissémine
à l’intérieur d’elle-même
Et ainsi l’ombre se transmue
en ombre
et respire à notre place

Kagsagsuk, l’orphelin

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Kagsagsuk, l’orphelin

Il était une fois un pauvre orphelin qui vivait parmi des hommes durs dans le Nord du Canada, un endroit qui s’appelle aujourd’hui le Nunavuk. Son nom était Kagsagsuk. Il habitait avec sa vieille mère adoptive dans une misérable cabane, à côté du portail d’une grande maison où il n’avait pas le droit d’entrer. A vrai dire, Kagsagsuk n’osait même pas pénétrer dans la cabane, et il restait couché sur le seuil, cherchant une place chaude parmi les chiens. Lorsque, le matin, les hommes de la grande maison éveillaient leurs chiens avec des coups de cravache, le pauvre garçon en recevait aussi. Comme il avait mal, il criait : « Nah, nah, wa, wa, wa! » et tous se moquaient de lui, parce qu’il se comportait comme un chien.

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*toile de Mireille Payen

La fée des bois

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La fée des bois
(conte hongrois)

Il était une fois, une jeune fille qui vivait seule avec sa mère dans une pauvre ferme. Elles n’avaient que deux chèvres et chaque matin, la fillette les emmenait dans une clairière des bois pour qu’elles y broutent. Pour toute nourriture, la fillette n’avait qu’un morceau de pain et pendant que ses bêtes paissaient, elle devait filer le lin pour ne pas perdre de temps à rêver. La vie était bien difficile mais la petite Maria était une enfant heureuse qui chantait et dansait sur le chemin. Elle chantait toute la journée en travaillant et rapportait le soir à sa mère un fuseau rempli de fil de lin.

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*toile de Lisa Schneider

Le prince de la pluie

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Le prince de la pluie
(conte d’Éthiopie)

Il y a très très longtemps, un homme et son fils vivaient dans une cabane au fin fond des forêts éthiopiennes, là où personne ne va presque jamais. Autrefois, l’homme avait été marié mais sa femme était morte en donnant le jour à leur fils. Son chagrin avait été tellement grand qu’il décida de ne plus vivre parmi les hommes. Il voulait vivre seulement avec son chagrin et son fils Devi.
Un jour, il s’enfonça profondément dans la forêt et y construisit une simple cabane pour eux deux. Devi grandit en solitaire. Son père lui apprit toutes les choses de la vie : à marcher, à parler, à chasser et à pêcher, mais hélas, Devi ne rencontrait jamais personne.

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*toile de Valentin Serov

L’amitié des deux chacals

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L’amitié des deux chacals
(conte d’Égypte)

Il y a fort longtemps, vivaient dans l’immensité du désert deux chacals qui s’aimaient d’une amitié sincère, un peu comme s’aiment deux frères. Ils s’entraidaient et chacun pouvait compter sur l’autre en cas de coup dur. Ils partageaient les mêmes peines mais aussi les mêmes joies. Ils ne frayaient avec aucun autre animal préférant passer tout leur temps ensemble. Ensemble, ils recherchaient leur nourriture. Ensemble ils buvaient et mangeaient. Ensemble ils se rafraîchissaient à l’ombre des mêmes rares arbres du désert lorsque le soleil les tourmentaient de ses ardents trop ardents.

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*toile de Momcilo Simic

La bergère et le ramoneur

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La bergère et le ramoneur
(conte d’Andersen)

As-tu jamais vu une très vieille armoire de bois noircie par le temps et sculptée de fioritures et de feuillages? Dans un salon, il y en avait une de cette espèce, héritée d’une aïeule, ornée de haut en bas de roses, de tulipes et des plus étranges volutes entremêlées de têtes de cerfs aux grands bois. Au beau milieu de l’armoire se découpait un homme entier, tout à fait grotesque ; on ne pouvait vraiment pas dire qu’il riait, il grimaçait; il avait des pattes de bouc, des cornes sur le front et une longue barbe. Les enfants de la maison l’appelaient le « sergentmajorgénéralcommandantenchefauxpiedsdebouc » .
Évidemment, peu de gens portent un tel titre et il est assez long à prononcer, mais il est rare aussi d’être sculpté sur une armoire.
Quoi qu’il en soit, il était là! Il regardait constamment la table placée sous la glace car sur cette table se tenait une ravissante petite bergère en porcelaine, portant des souliers d’or, une robe coquettement retroussée par une rose rouge, un chapeau doré et sa houlette de bergère. Elle était délicieuse! Tout près d’elle, se tenait un petit ramoneur, noir comme du charbon, lui aussi en porcelaine. Il était aussi propre et soigné que quiconque ; il représentait un ramoneur, voilà tout, mais le fabricant de porcelaine aurait aussi bien pu faire de lui un prince, c’était tout comme.
Il portait tout gentiment son échelle, son visage était rose et blanc comme celui d’une petite fille, ce qui était une erreur, car pour la vraisemblance il aurait pu être un peu noir aussi de visage. On l’avait posé à côté de la bergère, et puisqu’il en était ainsi, ils s’étaient fiancés, ils se convenaient, jeunes tous les deux, de même porcelaine et également fragiles.

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*toile d’Adolphe Soete

La chasse-galerie

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La chasse-galerie
(conte d’Honoré Beaugrand)

Pour lors, je vas vous raconter une rôdeuse d’histoire, dans le fin fil. Mais s’il y a parmi vous autres des lurons qui auraient envie de courir la chasse-galerie ou le loup-garou, je vous avertis qu’ils font mieux d’aller voir dehors si les chats-huants font le sabbat, car je vais commencer mon histoire en faisant un grand signe de croix pour chasser le diable et ses diablotins. J’en ai eu assez de ces maudits-là, dans mon jeune temps.

Pas un homme ne fit mine de sortir : au contraire, tous se rapprochèrent de la cambuse où le cook achevait son préambule et se préparait à raconter une histoire de circonstance.

Le «bourgeois» avait, selon la coutume, ordonné la distribution du contenu d’un petit baril de rhum parmi les hommes du chantier, et le cuisinier avait terminé de bonne heure les préparatifs du «fricot de pattes» et des «glissantes» pour le repas du lendemain. La mélasse mijotait dans le grand chaudron pour la partie de tire qui devait terminer la soirée.

Chacun avait bourré sa pipe de bon tabac canadien, et un nuage épais obscurcissait l’intérieur de la cabane, où un feu pétillant de pin résineux jetait cependant, par intervalles, des lueurs rougeâtres qui tremblotaient en éclairant, par des effets merveilleux de clair-obscur, les mâles figures de ces rudes travailleurs des grands bois.

Joe, le cook, était un petit homme assez mal fait, que l’on appelait généralement le bossu, sans qu’il s’en formalisât, et qui «faisait chantier» depuis au moins quarante ans. Il en avait vu de toutes les couleurs dans son existence bigarrée, et il suffisait de lui faire prendre un petit coup de jamaïque pour lui délier la langue et lui faire raconter ses exploits.

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*illustration de Meryl Treatner

Voilà pourquoi l’eau de mer est salée…

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Voilà pourquoi l’eau de la mer est salée…
(conte de Chine)

Il y a fort longtemps vivaient en Chine deux frères.
Wang-l’aîné était le plus fort et brimait sans cesse son cadet. A la mort de leur père, les choses ne s’arrangèrent pas et la vie devint intenable pour Wang-cadet. Wang-l’aîné accapara tout l’héritage du père : la belle maison, le buffle, et tout le bien. Wang-cadet n’eut rien du tout et la misère s’installa bientôt dans sa maison.

Un jour, il ne lui resta même plus un seul grain de riz. Il ne pourrait pas manger, alors, il se résolut à aller chez son frère dut aller chez son frère aîné.
Arrivé sur place, il le salua et dit en ces termes :
-Frère aîné, prête-moi un peu de riz.
Mais son frère, qui était très avare, refusa tout net de l’aider et le cadet repartit.

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*toile de Mary Anne Tuck

Les aventures de la petite souris

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Les aventures de la petite souris
(conte de Miss Sara Cone Bryant)

II y avait une fois une petite souris grise qui vivait dans un champ de blé noir, et qui avait bien envie de courir le monde. Elle se mit à trotter çà et là, fourrant son nez pointu dans tous les tas de pierres et sous toutes les touffes d’herbe, et regardant partout de ses petits yeux noirs et brillants. Tout à coup elle aperçut dans des feuilles sèches un petit objet rond, brun et lisse. C’était une grosse noisette, si polie et si brillante qu’elle eut envie de l’emporter à la maison, et elle avança sa petite patte pour la prendre, mais la noisette se mit à rouler. Souricette courut après, mais elle roulait très vite et arriva jusque sous un grand arbre, et là se glissa sous une des grosses racines.

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*toile de George Watson

La lune

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La lune
(conte de Grimm)

Il était autrefois un pays où les nuits étaient sombres, et le ciel couvrait cette contrée comme un drap noir. La lune n’y sortait jamais, pas une seule étoile ne scintillait dans l’obscurité. Les ténèbres y régnaient comme à la création du monde.
Quatre jeunes hommes de ce pays partirent un jour en voyage et arrivèrent dans un autre royaume où tous les soirs, lorsque le soleil se couchait derrière la montagne, s’allumait dans les cimes d’un chêne un disque étincelant qui répandait au loin une douce lumière. Cela permettait aux gens de tout bien voir et distinguer, même si la lumière n’était pas aussi forte et éclatante que celle du soleil.
Les voyageurs s’arrêtèrent et, abasourdis, demandèrent au paysan qui passait par là avec son chariot quelle était cette lumière.
-C’est la lune, répondit le paysan. Notre maire l’a achetée pour trois écus et l’a attachée au sommet du chêne. Tous les jours il doit y rajouter de l’huile et bien la nettoyer pour qu’elle brille comme il faut. Nous lui payons ce service un écu chacun.

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*toile de Robert Walter Weir