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Doux réveil

hang nguyen

Alors qu’il est un peu plus de quatre heures du matin dans mon corps et une de plus à l’écran de l’ordi, jusqu’à ce que je me fasse à l’idée qu’on a perdu une heure au cours de la nuit et que je change les paramètres ici, je trouve un magnifique billet de Richard sur En Vrac et sans Trac.

Lui que j’aime beaucoup lire et que je vous invite à aller visiter a écrit quelque chose de très beau à mon intention. Je répondrai tout simplement en lui offrant ce lecteur de Hang Nguyen pour lui dire que les lecteurs sont bienvenus au pays des toiles de lectrices – de plus en plus nombreuses – de ce blog.

Ce n’est pas parce que je néglige les toiles représentant des lecteurs au profit de tableaux illustrant celles-ci qui ont tant inspiré que je n’espère pas avoir quelques lecteurs !

Puisse cette journée être belle pour vous tous. La mienne est déjà belle, grâce à ce billet de Richard. Peu importe ce qui pourra arriver au fil des heures.

Trente ans à écrire

joaquin mateo

J’avais quinze ans et j’écrivais des poèmes. Nuit et jour, jour et nuit. Lesquels je tapais ensuite à la machine dans un décor moins enchanteur que celui peint par Joaquin Mateo, mais qui dans mon esprit d’alors aurait été celui idéal pour l’écrivaine que je voulais devenir.

J’avais quinze ans et j’écrivais des poèmes pendant les cours de biologie, de chimie et de physique. Je passais mes journées à faire des rimes, à utiliser des mots savants que j’avais lus dans des livres. J’aimais particulièrement utiliser aux confins; je trouvais entre toutes cette image on ne peut plus poétique. Et dramatique, car c’est à cet âge-là qu’on l’est le plus.

J’avais quinze ans. C’était il y a trente ans. Et j’écrivais un poème qui s’appelait Adolescence retrouvée, comme si je l’avais perdue. Il m’arrive de sourire en relisant les textes de cette époque. Comme j’étais triste et mélancolique, comme je me réfugiais dans l’écriture parce que je me sentais incomprise. J’étais une adolescente, quoi !

Mais si je remonte ainsi dans le temps, c’est parce que je me rends compte que cette année signera un anniversaire. Mes premiers textes publiés auront trente ans dans quelques mois. Combien en ai-je écrits depuis? Je préfère ne pas compter. Entre les poèmes et les nouvelles publiés dans des magazines littéraires, les chroniques, les critiques dans d’autres revues, la pièce jouée et les deux romans pour enfants qui auront, eux, dix ans et tous les textes dans des cahiers, les débuts de roman, les poèmes qu’il faudra colliger un jour, les textes de chansons qui n’ont pas été chantés, les billets ici, ça fait bien de l’encre et du papier. Mais c’est peut-être aussi la preuve que pendant trente ans j’ai été vivante et que j’ai tenté de poursuivre ce rêve né de ce premier recueil collectif tiré à 700 exemplaires, dont il m’en reste deux seulement.

Du papier, des stylos, une machine à écrire même pas électrique et j’étais heureuse. Du papier, des stylos, un ordinateur et je suis toujours heureuse. J’écris.

Changement d’heure

wouter verrips

Est-ce l’heure qu’on avance cette nuit dans la majorité des provinces canadiennes pour nous coller à celle états-unienne qui me pousse ainsi vers l’été et vers cette toile de l’artiste néerlandais Wouter Verrips ?

Si j’ai bien compris la raison du changement d’heure, une bourse va ouvrir plus tôt ainsi et ce sera économiquement rentable pour tout le monde. Je vais aller au plus simple en ce qui me concerne. Une heure de plus dans le noir le matin pour écrire et une heure de plus le soir en pleine clarté. Tout ça avant que l’été n’arrive enfin et que je puisse, telle cette lectrice, aller m’asseoir dehors et profiter de la lumière. Car autant j’aime lire au petit matin alors que le jour entre tout doucement, autant j’aime lire le soir dans un fauteuil, à la bougie dans ma baignoire et en plein jour, dehors.

Et comme j’ai hâte de me retrouver épaules nues ainsi. De sentir le vent chaud les caresser tandis que je serai absorbée par un livre. Affaire à suivre.

Sanson, prénom Véronique

sanson

Il y a si longtemps que Véronique Sanson fait partie de ma vie que je possède d’elle des microsillons, des cassettes et des CD. Même que le 33 tours intitulé 7ième m’a été offert par une amie flamande en 1981, alors que nous faisions les magasins d’Anvers, après notre circuit touristique.

Et ce soir, j’avais envie de l’entendre, et peut-être ainsi de voyager dans le temps entre 1975, l’année où j’ai acheté Amoureuse et De l’autre côté de mon rêve, et aujourd’hui. Elle, qui a si souvent accompagné des soirées nostalgiques où mes souvenirs affluent. Comme ce soir où, je ne sais pas pourquoi, tant d’images reviennent, tant de paysages, tant de livres, tant de chansons, tant de gens. Parce que je suis faite de tout ça, sûrement. Et que je ne serais pas ce que je suis si les uns et les autres n’avaient pas traversé ma vie, en chansons, en films, en toiles, en livres. Et surtout en sorties, en soupers, en soirées au téléphone.

Pourquoi Comme ils l’imaginent, plus qu’un autre ? Possible parce que je me disais que ceux qui me lisent, dont certains font partie de mon cercle d’amis immédiat, me connaissent peut-être plus qu’ils ne m’imaginent. Qu’entre les lectrices à qui je prête des vies, mon Montréal que je raconte, mes lectures, mes histoires et amitiés belges, la musique que j’écoute, mes états d’âme et mes constats, mes petits plaisirs, gourmands ou autres, mes souvenirs de gens et de pays, les traces de l’enfance ou récentes, il y a de quoi me connaître.

Et aussi j’avais envie d’entendre cette si belle interpétation de Comme je l’imagine par Les Innocents et Alia Souza par Véronique Sanson en duo avec Michel Fugain. Petits bonheurs, alors que mes lectrices et leurs histoires m’attendent, que je vais faire du café, qu’il y a du chocolat et que je suis dans ma petite bulle.

La nuit blanche d’une lectrice

ruskin spear

Comme la lectrice de Ruskin Spear, je viens de faire du café, malgré l’heure tardive. Je n’ai pas envie de dormir tout de suite et peut-être même pas du tout. Reste à savoir si je tiendrai la route, si je passerai la nuit à écrire, à lire, à chercher des renseignements sur tous ces peintres qui ont peint des lectrices, lesquelles constituent mon plus grand trésor en ce moment avec plus de 1400 en réserve pour les jours et les nuits d’écriture.

Et pourquoi devrais-je absolument dormir aux heures où tout le monde dort alors que demain je n’ai rien de prévu avant le milieu de l’après-midi? Et pourquoi ne pourrais-je pas m’offrir le luxe d’une nuit blanche par choix comme c’est peut-être le cas de cette lectrice qui lit au cœur de la nuit, le plafonnier allumé? Surtout que toutes ces toiles m’appellent avec insistance?

À partir d’une phrase de Tahar Ben Jelloun

david preston

Respecter une femme, c’est pouvoir envisager l’amitié avec elle; ce qui n’exclut pas le jeu de la séduction, et même, dans certains cas, le désir. [Tahar Ben Jelloun]

J’ai noté cette phrase sur un bout de papier il y a presque cinq ans. Et en rangeant, la petite phrase est réapparue. Autant à l’époque où je l’avais copiée, elle faisait sens, parce qu’il y avait dans ma vie cet ami/confident pour qui j’étais l’amie/confidente avec lequel parfois je dormais. Autant aujourd’hui, je ne sais pas si je l’aurais notée.

J’ignore si, maintenant que j’ai connu un désir bien autre, un désir qui emporte tout sur son passage, je serais en mesure de vivre ce genre d’amitié où le jeu de la séduction peut intervenir ponctuellement. Je ne sais pas. Non pas que j’étais inconfortable dans ce que je vivais à ce moment-là. Au contraire. Il y avait quelque chose d’agréable qui me rassurait dans le fait de pouvoir séduire à l’occasion celui que je connaissais depuis plus de dix ans. Mais était-ce bien sage ? Cette amitié qui outrepassait les normes de l’amitié conventionnelle aurait pu détruire l’amitié. L’un des deux aurait pu devenir amoureux. Or, nous avons eu de la chance, ce n’est pas arrivé et nous sommes toujours amis même s’il n’y a plus ces gestes d’alors que nous appelions désir et qui, peut-être, n’étaient au fond qu’un appel à la tendresse.

Alors, oui, il est possible que la phrase de Ben Jelloun puisse s’appliquer dans certaines cas. Mais en ne perdant pas de vue l’idée du danger, l’idée qu’un des deux pourrait souffrir et vouloir vivre autre chose.

J’ai plutôt envie de croire à l’amitié qui pourrait naître du désir qui perdure. Plutôt envie de croire qu’une femme qui s’offre à son amant comme le fait la lectrice de David Preston pourrait devenir à la longue son amie. Oui, envie de croire que l’amitié peut se développer pendant qu’un homme et une femme sont amants, et même continuer quand ils ne le sont plus, mais que faire entrer le jeu de la séduction dans une amitié qui dure depuis très longtemps n’est peut-être pas une chose à souhaiter.

Écrire face au jardin

kalckreuth

S’il n’y avait pas cette obsession des images, cette urgence des mots. ce besoin irrépressible de me retrouver dans mes pages, quelle raison me pousserait à me lever en dehors du devoir d’aller travailler ? Je me pose parfois la question sans toutefois trouver la réponse. Dès que j’ai su lire et écrire, ma vie est devenue ce qu’elle est. Et là où d’autres se contentaient de lire, il me fallait écrire. Et au fond, je ne me vois pas faire autre chose. Je veux bien devenir une vieille dame à la manière de la lectrice de Leopold Karl Walter von Kalckreuth qui écrit en regardant son jardin.

La lectrice au pull rouge

micheleramirez

Il fait froid, trop froid. Encore une journée où il faut se couvrir de pulls.

Quel bonheur ce serait de n’en porter qu’un seul, comme la lectrice de Michele Ramirez. Quel bonheur encore plus grand ce serait de sortir en pull… Mais je viens de ce pays où l’hiver est long, où l’hiver est froid. Et ce jour plus que les précédents. Le genre de jour où on se demande ce qu’on fait dans un pays aussi froid.

Comme je serais bien avec un seul pull. Et sans bottes, sans manteau, sans foulard et tutti quanti. Je sais, je sais, ça viendra.

Traces

andre dignimont

Une autre semaine s’ouvre. Une autre semaine dont je ne sais rien encore. Sinon que je traduirai, que je réviserai. Et que je me réfugierai dans mes pages, au pays de mes lectrices, de ma musique, de mes voyages. Et que dans ces pages où certains se posent parfois, de plus en plus nombreux, attirés ailleurs par un lien, par une remarque, les commentaires s’inscrivent, signes de passages, signes aussi qu’une phrase a touché, qu’une toile a séduit, que mes mots sont allés à la rencontre de quelqu’un que je connais pas.

Chaque commentaire laissé est un signe de vie. Et sans Olivier, de Bloguer ou ne pas bloguer, qui m’a gentiment expliqué à quel point un blog est un lieu interactif qui prend un sens quand auteurs de billets et lecteurs/commentateurs se répondent, je serais passée à côté de ce bonheur de vous lire. Ce petit plaisr sur le visage de la lectrice d’André Dignimont qui est le mien souvent n’existerait tout simplement pas. Merci de vous manifster, de laisser des traces de votre passage, si l’envie vous en prend.

Le peintre et l’écrivaine

lesliemarcus

Ils échangeaient des toiles, les commentaient. C’était leur jeu outre le désir qu’ils avaient l’un pour l’autre. Celle de Leslie Marcus dans laquelle elle se reconnaisait à cause des formes, du livre, lui avait beaucoup plu. Une parmi tant d’autres. Une de celles qui les a unis durant 55 jours.

Le peintre se laissait séduire par les toiles qu’elle lui envoyait. L’écrivaine se laissait séduire par les mots du peintre. Elle imaginait qu’il la peindrait un jour. Il souhaitait qu’elle écrive leur histoire. Mais une passion qui tourne court au bout de moins de deux mois se raconte-t-elle ? Et que pourrait-elle en dire celle qu’il a sortie de ses bouquins ? Qu’elle écrivait nuit et jour avant qu’un peintre ne vienne mettre le désordre dans sa vie et que ce désordre lui manque, que sa peau lui manque, et qu’elle fera ce qu’elle faisait avant, ce qu’elle a toujours fait, c’est-à-dire écrire ?

Il n’est pas certain qu’elle y parvienne, que j’y parvienne. Le regard troublant d’un peintre désormais absent a laissé mon corps en braises.