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Libraire de nuit

Le métier de libraire n’a pas toujours été celui que nous connaissons aujourd’hui où il s’exerce sur deux fronts, à savoir à titre de libraire indépendant ou de vendeur de livres au sein d’une chaîne. Le métier de libraire était en effet bien différent au XVIIIe siècle, même si la concurrence existait déjà et qu’elle était parfois féroce. Entre libraires ambulants et ceux ayant pignon sur rue, chacun s’adressant à un public différent et offrant des éditions bien spécifiques, il y avait à la fois des alliances et de la compétition, comme nous le montre Jacqueline Mirande avec son Libraire de nuit.

Ce libraire, c’est Sylvain Graindorge. Commis pour le vieux Belle Humeur, un vendeur de livres qui l’a adopté il y a des années, Sylvain se retrouve avec un lot d’exemplaires de l’Encyclopédie, laquelle a été interdite à la vente par Louis XIV, entre les mains, lesquels doivent bien sûr être rapidement remis aux à ceux qui les ont commandés pour éviter toute sanction. Il devra agir vite, car Belle Humeur est malade et la justice l’attend au détour d’une ruelle. Mais heureusement, il aura le soutien d’une complice pour mener la délicate opération sans se faire prendre.

Roman d’aventure autant que roman historique, Libraire de nuit s’adresse aux 9-12 ans épris d’Histoire, l’aspect aventure du roman étant bien mince alors que tous les détails concernant l’édition, la vente et la distribution de livres sont très précis. de plus, il a l’originalité d’explorer le monde du livre au XVIIIe siècle, ce qu’on ne retrouve dans aucun autre livre destiné à cette catégorie d’âge.

Libraire de nuit, un livre que les libraires d’aujourd’hui devraient lire pour savoir d’où ils viennent à défaut de savoir où ils vont à l’heure où le monde du livre est en crise une fois de plus.

Titre pour le Challenge « Le nez dans les livres »

Anna et la mer

Même si j’admets n’avoir jamais eu entre les mains un livre sur la santé mentale destiné aux enfants en dehors d’Anna et la mer de Rebecca Heinisch, je ne suis pas certaine qu’il touche tout à fait le public auquel il est destiné malgré de bonnes intentions. Il est vrai que je n’ai pas de formation en psychologie. Mais j’ai vu l’impact de la maladie mentale sur quelques enfants, et sur une petite fille en particulier, dont les deux parents étaient aux prises avec des troubles graves. Celle-ci prenait tout sur ses épaules, se culpabilisait à la moindre erreur et ne trouvait nulle part de réponses aux questions qui l’angoissaient, ce qui la poussait à éviter le moindre accroc pour éviter des cris, des larmes et des reproches.

Dans Anna et la mer, la mère d’Anna souffre de dépression. Or, Anna n’a personne à qui se confier pour comprendre, pour analyser, pour la consoler. Jusqu’à ce qu’elle rencontre sur le plage un très vieux crabe sachant parler la langue des humains, lequel lui donnera une leçon de sagesse et l’aidera à saisir ce qui se passe en elle et pour sa mère.

Or, il y a beaucoup de texte, beaucoup trop à mon avis, ce qui pourrait décourager tout enfant. De plus, l’enfant se sentant déjà coupable et incompris, voyant qu’un crabe et non un être humain pourra l’aider verra, à mon humble avis, son isolement grandir.

Or, il se peut que je me trompe. Anna et la mer semble avoir aidé nombre d’enfants, comme on peut le constater ici. Mais combien le livre n’a-t-il pas atteints pour les raisons que j’ai mentionnées?

Le grand chambardement

Monsieur Lapin, alias Monsieur Rien-ne-traîne, et Madame Ours, sa colocataire, vivent paisiblement, même si cette dernière aimerait parfois que Monsieur Lapin modernise quelque peu leur logis et fasse fi des habitudes qu’il a fait siennes depuis une éternité. Or, l’oncle de Monsieur Lapin, un architecte, profite justement de son séjour chez son neveu pour remodeler à sa façon tout ce qu’il juge désuet, laid ou mal utilisé, au déplaisir de Monsieur Lapin alors que sa colocataire est quant à elle ravie.

Grand Chambardement chez Monsieur Rien-ne-traîne et sa colocataire a pour but de montrer aux enfants le respect des biens d’autrui et de la façon de vivre des gens de notre entourage. C’est du moins ce qu’annonce le quatrième de couverture. Or, l’album terminé, malgré de jolies illustrations, je suis loin d’être certaine qu’il ait atteint son but. Le livre est distrayant. Point.

Elvis

Ce n’est pas vraiment l’histoire d’Elvis Presley, mais Elvis, l’album de Taï-Marc Le Thanh illustré par Rébecca Dautremer fait un énorme clin d’œil à celui qui s’est éteint il y a un quart de siècle.

L’Elvis imaginé par le tandem Le Thanh/Dautremer, qui vient d’un milieu défavorisé, reçoit pour ses dix ans une guitare. Il verra ainsi toute sa vie transformée à cause de celle-ci, de la passion qu’elle va susciter et de tous les projets qui y sont rattachés, notamment celui d’écrire une chanson d’amour pour une certaine Priscilla qu’il a laissée derrière lui pour aller vers l’Ouest. Car c’est dans l’Ouest que tout se joue. C’est ce que lui confirmeront tous ceux qu’il croisera dans sa traversée du désert. Mais à quel prix? La solitude?

Elvis nous enseigne le prix de la gloire, nous fait voir les sacrifices qu’il faut faire pour l’obtenir et nous montre qu’aucun honneur ou succès ne vaut l’amour. Tout ça dans un album très grand format avec des illustrations toutes plus belles les unes que les autres. Elles plairaient même au grand Elvis, j’en suis certaine.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots challenge-des-notes-et-des-mots-4.jpg

Arrête de lire!

Horatio le rat a un rêve. Un grand rêve. Il veut devenir rat de bibliothèque quand il sera grand. Rien de moins. D’ailleurs, il lit partout. à table, en marchant, en mangeant. Partout, vous dis-je. Ce qui ne fait pas du tout le bonheur de ses parents, qui estiment que la lecture va finir par le rendre sourd et aveugle. Pour éviter la chose, il ne leur reste plus qu’une chose à faire : confisquer à Horatio tous ses livres.

Que faire? La situation est vraiment désespérée et jamais Horatio n’a éprouvé un tel ennui. Il se sent même comme un rat mort. Mais c’est sans compter sur une petite annonce qui va changer sa vie… Car Horatio a bien l’intention de gagner les 1000 livres qui seront offerts en cadeau à celui de tous les participants à une émission de télévision qui se démarquera de tous les autres. Une émission qui pourrait changer plus que sa vie, d’ailleurs.

Arrête de lire!, un formidable album sur la passion de lire et sur ce qu’elle peut générer autour de soi… et malgré soi. J’ai adoré. Évidemment.

Titre pour le Challenge « Le nez dans les livres »

Mon papi

Il y a décidément quelque chose qui ne m’a pas touchée ou que je n’ai pas compris quand j’ai lu Mon papi, lequel raconte le déménagement d’un vieil homme du domicile qu’il habitait seul depuis des années à une maison destinée aux « gens de son âge ».

Curieusement, accepter ce changement ne semble pas avoir dérangé outre-mesure le vieil homme, lequel a un lien « tissé serré » avec sa petite-fille et est toujours là pour la consoler de tous ses chagrins. C’est le fait d’avoir abandonné son chien Biscotte qui semble l’affecter le plus.

Je n’ai donc pas du tout compris le propos de cet album, du reste assez peu intéressant visuellement, ce qui me pousse à croire que le sujet a été mal amené. C’est en effet à la toute fin qu’on nous explique que le but de ce livre est nous montrer la détresse des gens âgés qui doivent se séparer de leur animal de compagnie alors que j’avais cru qu’on allait plutôt parler du placement des personnes en perte d’autonomie.

En bref, on appelle cela un album qui a raté sa cible.

La décision de Bala

Difficile de ne pas être séduite par un album quand le personnage principal du livre est une adolescente de douze ans, déterminée et fonceuse, qui refuse les règles familiales et sociales imposées par des années de tradition. En effet, il n’est pas question pour Bala de quitter l’école et de se marier comme l’a fait sa sœur Lali, même si en Inde les mariages se font à un très jeune âge et que les jeunes filles n’ont rien à dire sur le choix de leur père.

Album qui fait état d’une situation que nous avons du mal à accepter et avec raison, Rouge Bala ne fait pas le procès de celle-ci, mais ne fait que la présenter, en nous montrant plusieurs volets. Nous croisons donc une femme encore jeune mariée encore enfant à un homme qu’elle a choisi de fuir pour éviter les coups; une adolescente qui veut une autre vie que celle de sa mère et de sa sœur; une fille mariée jeune qui est heureuse de sa situation.

Rouge Bala est un album magnifique et sensible, Cécile Roumiguière ayant choisi de s’attarder à la beauté de la vie plutôt qu’aux malheurs de celle-ci tout en levant le voile en douceur sur une question sociale qui mérite d’être abordée. Elle le fait sans violence, avec la complicité de Justine Brax, dont les illustrations sont si belles qu’on aurait envie de découper chacune de celles-ci pour les encadrer et les mettre au mur.

Un autre album que toute bibliothèque scolaire devrait posséder.

Une petite sœur particulière

Quand on ouvre un livre portant sur un sujet grave, on se demande toujours comment l’auteur va l’aborder et s’il saura répondre à nos attentes. Connaissant un peu le sujet de la trisomie 21, je me demandais jusqu’à quel point l’auteur saurait exprimer le choc que provoque l’arrivée dans une famille d’un enfant atteint par le syndrome de Down. Or Claude Helft a choisi d’embellir les choses, de nous montrer uniquement le beau côté des choses alors qu’il n’est ni aisé ni instantané d’accepter un enfant différent. Qu’il soit atteint d’une maladie rare ou handicapante comme de trisomie 21.

Le résultat est un livre truffé de bons sentiments, loin de la révolte, et n’évoque que le côté attachant de ces enfants. Comme si ceci effaçait le regard des autres, les difficultés. Non pas qu’il aurait fallu avec un tel sujet faire ressortir le drame, mais disons que rendre les choses plus réalistes n’aurait pas nui selon moi. J’ai donc été agacée par ma lecture. Tout est trop beau, trop facile. Je n’ai pas été en mesure de croire une minute en cette famille ni à ce qu’elle vivait. Et encore moins à cette surabondance de gentillesse et d’acceptation.

Il y a peu de livres sur ce sujet. J’aurais aimé qu’il soit bon. Mais l’auteure est passée à côté. Selon moi, bien entendu. À vous de juger.

Béniwi

Certains livres sont de vrais moments de bonheur. Tel est le cas de Béniwi ou l’enfant sans nom, un album signé Claire Clément qui met en scène Béniwi, Bénimi qui signifie « Fiston », mais qui est le seul prénom que le jeune garçon a toujours eu, ce qui attire la moquerie le jour où il se met à fréquenter d’autres enfants.

Bénimwi ayant toujours vécu dans un coin reculé du Burundi avec pour seul compagnon son grand-père ne connaissait rien de la méchanceté des enfants. Sa vie avait toujours été sans surprise et faite de bonheurs simples. Mais il a six ans et il est temps pour lui de quitter ce coin perdu et d’aller rejoindre ceux qui sont partis depuis longtemps.

La raison de cet isolement ne nous est pas donnée. On peut facilement imaginer une guerre, une épidémie, une catastrophe naturelle, lesquelles constituent toutes de bonnes raisons d’expliquer la situation dans laquelle il se trouve, mais on ne saura pas pourquoi Béniwi ne semble jamais avoir eu de contacts avec d’autres humains que son grand-père. Ce qu’on apprendra, c’est qu’il est donné à chacun de se faire un nom, peu importe celui qui nous a été donné, et de le rendre inoubliable, car chacun est unique. Qu’on s’appelle Béniwi ou autrement.

J’ai eu un véritable coup de cœur pour cet album. À dire vrai, un énorme coup de cœur. J’ai aimé Béniwi ou l’enfant sans nom pour sa simplicité. Pour la douceur qui s’en dégage. Et pour son dénouement inattendu. N’hésitez pas à l’offrir. Un peu de rêve fait toujours du bien.

La petite princesse et le vent

L’album jeunesse La petite princesse et les livres m’avait totalement emballée en juillet dernier. C’est donc avec plaisir que j’ai retrouvé la princesse créée par Gilles Tibo dans une nouvelle aventure. Toujours avec la même finesse et le même sens de la dérision, Josée Masse a sorti son imagination des grands jours et ses plus belles couleurs pour illustrer cet épisode où la jeune princesse — qui fait la pluie et le beau temps dans son royaume — décide de s’en prendre au vent qui, décidément, la dérange beaucoup.

En effet, le vent soulève le sable et les feuilles, ce qui est vraiment, mais vraiment agaçant. La fée Tourloupinette fera donc disparaître le vent pour faire plaisir à la princesse. Mais sans vent, les moulins ne peuvent tourner. Sans vent, c’est toute la vie du royaume qui se voit transformée, au grand déplaisir de ses sujets prêts à quitter les lieux afin de s’installer dans un endroit où le vent n’est pas banni.

Et si la princesse changeait d’idée? Si elle apprenait à aimer le vent? Voilà en quoi consiste La princesse et le vent, un album qui nous apprend le rôle de chacun en ne perdant rien du côté ludique de ce qui est exposé.