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Nous sommes ce continent

Avant d’écrire pour les jeunes, Pierre Labrie a été uniquement poète pendant une dizaine d’années. Pas étonnant donc que Nous sommes ce continent, roman destiné aux adolescents et jeunes adultes, mêle poésie et fiction.

Le narrateur a en effet, le temps d’un mois, choisi d’écrire son journal intime afin de voir clair dans une histoire d’amour qui va vers sa fin. Et pourtant, ce n’est pas leur première rupture. Mais il sent déjà, avant même qu’elle n’arrive, qu’elle est sur le point de se concrétiser et que ce sera la dernière. Qu’il n’y aura pas de retour en arrière cette fois.

Et ce (pres)sentiment donne lieu à des réflexions sur la vie comme sur l’amour et à des poèmes qu’on peut croire trop léchés au départ, trop bien finis, mais qui deviennent crédibles dans la mesure où le narrateur a participé à un atelier d’écriture, ce que nous apprenons au cours de la lecture.

« … je sais qu’il est trop tard
Je le sais parce que
je t’aime comme une vague qui n’a ni plage
ni roc ni falaise pour mourir »,
écrit le narrateur dans un poème qui s’adresse à celle à qui il ne le donnera jamais.

Ils étaient ensemble un continent. Qu’en est-il maintenant de sa vie à lui alors qu’elle a pris le large?

« je sais que je suis ce continent sur lequel bâtir
je sais qu’il y a d’autres continents
je sais que les eaux de ma vie
me feront dériver vers un autre continent
contre lequel je pourrai me coller
lorsque les temps plus calmes le permettront »

Magnifique livre que Nous sommes un continent. Et quelle belle façon de faire aimer la poésie aux jeunes en faisant du narrateur un poète. C’est ce qui a manqué à mes seize ans. Mais chut, c’est un secret.

Pour l’amour d’une princesse

Ah! le pouvoir de l’amour! Il est infini… ou presque. C’est un peu ce que raconte Christian Oster dans La princesse Poussiéreuse qui met en scène le prince Désolant, le neveu d’un roi qui s’ennuie et à qui il n’arrive jamais rien qui ne soit programmé. Jusqu’au jour où le prince annonce à son oncle qu’il va se marier. Mais qu’il y a un problème. La princesse Poussiéreuse n’est pas aimée des écureuils parce qu’elle laisse derrière elle un véritable nuage de poussière. Or, le prince Désolant vit dans un arbre avec eux et c’est là qu’il entend vivre avec sa destinée. Le roi aurait-il une idée qui pourrait sortir son neveu de cette situation qui lui semble inextricable?

Comme il s’agit d’un conte, et que les contes ont en général une fin heureuse, La princesse Poussiéreuse connaîtra un revirement de situation des plus heureux grâce à la sagesse des personnages qui entourent le roi. Ce qui m’a plu et qui plaira sûrement à bien des petites filles, qu’elles rêvent d’être princesses… ou pas.

Aujourd’hui, peut-être…

Elle vit seule dans la forêt. Comme une grande. Parce que la petite fille a décidé de ne plus grandir. Après tout, elle sait déjà l’essentiel : comment faire du thé et des confitures. Et elle sait aussi ceci : elle attend quelqu’un. Qui? Elle n’en a pas la moindre idée. Elle sait juste qu’elle saura qui est ce quelqu’un quand il arrivera.

La petite fille imaginée par Dominique Demers et par l’illustratrice Gabrielle Grimard est patiente. Et chaque fois que quelqu’un arrive qui n’est pas le bon, il repart, laissant seule la petite fille qui attend. Non pas un prince, même s’il est beau et qu’il veut l’épouser, et qui, comme le loup et les brigands qui sont passés avant lui, repart en laissant derrière elle une demoiselle qui attend.

Et parce qu’il s’agit d’un conte, Aujourd’hui, peut-être… finit bien et met en scène une bien jolie rencontre. La petite fille n’a pas attendu en vain. Et nous non plus. Un conte de toute beauté.

De formidables illustrations

Parce que la petite princesse a décrété qu’il fallait faire en sorte que tous les livres soient désormais scellés, parce qu’elle détestait les livres, plus personne n’est en mesure de lire. Ce qui entraîne pour tous plus que des désagréments. Jusqu’à ce que. par curiosité, la petite princesse demande à la fée Tourloupinette d’inverser le sort jeté aux livres afin qu’elle et tous les autres sujets de son royaume puissent lire à nouveau.

Tel est le propos de cet album de Gilles Tibo destiné aux premiers lecteurs. Un album tout simple et formidablement illustré par Josée Masse, lesquelles portent le livre bien davantage que le texte tout en donnant à rêver afin de faire aimer les livres. Ce qui est là une bien belle mission. De plus : accomplie.

Le fiancé de la maîtresse

Certains livres vieillissent mal. C’est le cas du roman destiné aux premiers lecteurs intitulé Le fiancé de la maîtresse. Et pourtant, le roman est amusant. Même, très amusant, avec cet amoureux qui ne cesse de téléphoner à sa dulcinée, maintenant qu’on vient d’installer une ligne téléphonique à l’école du village.

Or, justement, c’est là que ça ne va plus. Y a-t-il de nos jours des écoles en Europe et en Amérique du Nord qui n’ont pas le téléphone? J’en doute. Et j’imagine qu’un enfant de sept ans en doutera aussi. À moins qu’on insiste sur le fait que cette histoire se passe il y a quelques années ou dans une autre partie du monde. Peut-être que ça passera. Et tant mieux si c’est le cas. Le fiancé de la maîtresse est un roman qui fait sourire. Oh, peut-être pas la maîtresse qui trouve que son amoureux l’appelle bien trop souvent, mais tous les enfants de la classe par contre, lesquels s’empressent de lire ce que le fiancé envoie par télécopieur quand sa belle refuse de répondre au téléphone.

La maison qui penche

Peut-être que le titre, La maison de guingois, attirera un enfant curieux des mots. Mais ce qui est beaucoup plus certain est qu’il remarquera les illustrations et qu’il s’en délectera. Ce n’est pas tous les jours qu’on croise des personnages qui vivent dans une maison en forme de banane qui penche d’un côté et puis de l’autre, et qui ne devient stable qu’à certaines conditions.

Ce qui est sûr aussi est qu’ils retiendront le mot guingois. Et peut-être le fait qu’un certain équilibre est important pour ne pas basculer dans le vide ou perdre pied…

Un album signé Marc Mongeau à qui on doit aussi les illustrations des plus ludiques et très colorées. Et pour tout vous dire, un album qui m’a fait sourire de la première à la dernière ligne!

Le génie du pousse-pousse

J’aime les beaux livres. J’aime aussi ceux dont il reste quelque chose la dernière page tournée. C’est pourquoi j’ai beaucoup aimé Le génie du pousse-pousse, raconté par Jean-Côme Noguès, enseignant à la retraite qui met à profit son temps libre pour le consacrer à l’écriture, et illustré par Anne Romby.

Agrémenté d’un lexique qui traduit en français les mots en chinois qui servent d’intercalaires et qui donnent le ton (pouvoir, souffle, doux, effort, chemin, etc.), ce conte qui se déroule en Chine met en scène Chen, un jeune garçon qui n’a pour tous biens qu’un pousse-pousse et un chapeau de paille desquels il se contente jusqu’à ce qu’il désire acquérir des objets plus somptueux. Mais rien ne se gagne en claquant des doigts et c’est ce que le jeune garçon apprendra en même temps qu’il découvrira la valeur de ce qui l’entoure et de ce auquel il tient, comme l’amitié.

Raconté avec finesse, avec une sagesse toute orientale, Le génie du pousse-pousse nous livre des illustrations si réussies qu’on peut rester longtemps à en admirer tous les détails tout en ne perdant pas de vue la mission que l’auteur s’est donnée de nous prouver que tout se gagne à la sueur de son front et pas autrement. Un livre pour qui aime les beaux livres. Les très beaux livres.

Tomber à Moureu

Si vous avez envie de savoir ce qu’est un coude-foudre ou ce que signifie tomber à Moureu, ouvrez sans tarder le très joli album carré signé Rébecca Dautremer intitulé L’amoureux.

Destiné aux jeunes lecteurs, cet album est un véritable bijou tant par la beauté et l’originalité de ses illustrations que par la finesse de son propos. Chaque nouvelle planche (sur deux pages) pose une nouvelle question sur les amoureux à laquelle jeux de mots et humour viennent répondre tout en laissant Salomé, le personnage principal de l’histoire, quelque peu perplexe. Il est vrai que tout ça est la faute d’Ernest, qui serait amoureux d’elle aux dires de sa mère. Celui-ci tente en effet d’attirer son attention en la bousculant et en lui tirant les cheveux.

Le livre fermé, peut-être que, comme Salomé, vous admettrez « qu’on est un peu fou quand on est amoureux » et en déduirez « qu’on est un ange quand on est amoureux ». Et vous ouvrirez à nouveau L’amoureux. Du début. Pour le plaisir. Même si vous avez plus de sept ans.

Un livre supposément drôle

C’est un long titre, un très long titre que propose Françoize Boucher avec Le livre qui fait aimer les livres même à ceux qui n’aiment pas lire! Mais un titre que je ne retiendrai pas. D’abord parce que je n’ai pas aimé les dessins (qui ne sont pas laids, mais vraiment horribles). Et ensuite, parce que je n’ai pas l’humour nécessaire pour profiter des conseils de l’auteure.

Un livre serait préférable à une voiture parce qu’il ne tombe jamais en panne. Il peut te sauver des regards de quelqu’un qui entre sans frapper dans a chambre alors que tu ne portes aucun vêtement. De plus, il ne fane pas. Et s’il est très ennuyeux, il peut même t’aider à t’endormir. Et on ne passe pas son temps à le perdre, comme c’est le cas avec la télécommande.

Non. Je n’ai pas réussi à aimer l’album supposément drôle de Françoize Boucher. Mais vraiment pas. À un point tel que je me demande si je devrais pas suivre son conseil : Lorsqu’un livre est vraiment trop nul (et que tout le monde est d’accord de toi), tu as l’autorisation exceptionnelle de faire des choses normalement interdites — des millions de confettis, un rouleau de papier toilette original, un bateau pour jouer dans ton bain, une escadrille d’avions pour t’envoler gratuitement jusqu’à New York.

Or, je ne ferai rien, car j’ai trop peur du deuxième avertissement : Mais si tu essaies de découper ce livre, tu vas recevoir une décharge électrique surpuissante et te transformer en merguez trop cuite.

Oui, je sais. Je manque d’humour. Parfois.

L’art de lire

Quel formidable livre sur les livres, la lecture et les lecteurs que L’art de lire de Jean Claverie et Michelle Nikly, dont j’avais oublié l’existence et que j’ai retrouvé au hasard d’une excursion dans les allées du rayon jeunesse d’une des nombreuses bibliothèques de quartier que je fréquente.

Lire est un plaisir, lire nous apprend des choses sur les humains, lire est une façon de partager, on peut lire seul ou à plusieurs, lire des notes ou des lettres, on peut acheter ou emprunter des livres, on peut même rencontrer ceux qui les écrivent et les illustrent. Voilà un peu ce que nous raconte L’art de lire, publié par Albin Michel en 2001.

Un livre à offrir tant aux enfants qui aiment lire qu’à ceux qu’on voudrait voir lire.