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Partager mes mots

sabetazm

Le but n’est pas de livrer les dessous d’une toile, ni d’aller plus loin que ce que les lectrices et les lecteurs m’inspirent. Parce qu’il ne s’agit pas ici d’un cours d’histoire de l’art, ni de sociologie, ni d’histoire tout court.

Il s’agit ici de création, d’inspiration, de peinture et de lecture. Il s’agit ici de ce qui m’anime et que j’ai envie de partager. Il s’agit de moi quand je me regarde dans le miroir avant d’écrire, comme le fait la lectrice/écrivaine de Pooria Sabetazm. Mais la plupart du temps, je suis à l’écart de ce que les toiles m’inspirent, je préfère me laisser guider par ce qu’elles suscitent en moi.

Au fond, toutes ces toiles ne sont que des prétextes pour écrire. Pour raconter des histoires qui ont probablement peu à voir avec la réalité qui sous-tend chacun des tableaux. Car vraiment, l’important n’est pas là, mais dans l’écriture, dans l’imagination et dans cette envie de partager mes mots.

Le fauteuil qu’a inspiré Lali

kimberly applegate 3

Je vous ai mentionné il y a quelques jours les fauteuils et les chaises de l’artiste Kimberly Applegate pour lesquels j’ai eu un véritable coup de foudre. Or, il semblerait qu’elle ait découvert le chemin qui mène chez moi, puisque la toile du jour sur son blog Joie de vivre m’est dédiée. C’est un cadeau magnifique.

Many, many thanks to you, Kimberly, for that so nice painting my blog inspired. You were an inspiration, too. I always paid attention to chairs, sofas or anything used as seats for « my » readers, but since I discovered your passion, my attention just grew! Keep on the good work, I really enjoy it.

Pour celui qui se reconnaîtra

kielland 2

Maintenant qu’elle sait les lettres qui ne se sont jamais rendues, maintenant que le temps a passé les laissant chacun de leur côté dans leur solitude respective, devrait-elle lui dire qu’il n’y a pas de jour où elle n’a pas pensé à ce frère de cœur? Devrait-elle lui dire que chaque fois qu’elle écrivait pour elle et pour ceux qui la lisaient, elle espérait qu’il la lise lui aussi? Devrait-elle lui dire à quel point il lui a manqué? Devrait-elle lui parler de ces musiques qu’elle aurait voulu partager avec lui bien avant de le faire avec d’autres?

La lectrice de Kitty Lange Kielland, assise à sa table, entend encore le rire de celui, là-bas, très loin, qui n’a jamais cessé d’être là. Même si elle était de plus en plus absente jusqu’à ne plus savoir revenir auprès de lui où il fait bon les mots et la musique. Où il fait bon aussi se taire, juste se savoir là.

Cette lectrice, vous l’aurez peut-être compris, n’est nulle autre que moi. Et ce billet pour celui qui, je le sais, se reconnaîtra, malgré le silence prolongé. Car entre nous, il y aura toujours le respect, l’amitié, la tendresse et le partage. Et surtout pas de promesses. Peut-être un rêve. Oui, un rêve. Celui d’une rencontre, un jour, quelque part. Où on n’aura pas besoin de parler, parce que j’aurai tout dit avec mes mots, et lui avec ses chansons. Ou parce qu’on n’aura rien dit au fond, mais qu’on se sera compris.

Je voudrais ici, simplement lui dire que je suis revenue m’asseoir avec lui et ceux qui l’entourent, sous l’arbre. Et que même si je suis encore un peu silencieuse, je suis là.

Un peu de moi pour le millième billet

henry herbert la tangue

Parce que c’est mon millième billet, il me fallait choisir une toile qui me ressemblait. Il y en avait quelques-unes, mais c’est celle d’Henry Herbert La Tangue qui s’est imposée. Il y a dans l’univers de cette lectrice tout ce qui fait mon quotidien, les feuilles pour écrire, un livre ouvert, des toiles.

Et il y a dans son regard de rêveuse un peu du mien. Il y aussi cette similude dans sa manière de tenir sa plume entre trois doigts plutôt que deux pour écrire.

Et il y a tout ce qui n’est pas là et que j’imagine: un grand pan de bibliothèques devant elle, les notes d’un piano, l’odeur du café et une grande fenêtre pour regarder dehors.

Cette toile, c’est un peu de moi. C’est celle que j’ai envie de m’offrir pour souligner ce millième billet. C’est celle que je vous donne en partage pour que vous rêviez avec moi.

Pour rêver

alajos

Elle aime bien partir marcher. Elle leur dit qu’elle va lire ailleurs, et c’est ce qu’elle fait aussi, mais c’est avant tout pour rêver que la lectrice d’Alajos Györgyi s’éloigne.

On peut lire avec quelqu’un à côté de soi, mais il est plus difficile de rêver quand quelqu’un n’est pas loin.

Personne ne dit rien quand on s’active, mais il suffit qu’on soit là, les yeux rêveurs, sur une autre planète pour qu’on tente de nous faire tomber de notre nuage. Et pourtant, cette échappée dans le monde des rêves est souvent plus profitable à celui ou celle qui s’y adonne que les gestes machinaux d’une activité dans laquelle ils n’entrent pas. Alors, oui, pour ne pas avoir à expliquer, il faut faire comme cette lectrice hongroise et aller là où personne ne nous reprochera de rêver.

La lectrice et son chat

jeanette lassen

Lectrices et chats ont toujours fait bon ménage. Ce n’est pas Juh Ly Ahn qui dira le contraire, elle qui a dédié la majeure partie de son blog à ses poilus.

Qui me connaît sait que je les aime aussi même si aujourd’hui je n’ai de chats que de porcelaine ou autre matière non vivante. Je sais bien qu’un chat ne serait pas malheureux chez moi, même si le plus loin qu’il pourrait aller est mon balcon, mais je n’aime pas l’idée d’emprisonner une bête et de lui enlever l’accès au gazon et à toute forme de découverte. Probablement parce que tous les chats que j’ai eus (Picotine, Mandarine, Giroflée, Cendrine, Aglaé, Cannelle, Soleil, pour tout vous dire), c’est à Vagabond que j’ai été le plus attachée.

Je n’ai pas adopté Vagabond, c’est lui qui m’a choisie lui, le chat itinérant qui ne se posait pas nulle part jusqu’à ce que nos yeux se croisent. Il allait ici et là, se laissant nourrir par certains, mais n’élisant jamais domicile. Il a fait de chez moi sa halte. Il se laissait caresser, laver, nourrir et il repartait vivre sa vie de chat. Parfois, il restait là une semaine, épuisé de courir ainsi. D’autres fois, il disparaissait une semaine. Je crois qu’il devait être un chef de bande quelque part puisque j’ai soigné un œil crevé et une oreille déchirée. Personne d’autre que moi n’aurait pu lui toucher quand il rentrait ainsi blessé de coups de griffes. Parce qu’il savait que j’allais m’occuper de lui et le laisser repartir.

Un jour, on l’a trouvé mort. Quelqu’un est venu nous dire où il gisait et nous avons fait ce que nous devions faire. On n’a jamais su ce qui l’avait emporté. Mais ce souvenir est flou. Les moments auxquels je préfère penser sont ceux où il me tournait autour tandis que je lisais, tout comme le fait celui de la lectrice de Jeannette Lassen. Je finissais toujours par céder, par poser là le livre le temps d’une caresse. Puis, il repartait et je retournais à mon livre.

Le pouding au tapioca de ma grand-mère

tapioca

Aucun ne goûtera jamais celui que faisait ma grand-mère. Aucun. Parce qu’il y avait à la fois de la magie et de l’amour quand elle faisait son pouding au tapioca.

Je vois encore le bain-marie de pyrex transparent sur le rond du poêle, avec l’eau qui bouillonne et les grains perlés qui s’agitaient au-dessus. Pour la petite de cinq ou six ans que j’étais alors, ça ne pouvait être que de la magie. Et quand, enfin, ça arrivait dans mon bol, c’était de l’amour. Ce que je me suis régalée sous l’œil attendri de celle qui gâtait ses petites-filles avec des plats tous plus savoureux les uns que les autres, et dont je conserve un souvenir impérissable. Un jour, je vous parlerai de sa soupe. Promis. Ce sera une histoire drôle. Je n’en dis pas plus pour tout de suite.

Alors, non, jamais, aucun pouding au tapioca, aussi bon soit-il, comme c’est le cas de celui que je viens de déguster, n’aura ce goût de l’enfance, ce goût que seule ma grand-mère savait donner à tout.

Le livre sur Van Gogh

bela czene

Elle qui a ouvert un livre qui porte sur Van Gogh et qui aime tant la peinture a-t-elle dans sa vie un ami avec qui elle peut parler de tout ET de peinture ? Je le lui souhaite. C’est si bon d’avoir autour de soi des gens comme ça.

J’en ai hélas peu, mais chaque fois que je raccroche après un de leurs appels, je suis de belle humeur et j’ai envie d’écrire, de faire partager toutes ces toiles. Comme en cette minute. Viendront d’ailleurs quelques-unes qu’il m’a transmises et qui sont à elles seules des poèmes. Mais chut, leur tour viendra.

Pour le moment, je suis la lectrice de Bela Czene au milieu de ses livres d’art et des toiles.

Les lectrices en blanc

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Je les regardais et je me disais que ma garde-robe n’a vraiment rien à voir avec celles des lectrice de Denis Perrin. Je ne porte pour ainsi dire jamais de blanc. En fait, je crois ne posséder en tout et pour tout qu’un seul vêtement blanc. Je n’ai jamais été attirée par cette couleur sauf pour les murs parce que le blanc accroche bien la lumière. Mais m’habiller en blanc ? Non, vraiment ce n’est pas moi. Je suis la plupart du temps vêtue de noir, et cela depuis des années. Et si ce le vêtement du jour n’est pas entièrement noir, il y a du noir dans le motif de la jupe, dans le foulard. Bien entendu, il m’arrive de porter du rouge, ma couleur fétiche, et du vert pour faire ressortir mes yeux. Mais même avec ces deux couleurs, je trouve moyen qu’il y ait du noir.

Je ne m’imagine pas une seconde vêtue de blanc comme ces lectrices. Et pourtant, il y a de la grâce et de la sensualité dans ce blanc. Mais ce n’est pas moi. Vraiment pas.

La citation de Pierre Bonnard

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Un tableau est un petit monde qui doit se suffire
(Pierre Bonnard, 1891)

Et parfois, la vie se charge de mettre sur notre chemin la phrase dont nous avions besoin, celle qui motive à elle seule toutes ces histoires que j’invente à partir de toiles représentant des lectrices et des lecteurs. Et il fallait que cette phrase ait été écrite par un peintre dont les lectrices délaissent les livres pour écrire.

Celles peintes par Pierre Bonnard sont-elles comme moi amoureuses de la peinture et en train d’inventer des histoires aux toiles? Il me plaît grandement d’imaginer que c’est précisément ce qu’elles sont en train de faire. Il me plaît aussi de croire qu’en effet, « un tableau est un petit monde qui doit se suffire », et que chacun peut y voir ce qu’il y veut.