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Celle qui résume les livres

henry edridge

Comme chaque fois que la lectrice de Henry Edridge a terminé un livre, elle s’installe à son secrétaire et en fait un résumé critique. C’est sa manière à elle de conserver une trace de ses lectures et de retourner à celles-ci le jour où elle lira un livre d’un auteur qu’elle a déjà lu.

Je faisais cela autrefois. Mais depuis que j’ai quitté l’université il y a plus de vingt ans, je ne me donne plus cette peine. Pourtant, c’était une belle habitude, et qui serait tellement facile à reprendre. Plus besoin de classeur, de fiche lignée, tout irait dans un fichier du PC qu’il serait facile de retrouver et qui n’occuperait aucun espace visible. Mais en même temps, quand l’envie me prend de commenter un livre, il y a toujours ici pour le faire…

Mon bonheur au quotidien

jacques-emile blanche

Elle tourne les pages presque religieusement. Sa tête est appuyée dans sa main et le temps n’a plus cours. La lectrice de Jacques-Émile Blanche ne se rend même pas compte que la lumière gagne peu à peu la pièce et éclaire de plus en plus le livre. Elle n’est attentive qu’aux mots, qu’aux images que ceux-ci révèlent, qu’au seul bonheur de la lecture. Comme nombre de lectrices. Celles qu’on a peintes et celles que nous croisons.

Voilà un an qu’elles sont entrées dans mes pages. D’abord timidement. Puis régulièrement. Jusqu’à prendre presque toute la place. Parfois, elles me racontent. Le plus souvent, je leur prête des vies à les regarder. Ou je ne dis rien sur elles et je ne fais que les partager.

Et je ne savais pas qu’elles étaient aussi nombreuses. Et je ne savais pas à quel point, de tout temps, elles avaient autant inspiré les artistes. Et je ne savais pas non plus que j’allais trouver des lecteurs pour leur tenir compagnie. Je ne savais que le plaisir de la peinture, que le plaisir de ces toiles dévoilant le lien intime qui lie celle ou celui qui lit au livre.

Et je sais toujours ce plaisir. Ce plaisir de les trouver. Ce plaisir de laisser les toiles parler. Ce plaisir de partager. C’est devenu, je crois, mon bonheur au quotidien.

Le carnet

tim ford

Que note ainsi la lectrice de Tim Ford en lettres miniscules dans son carnet? Des phrases glanées au fil de ses lectures? Des recettes? Des numéros de téléphone? Les restaurants qu’on lui suggère? Ou alors se sert-elle de ce carnet pour écrire au fur et à mesure les phrases qui viennent à elle et qui lui serviront plus tard?

J’avais autrefois, il y a bien longtemps de cela, un petit carnet rouge à anneaux que je traînais partout et qui servait à tous les usages que je suppose à celui de cette lectrice. Il était toujours dans mon sac. Je recopiais ailleurs les débuts de poèmes ou les phrases tirées de mes lectures. Puis, j’ai préféré un cahier avec des feuilles quadrillées pendant une époque et le carnet rouge a été oublié. Enfin, presque. Je l’ai retrouvé récemment. Étonnamment, il y a encore sur une page, écrite à l’encre brune par Paul en 1982, la recette d’un ris de veau rissolé qu’il avait ramenée de Paris. Un poème écrit le même été alors que nous roulions vers Maisons-Alfort, Monique, Odile et moi, avec Thierry pour chauffeur. Des prénoms accolés à des numéros de téléphone qui ne me disent rien. Quelques dessins.

J’ai rangé le carnet dans la boîte. Comme le fera éventuellement celle qui note peut-être des impressions dans le sien, dans quelques mois, pour le retrouver des années plus tard.

Les sœurs

robert lewis reid

Elles lisent, côte à côte. Comme deux sœurs peuvent le faire. Comme je l’ai fait avec la mienne il y a bien longtemps de cela, au temps de notre enfance, en voiture ou à la plage. Une tête blonde, une tête brune, penchées sur les livres avec la même concentration.

Ces scènes sont imprimées dans ma mémoire alors que les années ont coulé sur nous, qu’elles ont accentué les différences déjà présentes entre nous. Différences dans notre façon de vivre et d’être, de concevoir le bonheur, mais liées à jamais et toujours heureuses de nous voir, bien que rarement.

La blonde est une scientifique, la brune une littéraire. La blonde aime que sa maison soit pleine de gens alors que la brune préfère la solitude. La blonde adore aller magasiner pour acheter des vêtements, tout le contraire de la brune qui accueille avec joie le résultat des ménages saisonniers de la garde-robe de la magasineuse. La blonde ne lit plus, la brune toujours autant.

Cette blonde, cette brune, ce sont nous, Monique et moi. Fières l’une de l’autre sans pour autant avoir des passions en commun. Présentes l’une pour l’autre quand le besoin se fait sentir. Même si le lien est préservé au quotidien par une mère aimante qui communique avec elles, qui transmet les nouvelles et qui sert souvent d’intermédiaire pour des messages, des invitations, le lien est là, indéfectible.

Nous ne lirons peut-être plus jamais côte à côte comme nous l’avons fait. Nous ne voyagerons peut-être plus jamais ensemble comme nous l’avons fait aussi. Nous n’irons plus au cinéma tous les dimanches comme nous le faisions adolescentes. Mais nous avons en nous le souvenir d’avoir fait tout ça et d’autres bonheurs, d’autres anniversaires à partager.

Comme Caroline de Fenêtres sur la cour en a elle aussi avec la sienne et à qui je dédie ces sœurs lectrices de Robert Lewis Reid pour ce si beau billet qu’elle a écrit sur ce qui unit les sœurs.

L’homme qui aimait les livres

peter van dyck 6

Lui qui aimait tant les livres et la peinture, et qui aimait encore plus rêver et qui a choisi de ne plus le faire, que devient-il ?

C’est lui que je vois dans la toile de Peter Van Dyck: son visage mal rasé, ses cigarettes à portée de main, son regard perçant, ses mains qui cherchent mon corps. Il est entré dans la toile à mesure que mon souvenir de lui devient de plus en plus flou. Même s’il reste toujours aussi vif.

L’homme qui aimait les livres manque à la lectrice que je suis.

Un ordi qui fait des siennes

22

Ça, c’est la tête de mon ordinateur. Oui, il m’a fait une sale blague et je ne sais pas, pour le moment, comment la réparer. Un message invisible est gelé dans la boîte d’envoi d’Outlook Express et j’ai passé toute la soirée à tenter de le sortir de là pour pouvoir à nouveau envoyer et recevoir des messages. Peine perdue. Et temps perdu, puisque j’ai ainsi passé ma soirée loin de ma bulle et de mes lectrices.

Je me sens donc en manque ce matin. En manque de ne pas avoir écrit. De ne pas avoir laissé mes lectrices se raconter. Mais si jamais quelqu’un qui avait une idée pour régler mon problème passait par ici, qu’il fasse signe. Je n’aime pas trop quand mon ordinateur fait le rebelle et se gausse ainsi de moi.

Bientôt, le printemps…

arthur clifton goodwin

Bientôt, il fera assez chaud pour que je puisse faire comme la lectrice d’Arthur Clifton Goodwin. Tout le laisse prévoir. À dire vrai, c’est une vraie journée de printemps. Et ceux qui marchaient tout à l’heure rue Saint-Denis ou qui devisaient sur les terrasses devant une bière ou un café étaient plus que nombreux. Si nombreux qu’il a été impossible de se garer pour faire comme eux. Mon beau projet de prendre des photos est tombé à l’eau.

Ce n’est que partie remise. Les parcs où je lis par beau temps trouveront leur place jusqu’ici, tout comme la rue Saint-Denis. Vivement le printemps qui s’attarde et reste.

Les larmes d’une lectrice

mary bullock

Le futur n’est autre que du présent qui se précipite à notre rencontre.
[ Frédéric Dard ]

N’est-ce pas ce qui vient d’arriver à la lectrice de Mary Bullock que de voir le futur se précipiter alors qu’elle ne s’y attendait pas ? Elle qui se préparait à le rejoindre dans quelques heures et imaginait son futur proche comme celui de tendres retrouvailles n’avait pas imaginé une seule seconde que quelques mots allaient suffire à modifier ses plans. Mais on ne choisit pas toujours, la vie impose elle-même ses choix, et si ce n’est pas la vie elle-même, ce sont souvent les autres.

Ici, le futur qui se précipite n’a rien d’agréable, on le constate à la tête posée sur les genoux de celle qui vient de lire la lettre déposée à ses pieds. Mais parfois, c’est le contraire qui se produit. Souvent, ce qu’on n’attendait pas, qu’on n’osait pas espérer arrive soudainement. Et c’est la joie, pas toujours la tristesse.

Bien que dans le présent, nous sommes déjà dans un futur qui peut se décider en quelques secondes et dont nous pouvons être les initiateurs comme le subir. À nous de tirer le meilleur de ce qui nous arrive de bon comme de moins bon. Et dont nous comprendrons peut-être le sens un jour.

Un meuble peut-il inspirer ?

guy rose

Un vrai meuble fait uniquement pour l’écriture, un secrétaire à l’ancienne avec plein de tiroirs, à l’image de celui de la lectrice/écrivaine de Guy Rose, voilà exactement un objet dont je rêve depuis toujours. J’ai toujours eu l’impression qu’un tel meuble inspire celui ou celle qui s’y assied et que les idées comme les mots viennent tout seuls. Probablement que ce n’est pas le cas, mais j’aime cette impression que les objets ont parfois des propriétés.

Et comme je ne possède pas un tel meuble, heureusement que je peux écrire partout, allongée sur mon lit comme dans le métro. Et d’ailleurs, je ne fais que ça. Le carnet n’est jamais loin. L’écran non plus. Et tant à écrire, avec l’espoir que ça ne s’arrête jamais. Que toujours jailliront de ma mémoire des souvenirs et des lieux que je voudrai partager. Que mes lectrices ne me laisseront pas tomber et qu’elles continueront à me glisser des indices pour que je puisse les raconter. Elles qui ne cessent d’arriver jusqu’à moi parce qu’elles savent qu’il y aura toujours une place pour elles dans mes pages. Elles qui attendent leur tour avec les autres. Mais qui ont déjà une vie bien remplie avant que je ne leur fasse une place dans mes pages: elles lisent.

Le goût des crêpes

crêpes

Rien de tel que de débuter une journée de congé en mangeant au restaurant avec une amie qu’on n’a pas vue depuis longtemps. Rien de tel que de s’animer ensemble autour de sujets qui nous sont chers. Et rien de tel que des crêpes [pancakes] pour que ce début de journée ait été tout ce qu’il y a de plus parfait.

Je ne mange que rarement de ces crêpes à l’américaine pourtant si faciles à faire. Ces crêpes qui ont fait la joie de mon enfance et que je noyais littéralement de sirop de sirop d’érable, comme il se doit. Ces crêpes dont j’ai découvert les variantes au cours de voyages aux États-Unis dans une des nombreuses succursales de l’International House of Pancakes dont je retiendrai la crêpe aux bleuets recouverte de sirop aux bleuets. Il y a de ces plats dont le souvenir du goût est et sera impérissable.

Les crêpes en font partie de ces plats au même titre que bien d’autres et pour toutes sortes de raisons. Au goût que je conservais en tête s’ajoutera désormais celui de l’amitié avec France.