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Au revoir, Anne-Sophie!

Quand je suis devenue libraire, au début des années 80, le deuil était un sujet peu abordé dans les livres, et encore moins dans la littérature jeunesse. Puis, tranquillement, ce sujet a été exploité. Tout doucement et pendant un moment par la mort d’un grand-parent, uniquement. Comme si seuls les aînés pouvaient mourir. Puis, les éditeurs ont accepté que des auteurs fassent mourir des parents, mais d’une longue maladie. Ou des jeunes, presque toujours de leucémie.

Il est vrai que nul n’aime parler de la mort, qu’il la côtoie quotidiennement à cause de son travail ou parce qu’il vient de perdre un parent. Mais ce qui est certain est qu’elle fait partie de la vie, et que c’est en parlant d’elle que les enfants pourront l’apprivoiser.

Dans La grande nuit d’Anne-Sophie, le prolifique auteur jeunesse Pierre Coran est économe de mots. Il est vrai qu’il n’en faut pas beaucoup pour dire à des jeunes que l’une des leurs ne viendra plus prendre place parmi eux, que les objets qu’elle a laissés derrière elle ne bougeront plus, parce qu’un chauffard l’a fauchée alors qu’elle rentrait chez elle. Il n’en faut pas beaucoup non plus pour rendre Anne-Sophie inoubliable.

Un livre sans prétention pour les plus petits sur le deuil et sur la préservation de la mémoire. Un livre, de plus, qu’on devrait trouver dans toutes les classes du primaire.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Une mère qui a du tempérament

La mère de Jules et de Tom a du tempérament. « … tempérament, ça fait penser à température. Et que ta mère me pouvait s’empêcher de bouillir même pour un rien. Comme si elle avait toujours al fièvre, quoi! » Tels sont les mois choisis par leur père pour expliquer aux gamins cette force de la nature qu’est leur mère. Et qui, à la première occasion, saura le prouver, même s’il faut pour cela passer une nuit en prison!

En effet, à l’heure où Gigi la Terreur s’en prend au affiches sexistes du quartier et où la mère de Jules et de Tom refuse de présenter ses papiers parce que stationner en double file n’est pas un crime, il n’en faut pas plus aux policiers pour faire leurs comptes. Deux et deux font bien quatre et c’est bien la voiture de la dame qu’on a vue autour des lieux où des délits ont été commis…

Roman à la fois sur le sexisme dans l’affichage, sur la justice et sur la peur, Ma mère la Terreur est un bijou du genre. À un point tel que le livre fermé, chaque enfant voudra une mère à son image tant Claire Clément nous l’a rendue attachante malgré ses excès et son tempérament!

La petite fille sans allumettes

C’est bien sûr un clin d’œil au célèbre conte signé Hans Christian Andersen que fait Martine Delerm avec son album intitulé La petite fille sans allumettes.

Comme la petite fille aux allumettes, Marina a froid. Comme elle, elle mendie, alors que tourbillonnent les flocons de neige. Mais elle ne peut pas gratter d’allumettes pour se réchauffer : elle n’en a pas. Alors, elle regarde les livres dans la vitrine.

Or, Martine Delerm, laquelle aime les histoires qui finissent bien et les librairies, sauve son héroïne. C’est en effet réchauffée par l’histoire d’une libraire conteuse que la petite échappera aux engelures, voire même à la mort.

Pour ceux qui ont pleuré et qui pleurent encore même adultes quand ils relisent La petite fille aux allumettes, le livre de Martine Delerm, où nul ne joue avec des allumettes (ce qui devrait plaire à nombre de parents), est tout désigné.

Moi qui ai toujours beaucoup aimé les histoires tristes, et particulièrement ce conte d’Andersen, j’ai adoré la version de Martine Delerm. C’est tout dire, non?

Un violon pour vivre à nouveau

Bastien, onze ans, a perdu l’usage de ses jambes à la suite d’un accident. Sa vie pourrait s’arrêter là, stagner, tandis qu’il se replierait peu à peu sur lui-même parce qu’il ne peut plus jouer au football. Mais Iris et, par la suite, un vieux professeur de violon dont il sera le dernier élève vont se relayer afin de donner un sens nouveau à l’existence du garçon.

Peu encouragé par les siens qui voient davantage en la musique un passe-temps temporaire pour sortir Bastien de son état de prostration que quelque chose de plus vital, celui-ci réussira à convaincre ses parents que sa place est bien au conservatoire, même si cela signifie pour lui accéder à un milieu qui n’est pas le sien.

Avec Un violon dans les jambes, Hervé Mastron signe un roman destiné aux jeunes mettant en scène un héros attachant et de plus un roman positif, malgré toute la détresse à laquelle est confronté son personnage au départ. Parce que la vie est plus forte que tout. Ainsi que l’appel de la musique, lequel peut parfois changer le cours d’une vie.

Un violon dans les jambes : un roman à mettre entre les mains de tout jeune. Pour lui donner les ailes qu’il lui manque parfois.

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Le livre épuisé

Rarement un titre a-t-il porté autant de sens que Le livre épuisé, un magnifique album signé Frédéric Clément, que l’éditeur n’entend pas réimprimer et qui est considéré comme épuisé depuis 2004.

Or, Le livre épuisé (qu’on peut encore trouver dans certaines bibliothèques, et heureusement), qui relate la rencontre entre un livre échoué sur le sable après un long voyage et un enfant qui veut voir la neige, est un livre qui méritait meilleur traitement que celui-ci.

Comment des livres aussi beaux physiquement et faisant montre d’autant de poésie peuvent-ils tout bonnement disparaître alors que d’autres, souvent insipides mais à saveur commerciale, sont réimprimés ad nauseam? Il y a décidément beaucoup de choses que je ne comprendrai jamais. Ou que je refuse de comprendre.

Le livre épuisé, ponctué de toiles et de photos, est un livre sur un livre. Un livre qui a fait un long voyage. Un livre qui mérite qu’on le respecte. Un livre où il est question du silence, de la beauté, de la nature. Un livre qui apprend à l’enfant à regarder le monde dans ses moindres détails comme autant de richesses.

Un livre inépuisable tant il offre de possibilités. Et pourtant, Le livre épuisé… est épuisé.

Lili et les gros mots

Lili adore les gros mots. Tant et si bien qu’elle décide d’aller en vendre au marché, affirmant qu’il aident à éliminer les maux de tête. Mais quelle pagaille leur arrivée dans la bouche des uns et des autres a semée! On n’entend plus que des insultes d’un bout à l’autre du village, sur la rue, dans les commerces et dans les maisons. Il faut absoument faire quelque chose!

C’est ce quoi s’emploieront Lili et son pépé dans cet album fort sympathique, aux illustrations efficaces, mais pas des plus jolies, qui pousse les enfants à réfléchir sur la portée de leurs actes et sur leurs responsabilité. Tout en demeurant un album ludique, l’album ne perd pas de vue l’idée d’inculquer des valeurs. Ce qui n’est pas plus mal, au contraire.

Les biscuits aux gros mots, un album où il est question de chicane… et de réconciliation.

Un livre, ça sert à quoi?

Bonne question que celle posée par Chloé Legeay, à l’heure où tout, de la pus petite cuillère à la montagne la plus haute, doit avoir une utilité. Et c’est avec humour, avec tendresse, avec philosophie et avec subtilité qu’elle répond à la question en mettant en scène un jeune garçon et sa petite sœur qui vieillissent au fil des pages.

J’ai même imaginé les réponses transcrites sur des bouts de papier et servies comme thèmes autant pour des dessins que des compositions. Et je me suis dit que ce livre était une porte ouverte à la création et qu’il fallait qu’il se retrouve dans toutes les classes.

Petit bémol tout de même pour qui aime les belles illustrations. Celles qu’on trouve ici n’ont rien de très poétique. Plus près de la caricature que de l’illustration jeunesse, ils auront pu me faire fuir si le contenu n’avait été si bon.

Les aventures de Lou

J’étais conquise avant même d’ouvrir le livre. Le quatrième de couverture était si alléchant. Comme peut l’être un gâteau photographié dans un beau livre de recettes imprimé sur papier glacé. Un gâteau qui ne goûte pas ce qu’on aurait voulu qu’il goûte. Signé, Lou a eu le même effet.

Le résumé promettait une correspondance. Or, nous n’avons ici que les lettres de Lou et les pages de son journal intime. Aucune ligne de son écrivain fétiche qui lui a envoyé quelques cartes postales en réponses à ses nombreuses lettres. Ça commence mal. De plus, la traduction est tellement franchouillarde, d’une part, et la langue utilisée tellement peu celle d’un enfant, d’autre part, que nul enfant de chez nous ne pourra dépasser les dix premières pages. (Ou vingt, s’il est plus patient que la moyenne des enfants.)

En fait, la seule chose qui tienne debout, c’est la vie de Lou, le divorce de ses parents, le fait que son père passe son temps sur les routes dans son semi-remorque, qu’il ait emmené Bandit le chien en partant, privant le jeune Lou se son seul ami. Qu’il raconte tout ça par lettre à un écrivain qu’il ne connait pas et qui lui a envoyé quatre cartes en six ou sept ans ne tient pas la route, n’en déplaise à l’auteure. Pas plus que le fait qu’il lise toujours le même livre jusqu’à ce que son correspondant écrivain lui suggère d’en lire un autre. N’importe quel parent, n’importe quel enseignant, l’aurait fait dans la vraie vie.

Pour tout vous dire, oubliez Signé, Lou. Et essayez de ne pas tomber dans le piège de certains quatrièmes de couverture. Je sais, ce n’est pas facile. Mais je vais essayer moi aussi.

L’album est joli, mais c’est tout

Faut-il connaître la Lorraine, ses spécialités culinaires et la rivalité entre Metz et Nancy pour apprécier l’album Bergamote et Mirabelle? Probablement pas, mais pour l’apprécier à sa juste valeur, probablement que oui.

L’album met en scène deux princesses, Bergamote et Mirabelle. L’une est de Nancy, l’autre de Metz. Chacune des deux est jolie et talentueuse, et est prête à tout pour que SA ville devienne la capitale de Lorraine, même se plier à un concours culinaire pour que le roi Stanislas prenne enfin une décision.

L’album est joli. Les princesses ont de jolies robes. De jolies coiffures. Autrement dit, on le lit une fois, voire deux. Et puis, on l’abandonne. On n’en tirera rien de plus. Mais qui sait, peut-être même que vous retiendrez le nom des deux desserts lorrains mentionnés ici.

D’où vient la musique?

Même si l’auteure a vendu 10 000 exemplaires de ce titre qui prétend expliquer les origines de la musique, je ne suis pas convaincue qu’il ait atteint son but, même si l’album est gentil et que les personnages le sont aussi, bien que l’histoire, quant à elle, demeure absolument et totalement improbable malgré la volonté de l’auteure de la rendre vraisemblable. Il est, à mon humble avis, trop facile de rendre inséparables le musicien du rez-de-chaussée et la petite fille du troisième étage qui a choisi de se taire alors qu’ils se connaissent sûrement, à tout le moins de vue.

De plus, qui laisserait partir sa petite fille avec un étranger tous les jours, même si c’est un vieux monsieur sympathique, pour qu’elle apprenne d’où viennent les sons, l’origine de certains instruments et le chant des oiseaux?

Si l’album avait annoncé ses véritables couleurs, à savoir une histoire d’amitié où il est question de musique et non pas un documentaire expliquant d’où vient la musique, et si cela avait été plus vraisemblable, peut-être pourrais-je vous conseiller l’album. Mais je ne peux le faire. Dommage.

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