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Le monde de Théo

J’aime les albums jeunesse. Je ne m’en cache pas. J’ai d’ailleurs une collègue, maman d’une petite Noémie de quatre ans et d’un Sébastien qui sera là dans un mois, qui les aime aussi. Il n’est pas rare, donc, que nous échangions sur le sujet et que nous nous croisions à la bibliothèque (section jeunesse évidemment), puisque nous habitons le même quartier.

Il va falloir que je lui parle de ce très bel album qu’est Le monde de Théo. Je suis sûre que Noémie va l’aimer. Parce que, même si au départ l’heure est grave, Théo étant peut-être le seul survivant après une attaque de sa planète, Louis Émond a su tisser à partir de la solitude de son personnage une très belle histoire empreinte de poésie. Philippe Béha, dont la réputation n’est plus à faire tant il a illustré d’albums en 35 ans de carrière, a ajouté son grain de sel au projet avec toute l’imagination qu’on lui connaît. Ses deux machines volantes sont des merveilles, pour tout vous dire.

Le monde de Théo, un bijou. Rien de moins.

L’histoire de Céleste

Peu de texte, quelques images, il n’en a pas fallu davantage à Gaëlle Callac et à Marie Desbons pour donner naissance à un album de toute beauté autour d’une allumette nommée Céleste qui rêve de sortir de sa boîte et d’apporter au monde entier chaleur et lumière. Ce qu’elle fera. Parce que son destin l’attendait. Et parce que celles qui l’ont imaginée aiment les livres.

De toute beauté, vous dis-je, alors que j’ai laissé ouvert l’album. Avec un seul regret : ne pas avoir dans mon entourage une petite fille de cinq ans à qui l’offrir.

Un véritable coup de cœur

Rien ne va plus au pays du Cœur. Le roi et la reine qui distribuent les cœurs aux humains font face à l’insatisfaction générale. Qu’il ait le cœur lourd ou léger, le cœur sec ou brisé, le cœur gros, nul ne peut le trouver satisfaisant, car il ne peut exprimer qu’une seule émotion et subir toutes les contraintes inhérentes à celui qu’il porte.

Il est temps de changer les choses, de fabriquer des cœurs modernes, affirme le valet de Cœur au roi qui, le cœur sur la main et le cœur à l’ouvrage, est prêt à donner aux cœurs des humains tout ce qu’ils demandent, même si cela impliquera des haut-le-cœur et des journées où ils n’auront le cœur à rien.

Voilà ce que nous raconte Janine Teisson dans Histoire de cœurs, qui profite de l’occasion pour utiliser les expressions autour du mot cœurs qui jalonnent notre quotidien dans chacun des épisodes de cette histoire qui permettra de donner aux humains des cœurs… plus humains.

Un véritable coup de cœur. (Je n’ai pas pu éviter le jeu de mots. Qu’on me pardonne.)

Villes et poèmes, le temps d’un album

Ils s’appellent Jacques Charpentreau, Alfred de Vigny, Pierre Coran, Odilon-Jean Périer, Claude Clément, Colette Helling, Carl Norac, Émile Vergaeren, Marc-Antoine Desaugiers, Clément Marot, Marceline Desbordes-Valmore et Maurice Rollinat.

Le temps d’un album, l’illustratrice et auteure jeunesse Michelle Daufresne les a regroupés afin que leurs poèmes et les siens nous décrivent la ville, ses tours, ses faubourgs, ses lumières du matin, les citadins qui y vivent, son métro et tout ce qui fait leur unicité et leur charme.

Le résultat, Villes en poèmes, est un très bel album publié au Seuil qu’on ne se lasse pas de parcourir.

À mettre entre toutes les mains.

L’amour mauve

« L’aventure qui est mienne née d’un hasard de vie a cette saveur troublante qu’on perçoit dans un fruit inconnu. »

C’est ainsi que décrit sa vie Colette, étudiante en journalisme, partie au Sénégal afin de rejoindre son père, capitaine de bateau qui doit y accoster, à la suite d’une intuition de sa mère, qui s’avérera vraie, voulant qu’il soit arrivé quelque chose de grave à celui-ci. C’est donc un père qui a perdu la vue qu’elle ramène en Belgique et au plus profond d’elle le regard de Phil, dont elle s’est éprise au cours des quelques jours qu’ils ont passé ensemble avant que le bateau n’accoste.

Mais Colette n’est sûre de rien sinon que de ses rêves, alors que Phil a aussi les siens et que son père tente de retrouver ses repères. Si peu sûre qu’elle n’ose pas croire en cet amour. En effet, la mère de Phil veut à tout prix qu’il soit officialisé. Et c’est là un problème majeur du livre de Pierre Coran. En effet, dans ce roman destiné aux adolescents qui est encore récent — il a été publié en 2005 —, parler de fiançailles me semble tout à fait incongru. Et je vous épargne les coïncidences. Elles font légion.

Il y a donc trop de bonne volonté et trop de bons sentiments dans L’amour mauve, avec sa chute tire-larmes qui ajoute une couche supplémentaire aux éléments qui ne m’ont pas convaincue, pour que je vous conseille ce roman. Et pourtant, j’aurais tant voulu aimer ce livre. Le proverbe turc qui fait office de quatrième de couverture était si joli.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Le bonheur d’être soi

Faut-il vraiment faire comme tout le monde? Avoir les mêmes rêves qu’a son voisin? Manger ce qu’il mange? Lire ce qui est à la mode? Faut-il vraiment pour être heureux calquer sa propre vie sur celle des autres?

Non! affirme Ming, le héros imaginé par Clotilde Bernos dont Nathalie Novi a inventé les traits. Non! redit le grand-père de Nam, qui fait les choses à sa façon sans se soucier du regard d’autrui et du qu’en-dira-t-on. Il n’a pas besoin d’être riche ou célèbre pour être heureux. La main de sa petite-fille dans la sienne et le sourire de celle-ci sont tout ce dont il a besoin.

Et c’est cela que raconte Moi, Ming. Avec beaucoup de tendresse. Avec une sagesse qui n’est pas sans rappeler cette phrase de Saint-Exupéry : « L’essentiel est invisible pour les yeux. »

Le tapis d’Emma

C’est un tapis tout banal, comme on en trouve dans les salles de bain, sans motif, sans teinte particulière. Et pourtant. Emma y puise depuis qu’elle est toute petite son inspiration. Du moins, c’est ce qu’elle croit, alors qu’elle accumule des prix pour ses dessins. Jusqu’au jour où sa mère, pensant faire une bonne action, décide de laver le tapis d’Emma, lequel sort tout rapetissé de la sécheuse et pelucheux.

Plus de tapis, plus d’inspiration. Emma jette donc ses dessins, ses crayons, ses feuilles de papier, ses prix, enfin, tout ce qui pourrait lui rappeler ce que son tapis est devenu. Mais si l’inspiration était en elle et non pas dans le tapis?

Bel album sur le pouvoir des objets, sur la signification qu’on leur prête et sur ce que nous portons en nous d’imagination, Le tapis d’Emma est un clin d’œil à ces couvertures que les enfants traînent amoureusement partout où ils vont pendant des années, même si les mères les coupent en morceaux en catimini et accusent les machines à laver de les réduire à chaque lavage…

La maison des voyages

Père et fille ne trouvent plus le temps de se parler. Parce qu’ils vivent loin l’un de l’autre. Lui sur son bateau, elle dans une famille de remplacement depuis le décès de sa mère. Et pourtant, ils s’aiment, même s’ils ne trouvent plus les mots pour se le dire, même si elle n’a pour lui que reproches à la bouche.

C’est un embouteillage qui changera leur vie, parce que ce jour-là Michel choisit de s’enfoncer dans les rues d’une banlieue qu’il a quittée il y a longtemps. Là-bas, au milieu des herbes hautes, attend une maison abandonnée, mais non pas une maison sans histoire. C’est la maison des voyages. Celle d’Annie dont il a été amoureux adolescent, laquelle lui a donné le goût du large qui ne l’a jamais quitté. Et c’est cette histoire que Michel va raconter à Sonia. C’est cette histoire qui va jeter un pont entre les deux rives parallèles qu’ils étaient devenus.

Avec une infinie tendresse, Pierrette Fleutiaux et Alain Wagneur nous racontent plusieurs histoires d’amour : celle entre deux ados, celle d’un garçon pour l’océan, celle d’un homme pour une femme qui ressemble à son amour de jeunesse, celle d’un père pour sa fille. Des histoires imbriquées l’une dans l’autre à la manière des poupées gigognes et qui ne peuvent exister qu’ainsi et auxquels se greffent d’autres personnages qui, eux aussi, verront le cours de la vie modifié tout autant que celui de Michel.

Un beau roman que La maison des voyages. Sur l’amour entre un père et sa fille. Sur la vie, où tout n’est jamais tout blanc ou tout noir.

Un bel album sur la poésie

Au moyen d’un personnage que nous retrouvons page après page, Gwendal Blondelle signe ici un bien bel album sur la poésie. C’est en effet à un voyage au cœur de la poésie que l’auteur et illustrateur qui vit en Auvergne nous convie le temps d’un album fort agréable.

Destiné aux lecteurs du deuxième cycle du primaire, il constitue une bien belle invitation à découvrir les grands poètes (Rimbaud, Verlaine, Villon et Éluard, entre autres), d’autant plus agréable que les illustrations sont fort jolies, et qu’il n’y aura jamais trop de livres destinés aux jeunes portant sur la poésie.

Un livre que toute bibliothèque publique devrait avoir sur ses rayons.

Tempête

C’est un album sans prétention, à l’imagination débordante et aux illustrations douces et poétiques que nous offrent Stéphane Servant et Florence Koenig avec Tempête, qui raconte l’histoire d’un petit nuage qui s’est installé au-dessus d’une ville qui n’avait jamais connu qu’un ciel bleu. Cela sera prétexte à déclencher une tempête, mais pas celle attendue. En effet, prêts à tout, munis d’imperméables, de bottes et de parapluies, les citoyens de la ville au ciel bleu n’en peuvent plus d’attendre la pluie que devrait déverser le petit nuage. Ils sont même prêts à le décrocher du ciel par tous les moyens pour en finir avec cette attente.

À vous de découvrir le reste de cette jolie histoire fantaisiste de la première à la dernière page, qui nous rappelle qu’une tempête ne vient pas toujours du ciel…