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La princesse sans nom

Il y a encore des auteurs qui écrivent des contes de fées et des histoires de princesses, même si j’ai entendu dire que c’était démodé. Et tant mieux qu’il en soit ainsi. Tant mieux qu’ils mettent en scène des princesses, des sorcières et des fées, et apportent un peu de rêve aux enfants.

La princesse sans nom ne prétend pas être chose qu’un conte de fées traditionnel où tout va presque bien dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où naît une princesse… sans nom. En effet, le roi et la reine ont complètement oublié le prénom qu’ils avaient choisi et murmuré en secret. Ils ont beau faire appel à nombre de spécialistes pour retrouver le prénom perdu, rien n’y fait. Même les prénoms les plus rares ne conviennent pas. Jusqu’à ce qu’un jeune homme que la reine semble avoir reconnu leur chuchote le prénom choisi en échange d’une promesse.

Ajoutez à cette jolie histoire signée Hugues Paris un papier de grande qualité pour bien mettre en évidence la beauté et la magie des illustrations d’Anne Romby, et vous aurez là un album exceptionnel qui ravira autant grands que petits.

Un conte magique

Certains livres sont si beaux tant par l’histoire qu’ils racontent que par la qualité de leurs illustrations qu’on pourrait rester des heures à admirer chacune des images, à lire et relire chacune des phrases. Tel est le cas du très bel album signé Benjamin Lacombe, Les amants papillons.

Le personnage de Naoko, jeune Japonaise de 14 ans qu’on envoie apprendre les bonnes manières loin de chez elle afin de faire d’elle une bonne épouse plus tard et qui choisit de vivre en garçon pour étudier des choses qui l’intéressent bien davantage, comme la littérature et les mathématiques, n’est pas sans rappeler Yentl d’Isaac Bashevis Singer. Tout comme la suite de l’histoire, sa rencontre avec Kamo et la mort de celui-ci, n’est pas très éloignée du classique shakespearien Roméo et Juliette.

Or, même si Benjamin Lacombe connaît ses classiques, il n’est pas tout de les connaître. Benjamin Lacombe sait les utiliser, les entremêler, leur proposer un nouveau visage tant par les mots que par les illustrations. Et pour ces raisons, il nous livre avec Les amants papillons un conte magique. Rien de moins.

Petites et grandes mains ne se lasseront pas de cet album.

Oui, allô?

J’ai tellement aimé Thomas, prince professionnel de Valérie Fontaine que je suis allée lui dire de vive voix à quel point lors du plus récent Salon du livre de Montréal. C’est à cette occasion qu’elle m’a parlé de son tout nouveau « bébé », l’album Oui, allô?, illustré par la tante de ma filleule. Et avec un tel enthousiasme que j’avais vraiment hâte de parcourir cet album qui met en scène une petite fille qui découvre dans le grenier de sa grand-mère un téléphone magique. Magique, oui, car en composant un seul chiffre, elle peut parler au père Noël, au marchand de sable, à la fée des dents et au Bonhomme Sept Heures, pour ne nommer que ceux-ci.

Belle, très belle idée. J’avoue. Mais si peu étoffée, dois-je aussi dire. En effet, où est la surprise de la petite quand elle a quelqu’un au bout du fil? Pas là. Où est la simple politesse de dire bonjour et de demander aux gens comment ils vont plutôt que ce qu’ils sont en train de faire? Absente aussi. Décidément. Preuve une fois encore qu’il faut bien davantage qu’une bonne idée de départ pour faire un album réussi et ce, malgré des illustrations très réussies.

Vous allez adorer Marie-Lune!

Dès les premiers paragraphes de Tout ce qui m’est arrivé depuis hier, premier roman jeunesse de la touche-à-tout Diane-Monique Daviau, n’importe quelle jeune lectrice sera séduite par le rythme endiablé dans lequel nous entraîne Marie-Lune pour qui tout ne cesse de débouler.

Elle va donc de surprise en surprise dans cette aventure qui dure un peu plus de 24 heures, laquelle commence par l’arrivée inopinée d’un chien inconnu dans sa chambre à coucher et se termine par une décision qui risque de changer le cours de son existence, à tout le moins un mois de sa vie!

Nouvelliste, romancière, professeur, réviseure, traductrice, la germanophile Diane-Monique Daviau n’avait pas encore touché à la littérature pour les jeunes. Or, à la lecture de Tout ce qui m’est arrivé depuis hier, on se demande pourquoi elle a attendu aussi longtemps tant elle sait se glisser dans la peau des jeunes en utilisant avec justesse leur langue sans verser dans le cliché et en maintenant un rythme d’enfer de la première à la dernière ligne, car entre l’épisode du chien et la fin, rien ne va plus!

D’abord, il y a la rencontre avec celui qui a la responsabilité du chien, un jeune Allemand de passage chez ses parrain et marraine, qui ferait fondre n’importe quelle jeune fille. Marie-Lune n’y échappera pas. Mais ce n’est pas tout!

Pour avoir une bonne idée du personnage, ajoutez-lui une demi-sœur et appelez-la Marie-Soleil, un père qui aime qu’on parle bien, des amies soudées avec qui elle partage tous ses secrets et son amour pour le bleu qu’elle peut décrire mieux que quiconque, le bleu tout court étant d’une banalité sans nom pour celle qui s’arrête pour contempler le ciel et déceler les moindres tons qui l’animent. Ajoutez aussi de l’humour, beaucoup d’humour. Et de l’amour, beaucoup d’amour. Et tellement de situations étonnantes qui s’enchaînent les unes les autres que vous aurez peut-être envie de dire, à l’instar de Marie-Lune : « Il me semblait tout à coup que le monde était trop grand. Tout était éparpillé à gauche et à droite. »

Et quand vous en serez à la dernière ligne, vous ne désirerez qu’une chose, que Diane-Monique Daviau ne tarde pas trop à publier la suite de Tout ce qui m’est arrivé depuis hier. Vous avez eu le coup de foudre pour Marie-Lune!

Texte publié dans

Le prince des marais

Robert Soulières a de l’imagination. Beaucoup. Beaucoup, beaucoup. Il a dû avoir une fée marraine qui s’est penchée sur son berceau avec sa baguette pour qu’il en ait autant. Et une imagination aussi débordante constitue un véritable atout pour qui écrit pour la jeunesse et édite des livres pour enfants.

Avec Le prince des marais, Robert Soulières reprend l’histoire où l’a laissée un autre écrivain, à savoir juste après la transformation d’un crapaud en prince. La fin de cette histoire promettait aux héros des jours heureux et de nombreux enfants. Mais hélas! ce n’est pas ce qui arrivera à nos héros. Si effectivement ils se virent à l’abri de tout souci financier et de tout souci tout court, cela ne fit pas vraiment le bonheur du prince qui s’ennuyait à mourir de son ancienne vie dans l’étang et à qui il manquait l’essentiel pour être heureux : un baiser de sa princesse.

Or, dans le monde imaginé par Robert Soulières, un simple baiser renverse le cours de l’histoire et rend au prince son apparence de crapaud. Et pourtant, la princesse, bien que follement amoureuse, consent à ce baiser qui rendra à son prince son apparence première.

Et maintenant, comment faire en sorte que le prince et la princesse vivent heureux jusqu’à la fin des temps? Il faut laisser cela entre les mains de l’auteur. Il vous étonnera, vous ravira. Comme toujours.

Le prince des marais : un conte remarquablement revisité. Vous allez adorer.

Quelques boîtes de carton et des fils

Même si je viens d’un pays où on prend rarement le train, j’aime les trains et j’aime les histoires de train. Peut-être parce que j’ai sillonné la France en train un été il y a fort longtemps et que je conserve de ce voyage des souvenirs ferroviaires impérissables.

Le petit train d’Amidou ne pouvait donc que me plaire. Ce petit train fait de boîtes de carton et de fils qui va dans un sens puis dans l’autre. Un train qui traverse la jungle et ses périls mais qui arrive toujours à destination, qu’il s’agisse de la maison où l’attendent les baisers de sa mère ou du baobab sous lequel son grand-père lui raconte des histoires extraordinaires.

Je me suis donc laissée prendre au jeu de cette histoire mettant en scène un train fabriqué avec amour et dont l’action se déroule dans la savane africaine. Une histoire pleine d’imagination imaginée par l’Espagnol Pep Molist pour les enfants qui fréquentaient la bibliothèque où il travaillait et illustrée par Emilio Urberuaga qui n’a pas lésiné sur les couleurs et les dégradés. Le résultat est un album dont on ne se lasse pas… et qui donne envie de prendre le train.

Le prince de Venise

La couverture donne une idée assez juste de la qualité des illustrations d’Anne Romby. En effet, chacune des pages du Prince de Venise est absolument renversante. Le souci du détail de l’artiste trouve son écho dans la démarche de son éditeur, Milan, qui a choisi pour cette publication un papier qui a un effet toile, ce qui est un petit plus non négligeable.

Le texte de Jean-Côme Noguès est juste et sobre, et porte un message clair que l’enfant découvrira à la fin. En effet, quel est le prix de la beauté, de la richesse et des honneurs s’ils peuvent nous être retirés d’un claquement de doigts parce que plus beau et plus riche que soi se verra admiré davantage?

Un magnifique album tant par ses illustrations, l’histoire elle-même et les questions qu’elle soulève que par le travail soigné de l’éditeur. À mettre entre toutes les mains!

La belle Adèle

Il est des livres qui sont des moments de pur bonheur, de la première à la dernière ligne. Tel est le cas de La belle Adèle de Marie Desplechin, qui nous livre les aventures d’Adèle, la narratrice, garçon manqué que sa tante a décidé de rendre féminine, ce qui donne lieu à une série d’aventures qu’elle n’aurait jamais pu imaginer quand elle a accepté de se laisser maquiller. Et pourtant, sans ce détail, la vie d’Adèle n’aurait probablement pas changé, pas plus que celle de Frédéric, son inséparable et meilleur ami depuis la maternelle, qui sera une fois de plus son allié en prétendant aux yeux de tous qu’il sort avec elle. Tous les yeux se trouveront donc braqués sur ce couple improbable, la fille mal fagotée et le petit génie. Et pas que par les élèves du collège, mais par tous. Parce qu’un jour un photographe les a pris en photo et qu’ils ont accepté que cette photo soit utilisée pour une campagne publicitaire…

Vous aurez bien sûr compris que ça déboule à une vitesse vertigineuse pour Adèle, qui se demande bien comment tout ça va finir alors que chaque jour, ou presque, apporte son lot de désagréments… Mais n’ayez crainte, tout finira bien. Marie Desplechin, avec La belle Adèle, signe un magnifique livre sur l’adolescence, sur la différence, sur le besoin d’entrer parfois dans les rangs pour ne pas être tout le temps pointé du doigt et sur l’amitié. Une réussite totale.

L’autruche qui voulait voler

Pour Suzanne, pas question de passer sa vie la tête dans le sable comme les congénères de son espèce. Nenni. Suzanne veut voler. Et foi d’autruche, elle y arrivera.

Aurélien Ducoudray, avec L’autruche qui voulait voler, qui pourrait sembler un album uniquement ludique, frappe juste et soulève une question importante. Est-il interdit de rêver et de faire en sorte de réaliser un rêve qui nous est cher malgré le fait que tout se ligue contre soi dès le départ? Ne peut-on pas aspirer à autre chose que ce à quoi les siens se sont toujours pliés par peur de franchir les limites établies?

L’album, illustré par Bérangère Delaporte, humoristique à souhait, donne des ailes à quiconque en a besoin. Ce n’est pas peu. Une jolie réussite que L’autruche qui voulait voler!

Les yeux d’Yseut

C’est avec beaucoup de tendresse et de douceur que François David nous parle d’Yseut, qui garde tout pour elle et qui est incapable de pleurer.

C’est avec finesse et sensibilité qu’Anastassia Elias donne un visage à Yseut.

À eux deux, tout en respectant le secret d’Yseut, l’auteur comme l’illustratrice nous dépeignent la tristesse et le mutisme, mais aussi la libération. Sans user de beaucoup de mots. Sans en faire trop par l’image. Ce qui donne à l’album Les yeux d’Yseut la justesse et la sobriété nécessaires à un sujet qui aurait pu être lourd autrement.

Un album où il est question de larmes. Dont certaines sont parfois de joie.