La lectrice peinte par l’artiste néerlandais Herman Schouwenburg serait-elle en train de laisser s’envoler les mots ou bien ceux-ci sont-ils en train de couvrir graduellement les pages blanches du livre qu’elle tient à la main? À moins qu’il ne s’agisse de tout autre chose?
Vous avez devant vous sept jours pour voir quelle tangente vous prendrez. Sept jours pour vous laisser guider par votre imagination afin de nous livrer en vos mots l’histoire de cette lectrice. Et dimanche prochain, mais pas avant, vous pourrez lire les aventures concoctées par tous ceux qui voudront s’amuser à raconter la scène.
D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

7 réponses
La pluie frappe sur la fenêtre, c’est un jour très maussade pour un dimanche. Evelyne avait fait des projets de promenades mais voilà, ce n’était pas un temps à mettre un pied dehors.
Qu’importe se dit-elle, je vais en profiter pour terminer mon livre.
Evelyne a une petite manie. La semaine dernière, dans sa librairie habituelle, elle achète deux fois le même livre après avoir lu une bonne critique sur l’auteur. Ce n’était pas la première fois. En fait, cela date de plusieurs mois déjà.
Son plaisir est de toucher le livre, de le palper, de le sentir. Dans son salon, Evelyne s’est aménagé un coin très agréable où elle peut s’étendre pour lire et la jolie lampe sur le guéridon donne un ravissant effet de lumière.
Sa manie, qui ne fait de mal à personne, est de lire une page, deux pages et lorsqu’elle voit un mot ou quelques lignes qui la touchent, qui la bouleversent, prend le deuxième livre pareil au premier et découpe tous ces mots et les colle sur la paroi. En agissant ainsi, elle se sent entourée, comme s’il y avait une présence et tous ces mots sont pour elle source de bonheur.
Les mots collés peuvent rester deux jours, une semaine pour être ensuite remplacés par d’autres mots d’un autre livre.
Ainsi, chaque jour, elle va relire ces petits mots, ces phrases qui lui donnent des ailes pour la journée sans avoir besoin d’ouvrir le livre et elle se souvient de cette belle citation de Théophile Gautier qui est toujours dans un coin de son cœur…
« Des mots rayonnants, des mots de lumière, avec un rythme et une musique, voilà ce qu’est la poésie. »
Pour rien au monde Evelyne ne voudrait changer sa façon de faire. Elle s’est rendu compte que les « mots collés » lui faisaient voir la vie sous un autre angle. Egoïste, renfermée, triste, jamais contente…tous ces mots ont fondu pour lui offrir un cœur d’or garni de mots: généreuse, ouverte, gaie, heureuse…
La moindre pensée de toi et je frémis
Le souvenir gourmand de ta bouche
Me ramène de nouveau à la vie
Rien qu’imaginer que je te touche
Et mon envie de toi
Tue toutes mes heures d’ennui
Rien que la pensée et déjà
Tout mon corps meurt d’envie
D’être perdu dans tes bras
Comme un soleil dans ta nuit
Quand la lune n’est pas là
Et tes doigts si doux
Qui se promènent sur mon cœur
Et qui s’aventurent partout
Avec tellement de douceur
Et ta bouche qui me dévore
Comme un feu jamais éteint
Et nos corps qui s’aiment encore
Perdus de plaisir dans nos mains
Et qui voient naître l’aurore
Couchés dans le sable fin
Et j’aurai des morceaux de toi
Dans mon corps pour toujours
Comme un hymne à la joie
Qu’on appellerait de l’amour
Triangulation communicante
Mes mots réduits en morceaux
Et le retard dans mon écriture
Et Lali lit mes angles brisés
Triangulés. Miroirs petits miroirs
Je ne suis plus celui qui les écrit
Seulement la lueur qui glisse
En coulisse, et éclaire un peu vos écrans
Je ne suis plus le poète
Dont le protocole étoilé
Interné dans mes mots
Par l’Internet, a éclaté
En mille et un quartiers de phrases
Je ne serais que celui
Qui même en cent ans
N’aurait pas le temps
De remettre l’endroit
De l’envers de mes dires
À votre endroit
Je l’irai chercher sur les fils
Sur les prises et sur les clefs
Sur les serveurs, de ceux qui dînent
Ordinent et jardinent
Mes idées
De ceux qui
Les piquent et les repiquent
Comme un verbe mélangé
Décomposé, recomposé
Comme un écho de lettres
Qui navigue vers vous
Oxymore
D’autres tapissent leurs murs de papier à fleurs. Moi, voilà longtemps que j’ai arraché aux parois ces éclosions mièvres et puantes. Les jardins me rendent malade, c’est tout juste si je supporte les arabesques végétales du sofa … J’ai débarrassé ma vie de ces inutiles ornements, allégé mon âme de ces corolles insipides et j’ai trouvé les MOTS ! J’ai retrouvé le chemin de l’ En-Vie. Et c’est une nouvelle rencontre chaque jour. Les mots prennent vie au moment même où je les lis, les mots fécondent, les mots enfantent tous mes univers. Et ce n’est jamais tout à fait pareil, je défais les plis et je retrace les frontières. Puis je prélève à chacune de mes lectures les mots à coller, à effleurer, à retrouver. Ces mots que je connais, qui me nourrissent, qui me remplissent chaque soir. Quand je m’adosse au mur, les bras en croix, tous les mots vibrent sur ma peau, s’infiltrent par mes paumes ouvertes ; je ne veux que leur lumière, leur douceur, leur rudesse, leur éclat, leur sonorité, leur gourmandise. Seuls les mots m’importent. Seuls les mots font éclore des sentiments… D’autres tapissent les murs de papier fleuri, moi j’habille les miens des mots que je lis. Depuis qu’un jour de mai, dans ce jardin andalous, tu as choisi une fleur, anémone messagère, pour tuer un rêve fou. Pour meurtrir ma peau et broyer mon cœur.
Denise, ou comment les mots font naitre la douceur de vivre .
Armando, quel poème ! c’est l’amour qui éclabousse de mille éclats .
Oxymore, une jolie mosaïque avec ton rythme si particulier .
Encore une fois, quel plaisir de vous lire
Mes bises hespériennes bleues 😉
Merci Hespérie, de tout coeur, vraiment ! Je suis très heureuse que tu aies trouvé « les MOTS », ils sont si beaux…
Ces dimanches de « En vos mots » au pays de Lali m’apportent tant de joie, merci aussi à Armando et à Oxymore, c’est superbe.
this is a surprise to me, it’s nice to be an inspiration to other painters, readers and writers!
herman