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Décroche-moi la lune

Il arrive que des livres aient un tel pouvoir, qu’ils dégagent tant d’amour, qu’ils suscitent tant d’images que dès le livre refermé, qu’ont ait 5 ans ou 50, on se met à rêver. Et à sourire. Grand comme ça.

C’est ce qui m’est arrivé dès la première page quand j’ai constaté que les personnages de Décroche-moi la lune, un père et son fils, s’appelaient Italo et Calvino. C’est ce qui m’est arrivé encore quand j’ai vu la tête du papa : il avait quelque chose du vicomte pourfendu.

Et puis, je suis demeurée scotchée à chacune des pages. Que voulez-vous, la gamine en moi n’a jamais cesser d’exister. Surtout celle pour qui son papa est un héros. À qui on peut même demander de décrocher la lune puisqu’il nous aime plus que tout au monde.

Et j’ai versé une larme. Si, si. Parce que les papas, par amour, peuvent devenir des magiciens.

Et j’ai eu envie de dire merci à Marie-Francine Hébert et Mylène Pratt. Parce qu’à elles deux elles avaient su parler d’amour en images et en mots avec une telle tendresse qu’on a envie d’offrir cet album à tous les enfants.

Le loup qui cherchait une amoureuse

Bien évidemment que c’est le titre qui a tout de suite attiré mon attention. Un loup qui cherche une amoureuse, ça annonçait déjà des péripéties et sûrement quelques moments teintés d’humour. Les uns et les autres étaient au rendez-vous, chacun y allant en effet de ses conseils afin que le loup puisse trouver une amoureuse, en commençant par l’élégance et en passant par l’originalité et le choix des mots.

Nul doute que bien habillé, avec des fleurs à la main et un poème en tête, le loup noir qui s’appelle Loup trouvera chaussure à son pied…

Si tout cela peut vous sembler bien simplet, c’est que vous n’avez plus quatre ans et que vous n’avez pas envie de les avoir à nouveau pendant une quinzaine de minutes. L’histoire que nous raconte Orianne Lallemand est charmante. Les illustrations signées Éléonore Thuillier ne m’ont plus qu’à moité. Or, comme le dit le proverbe : Des goûts et des couleurs, on ne discute pas. Ce qui laisse tiède quelqu’un peut enthousiasmer quelqu’un d’autre et vice versa. En ce qui me concerne, c’est le texte qui m’a le plus plu.

L’arbre aux serments

Je suis toujours ravie de constater à quel point les auteurs pour la jeunesse ont de l’imagination. C’est le cas de la pharmacienne Lénia Major, grande faiseuse de potions magiques et raconteuse à ses heures, auteure de l’album La bouilloire magique qui m’avait tant emballée.

Avec L’arbre aux serments, elle s’adresse à un public plus âgé avec tout autant d’imagination. C’est que rien ne va plus à Saint-Rémondin. Le maire a décidé de faire abattre l’arbre aux serments, celui sous lequel tous les amoureux du coin se jurent un amour éternel depuis plusieurs générations. Et juste au moment où Matthieu allait faire sa grande déclaration à Éléonore… Il faut absolument faire quelque chose! Et de toute urgence!

Matthieu et sa sœur Gabrielle réuniront leurs amis et trouveront même une alliée. Ce n’est pas aujourd’hui que quelqu’un va tuer l’amour à Saint-Rémoudin. Ni même demain!

Lénia Major aime écrire des histoires qui finissent bien. Ça tombe pile. J’aime bien aussi de temps en temps les histoires qui finissent bien. Et celle-ci est un véritable régal!

La tour de Monsieur Eiffel, quelle aventure!

Nombreux sont les livres qui ont été écrits au fil des ans sur le symbole de Paris que constitue la tour Eiffel. Et probablement y en aura-t-il encore d’autres dans les années à venir. Mais ce que je peux d’ores et déjà affirmer que l’album écrit par Jean-Marie Billioud et illustré par Emmanuel Picq, paru l’an dernier, est à mon avis un des plus réussis sur ce sujet quasi inépuisable.

Destiné à des lecteurs débutants, l’album, tout en fournissant une foule de renseignements, tant sur le contexte historique dans lequel s’est inscrite la construction de la tour, les défis architecturaux constitués par celle-ci, Gustave Eiffel lui-même, les dates importantes depuis son inauguration en 1889, son entretien continu ou les modifications apportées au fil des décennies, est un livre aéré et des plus agréables à lire.

Un livre qui donne envie de revoir Paris, pour tout vous dire.

La dinde aux écrevisses

Une dinde aux écrevisses? Quelle bonne idée! Voilà donc Zacharie à la recherche d’écrevisses dans les allées de l’épicerie, n’ayant aucune idée de ce qu’il cherche vraiment? Les écrevisses sont-elles des légumes? Un condiment? Chacun lui apporte son aide au meilleur de ses connaissances, ce qui donne au lecteur des moments cocasses et délicieux, mettant en évidence l’incontestable talent de Marc Mongeau.

L’humour est au cœur de cet album destiné aux lecteurs débutants, autant par l’histoire qui ne cesse de nous étonner page après page, la dinde et les écrevisses vivantes rapportées du marché n’ayant vraiment pas envie passer à la casserole ou d’être enfournées, que par ses illustrations colorées, fantaisistes et ouvrant la porte à l’imagination.

Qui a dit que la dinde se mangeait uniquement avec des canneberges ou des marrons? Pas Marc Mongeau!

La dinde aux écrevisses, un album que j’ai beaucoup, beaucoup aimé, et qui, à cause des écrevisses, m’a rappelé la comtesse de Ségur.

Le messager du clair de lune

Une histoire qui est un long poème. Une histoire qui fait rêver. Une histoire qui suscite l’imagination. Une histoire pleine de tendresse et de respect où un poète offre à son roi, qu’il nourrit depuis des années d’histoires plus enchanteresses les unes que les autres, un livre. Mais un livre qui ne contient aucun mot. Un livre vide de toute histoire, alors que le roi s’attendait à bien autre chose, ce qui déclenche sa colère. Mais… Laissons un peu le poète raconter l’histoire de ce livre unique aux pages vierges mais pourtant pleines, aux mots qui se sont envolés pour illuminer la vie de tous ceux qu’ils croiseront, aux rêves et aux espoirs qu’il fera naître, à tout ce qu’il permettra de créer qui changera la vie de chacun.

Une histoire de toute beauté. Tendre. Poétique. Racontée avec sensibilité par Jean-Marie Robillard. Illustrée par Marie Desbons, dont le nom n’est plus à faire. Une histoire que j’ai adorée.

Un grand-papa en or

Jüll a un héros. Un héros qui n’a peur de rien et qui peut vaincre tous les ennemis, des monstres qui surgissent la nuit aux animaux dangereux, ce que Jüll peut faire aussi, maintenant qu’il a son épée magique. Mais sans elle, Jüll sera-t-il aussi courageux que son grand-père?

C’est ce que nous raconte Marie-Francine Hébert dans ce très bel album qu’a illustré Janice Nadeau. Un album que ne pouvait aimer celle qui a eu deux formidables grands-papas et fait d’eux des grands-pères, puisque la première née de cette génération. Et c’est à eux que j’ai pensé en parcourant Un grand-papa en or. À Lucien, si fier de ramener à la maison dans sa rutilante voiture sa bru et sa petite-fille. À Louis-Philippe, qui fut le héros de son enfance et lui fit aimer les livres et le hockey.

Choyée comme je l’ai été, je ne pouvais qu’aimer cette histoire d’amour entre un grand-père et un petit-fils. Faudra que j’avise le père Noël d’en apporter quelques exemplaires dans sa hotte…

Dommage…

Si l’idée était bonne, le résultat l’est beaucoup moins, non à cause du contenu, mais de la facture de cet album destinée aux petits. Mettre de l’avant les expressions sur les couleurs était en soi une riche idée : les expressions autour des sept couleurs de l’arc-en-ciel étant plus que nombreuses. Elles sont d’ailleurs pour la plupart réunies ici et de plus très bien expliquées, notamment celles-ci : en voir des vertes et des pas mûres, n’y voir que du bleu, être blanc comme une endive, en faire une jaunisse. De plus, la signification de chacune des couleurs nous est aussi fournie, au sens propre comme au sens figuré, dans l’Histoire comme au quotidien, dans toutes ses particularités.

Mais. Car il y a un mais, et un gros mais. La mise en page est loin d’être soignée. Écriture scripte et écriture cursive sont utilisées, ce qui élimine d’emblée certains jeunes lecteurs. De plus, les illustrations semblent sorties de livres d’il y a cinquante ans en plus d’être très moches. Vraiment. Je n’exagère pas.

Dommage. De vert de rage a rose bonbon était loin d’être un live sans intérêt. Mais on a négligé le contenant au profit du contenu alors que les deux sont importants, encore plus quand il s’agit de littérature jeunesse.

Une île trop loin

Une île trop loin constitue le premier tome d’une série de quatre que l’écrivaine suédoise Annika Thor a consacré aux personnages de Steffi et de Nelli, deux sœurs de confession juive nées à Vienne, qui ont été envoyées en Suède par un organisme afin de les protéger du nazisme.

Superbe fresque historique, le roman se déroule sur une petite île au large de Göteborg, aujourd’hui la cinquième ville d’importance de la Suède, une île dont la principale activité et source d’économie est la pêche. C’est d’ailleurs dans deux familles de pêcheurs que les sœurs seront « placées » avant que la guerre ne soit déclarée, en attendant de partir pour l’Amérique avec leurs parents restés en Autriche.

Mais les mois passent, et même une année. L’une et l’autre ont appris la langue de leur pays d’adoption, la plus jeune plus facilement que son aînée. Sans comprendre tout à fait ce qui se passe en Autriche et ailleurs, elles tentent de tirer le meilleur parti possible de la situation tout en espérant que celle-ci finira par changer. Et pourtant, les rares nouvelles qu’elles reçoivent ne sont pas bonnes. Les conditions sont de plus en plus difficiles pour leurs parents.

Annika Thor, que je ne connaissais pas, a, au moyen de cette série, choisi de parler du rôle méconnu d’un certain nombre de Suédois qui ont posé un geste humanitaire à plus petite échelle que le héros national Raoul Wallenberg, mais non moins important pour ceux et celles qui ont été épargnés des chambres à gaz. Et elle le fait magnifiquement. En ne négligeant ni les détails historiques, ni la neutralité difficile de la Suède par sa situation géographique, ni les restrictions auxquelles tous doivent faire face.

J’ai dévoré Une île trop loin. Je me suis attachée à Steffi, l’aînée des deux sœurs qui est devenue au fil de l’histoire le personnage principal. J’ai vécu avec elle les blessures, les tourments et les joies. J’ai partagé ses secrets et ses espoirs. Tant et si bien que je me promets de lire très bientôt la suite…

La cravate de Simenon

Je n’en suis pas à mon premier livre de Nicolas Ancion. De plus, je n’ai pas lu tous ses livres. Je peux donc déjà me réjouir. Je n’en ai pas fini avec cet auteur belge à l’imagination débordante, au regard sans compromis, aux personnages parfois déjantés, aux romans toujours réussis.

La cravate de Simenon, c’est encore tout ça, l’imagination débordante, le regard sans compromis. Mais aussi de la tendresse et beaucoup d’amour de la part d’un jeune adulte pour ses parents à l’heure où l’un des deux va mourir. Une cravate qui aurait appartenu à Simenon du temps qu’il pratiquait le journalisme et qui est depuis longtemps un porte-bonheur autant pour le père que pour le fils parviendra-t-elle à vaincre la bête?

Le roman, publié chez Didier dans la collection Mondes en VF, s’adresse à des lecteurs débutants, adolescents ou jeunes adultes, dont la langue maternelle n’est pas le français. Il y a donc, de façon ponctuelle, l’explication de certains mots dans les notes en bas de page. Mais cela ne nuit en rien à la lecture de qui maîtrise la langue française, même si on peut souhaiter que La cravate de Simenon paraisse dans une édition « normale ». On reprochera tout de même à l’éditeur sa négligence pour le quatrième de couverture. Alors qu’en page 10, le narrateur du livre s’appelle Baudouin, il s’appelle Leopold (sans accent) en quatrième de couverture. Un roi ou l’autre pour qui n’est pas belge, ce n’est peut-être pas grave, mais tout de même…

D’autres titres de Nicolas Ancion que je recommande : Nous sommes tous des playmobiles; Carrière solo; Écrivain cherche place concierge; Quatrième étage.

Nicolas Ancion, en ce qui me concerne, une aventure à suivre…

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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