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Un livre difficile, mais essentiel

Dédié « aux enfants dont on prend la photo quand la guerre leur a déjà tout pris; aux photographes sans lesquels le reste du monde ignorerait leur existence », Tu me prends en photo est un des albums les plus bouleversants qu’il m’ait été donné de lire au cours de ma vie.

Mettant en scène une petite fille qui a tout perdu, un enfant qui n’est pas son frère, mais qu’elle porte, parce que lui aussi n’a plus rien, ni famille, ni maison, et un photographe qui prend des clichés d’elle, d’eux, des lieux dévastés, l’album signé Marie-Francine Hébert et illustré par Jean-Luc Trudel raconte les émotions de celle qui ne peut plus parler, de celle qui a connu l’horreur et qui voudrait tant l’oublier, de celle qui n’a plus que son regard pour exprimer ce qu’elle ressent tant aucun mot ne sera assez juste ou suffisamment fort pour le faire.

Tu me prends en photo es un cri pour ces enfants victimes de la guerre et aussi un hommage à ceux qui leur donnent un visage pour qu’ils ne meurent pas, même s’ils demeurent impuissants face au drame. Un livre difficile, mais essentiel.

Tous les soirs

Tous les soirs, Simon a droit à un rituel tellement beau, tellement magique, tellement plein d’amour et de poésie qu’à chacune des pages je me suis dit que j’aurais adoré qu’on m’offre ce livre quand j’étais petite.

Imaginez un enfant qui se met au lit et qui attend que son papa fasse le tour du monde avec lui afin d’endormir chacun des animaux de la planète, de souhaiter bonne nuit aux étoiles et de saluer les océans… C’est ce qui arrive à Simon soir après soir. Simon qui ne s’endort que quand la planète dort.

Tous les soirs, un album écrit par Dominique Demers et illustré par Nicolas Debon, qui donne à rêver… À offrir, sans aucune hésitation, à tout enfant de votre entourage, qu’il soit du genre à ne pas vouloir se coucher ou qu’il s’endorme dès qu’il a la tête sur l’oreiller! Il ne pourra pas se lasser de cette formidable aventure. J’en suis certaine.

Un canard appelé Nuage

Ils étaient inséparables. Il suffisait de voir passer l’un des deux pour que l’autre suive à quelques pas derrière. Mais ça, c’était avant l’arrivée du grillon à la voix enchanteresse qui semble avoir envoûté Hôi An au point qu’elle mette de côté son fidèle ami Nuage, le canard. C’est pourquoi celui-ci a décidé de prendre le large…

Marcelino Truong, avec « Nuage! Nuaaaage! », signe un très bel album sur l’amitié et sur la non-exclusivité de celle-ci. Et, même, sur la jalousie. Un sujet rarement abordé dans les albums pour enfants alors qu’il suffit si peu pour provoquer des drames et des « Tu n’es plus mon ami! » simplement parce que l’ami en question a joué avec un autre. Un livre qui n’a pas le défaut d’être moralisateur, piège dans lequel il aurait été facile de tomber quand on veut prouver un point. Ce qui devrait plaire autant aux petits qu’aux grands.

Il était une fois un poisson rouge…

Un poisson rouge… Voilà ce qu’a ramené leur père à Romain et à sa sœur. Un poisson rouge appelé Jean-Guy, en plus! Mais quel intérêt peut bien avoir un poisson rouge dans son bocal?

C’est ce qu’a choisi de nous raconter le tandem composé de Danielle Vaillancourt et de Marie-Claude Favreau, la première signant le texte et la seconde les illustrations. Avec beaucoup d’humour et d’imagination. Car Jean-Guy n’est pas un poisson rouge ordinaire. Il sait voler et plonger. Un vrai athlète olympique. Et en plus, il adore la compagnie et plait à tout le monde. Même vous, vous direz Allez, hop, Jean-Guy!

Les livres voyageurs

J’ai toujours eu un faible pour les livres qui portent sur les livres, qu’ils mettent en scène des bibliothécaires, des écrivains, des libraires ou tout collectionneur de livre, et qu’ils s’adressent aux petits comme aux grands. La bibli des deux ânes ne pouvait donc que me plaire, surtout qu’il s’agit d’une histoire vraie.

Luis Soriano, un instituteur colombien, accompagné de ses ânes Alpha et Beto, fait le tour du pays afin de faire la lecture aux enfants éloignés des grandes villes et de leur apporter des livres qu’il échange lors d’une prochaine visite. C’est de lui qu’il est question dans cette histoire qui nous parle d’Ana qui ne peut plus aller à l’école parce que celle-ci a fermé et qui relit chaque jour le seul livre qu’elle possède, légué par sa maîtresse en partant.

L’arrivée de Luis est pour la petite le plus beau des cadeaux du monde à défaut d’une nouvelle école. Bien entendu qu’il n’est pas le seul à animer une bibliothèque nomade. On trouve d’autres exemples en Afrique du Sud, en Indonésie, au Kenya, pour ne nommer que quelques-uns des endroits qui bénéficient d’un bibliobus. Une façon pour les jeunes du monde isolés d’avoir accès à la connaissance grâce aux livres voyageurs qui arrivent jusqu’à eux. Un service qui devrait faire partie des services essentiels et que vous pouvez financer vous aussi puisqu’une partie des profits du livre sont versés au Biblioburro de Luis Soriano.

Un livre comme je les aime.

De superbes illustrations pour parler d’amitié

Il y a autant de façons de parler de l’amitié qu’il y a de formes d’amitié. Laine et mouton fait état d’une amitié remarquable entre un petit mouton et un petit garçon, un mouton qui aime tellement son ami qu’il lui donnera toute la laine qu’il a sur le dos pour que sa mère puisse lui tricoter mitaines, pull, tuque et foulard pour que l’enfant n’aie plus froid. Même si cela signifie que lui aura à son tour froid.

Une histoire toute simple signée Brigitte Marleau, faite de peu de mots et dont la force réside dans la beauté et le pouvoir d’évocation des illustrations de Bruno St-Aubin, toutes plus belles les unes que les autres.

Un bel album pour expliquer l’amitié et le sens du partage.

Ah! l’amour, ce que ça peut faire…

Les filles de 13 ans d’aujourd’hui n’ont pratiquement rien à voir avec celles de ma génération. Enfin, je crois. Ou alors, j’étais tellement dans ma bulle que je n’ai rien vu de ce qui se déroulait autour de moi.

Ceci dit, Sassy, personnage créé par l’Écossaise Maggi Gibson, « en a d’dans » comme on dit chez nous. Éprise de musique, elle rêve de devenir chanteuse et passe une grande partie de ses journée à mettre en musique les textes qui lui viennent en tête, inspirés par ce qui lui arrive, ce qui se passe autour d’elle et par les grands débats de société, notamment l’écologie, dont elle a fait sa grande cause personnelle.

Ce n’est pas parce qu’elle a partagé un muffin avec un garçon qu’elle va en oublier ses objectifs, non mais! Surtout en ces heures de campagne électorale où son père brigue le titre de maire et qu’il semble un peu trop mou face à la destruction d’un bois des alentours au profit d’un mégacentre commercial, projet de la mairesse actuelle qui semble des plus frauduleux. On ne peut pas laisser faire ça! C’est la mort des écureuils et autres petites bêtes!

Ce n’est pas parce qu’elle a embrassé le type au muffin qu’elle va mettre de côté tout ce qui lui tient à cœur, non mais! Rien n’est à l’épreuve de Sassy qui fait fi des interdictions parce qu’elle estime être dans son droit. Décidément, il faudra faire avec sa détermination. Ce n’est pas parce qu’elle n’a que 13 ans qu’elle n’a pas raison!

Roman d’action tout autant que sentimental, C’est bio, l’amour! est le premier d’une série de trois et le seul traduit en français. Il va donc falloir que je patiente… Au fait, je ne vous l’ai pas dit? J’ai adoré ce roman. Pour sa fraîcheur, pour l’enthousiasme de Sassy, pour son humour. Et aussi beaucoup pour l’amour que Sassy éprouve pour sa petite sœur tellement différente d’elle. Il est des choses qui n’ont pas changé depuis que j’ai eu 13 ans.

Xavier-la-lune

Xavier-la-lune ne s’appelle pas ainsi pour rien : il est toujours dans la lune. Et à l’occasion de ce premier jour d’école qui l’inquiète tout de même un peu, sa mère l’a bien avisé de ne pas apporter la lune avec lui. Mais il faut croire qu’elle l’a suivi puisque Xavier n’a pas été long à la retrouver, au détour d’une phrase ou d’un mot.

Album illustré par Luc Melanson portant sur les rêveurs sans qu’ils ne soient pointés du doigt parce que différents des autres, Xavier-la-lune que signe la poète Martine Audet que j’aime beaucoup, qui a dû rêveuse à ses heures tant elle connaît le procédé, est un album qui m’a ravie, Oui, ravie. (J’avoue, il y a du Xavier-la-lune en moi.)

Intelligent et ludique, l’album devrait faire partie de toute bonne bibliothèque scolaire.

Le professeur de musique

Quel beau livre que Le professeur de musique de Yaël Hassan! Beau, parce qu’il met des personnages blessés par la vie, un vieux professeur de musique rescapé d’Auschwitz et un gamin qui n’a qu’un désir, celui s’apprendre le violon malgré l’interdiction familiale. Beau, parce que ce roman pour les dix ans et plus les met en scène à l’heure des choix, celle où tout se révèle et où tout devient possible, même ce qu’on croyait éteint pour toujours d’espoirs et de rêves. Beau parce que c’est une histoire d’amour entre un homme qui se croyait revenu de tout et un enfant qui veut, quant à lui, croire en tout ce qui lui paraît incontournable et essentiel, à savoir la musique. Beau, parce que ce livre est un hommage à la musique et à la vie. Et parce qu’il porte ce message : il n’est jamais trop tard.

À offrir, à s’offrir, pour l’amour de la musique, pour que nul n’oublie jamais la Shoah, et pour ceux qui croient ou ont envie de croire qu’il nous est toujours possible de changer le cours de sa vie.

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Un piano sur son dos

Qui aime les albums qui vous emportent dans des mondes presque parallèles parce qu’ils portent en eux des éléments proches de soi et d’autres faisant appel à beaucoup d’imagination sera servi par le très bel album signé Claude Clément qu’a illustré Sylvie Perdrix, Un piano sur mon dos, où il est question non pas d’un pianiste, mais d’un enfant qu’on installait sous le clavier du piano. Là, bien tranquille dans son berceau, l’enfant était aux premières loges pour capter la moindre mélodie, tant et si bien que la musique lui est devenue essentielle.

Il a eu beau acquérir quelques notions, cela ne lui suffit pas. Il veut comprendre le mécanisme. C’est ainsi qu’il démonte le piano, le remonte. Mais ça non plus ne lui suffit pas. Mais il ne sait pas ce qui lui manque. Il part donc à la recherche de petit détail qui fera toute la différence avec son piano sur son dos, joue partout ou il s’arrête, dans les villes, dans la forêt. Partout. Jamais tout à fait satisfait. Jusqu’à ce qu’il fasse une rencontre étonnante. Une rencontre qui changera le cours de sa vie. Une rencontre qui nous rappelle que tout es toujours possible à qui sait attendre.

Un très bel album sur la musique, sur le pouvoir de celle-ci et sur le bonheur.

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