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Le bonheur de pouvoir m’inscrire quelque part

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Il me semble, sous cette lumière parfaite pour les photographes et les peintres qui, ce matin, entre dans ma pièce d’écriture, être ce personnage dessiné par Amanda Luv. Celle qui s’habille de mots venus des livres, de lettres d’amour ou d’échanges par courriels.

Il me semble ce matin n’avoir besoin que de mots et de toiles pour tout vêtement, alors que je viens ici, mon âme parfois mise à nue, le cœur ouvert, avec nulle autre intention que de partager quelques morceaux d’éternité.

Il me semble ce matin être plus heureuse que d’habitude. Je ne sais si c’est cette lumière, je ne sais si ce sont les mots, je ne sais si ce sont toutes ces couleurs dehors, je ne sais si c’est parce que je compte écrire une partie de la journée. Je sais juste que le bonheur gonfle ma poitrine alors que le soleil taquine ma joue. Je sais juste le bonheur d’être en vie et de pouvoir m’inscrire quelque part.

Si nombreuses

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Je la regarde et je me demande à quoi tient cette urgence de se précipiter ainsi un dimanche matin. De ne prendre le café que lavée, habillée et maquillée.

Il y en a tant pourtant des femmes qui ressemblent à la lectrice d’Emilio A. Serio. Organisées, avec une place pour chaque chose, un horaire pour chaque corvée, se trouvant totalement démunie quand il faut modifier quelque chose à l’ordre établi selon des règles quasi immuables. Et qui me semblent si dérisoires.

Peut-être suis-je trop bohême pour comprendre cette énergie dépensée à des détails autres que vivre. Peut-être est-ce que je préfère un désordre organisé à un ordre froid? Peut-être est-ce ma façon d’être rebelle que de ne pas faire la lessive le lundi, l’épicerie le jeudi soir et la cuisine pour la semaine le dimanche? Peut-être.

Et pourtant, ces femmes parfaites sont si nombreuses. Nous en discutions justement Francine et moi ces jours-ci. Parce que nous avons l’une et l’autre au moins une amie ou deux qui sont telles. Qui ne laissent jamais traîner un pull ou un foulard. Qui nous regardent impatiemment quand on en prend trop de temps à finir le café qui clôture un repas alors qu’elle voudrait mettre le lave-vaisselle en marche avec, il va sans dire, la tasse que nous tenons à la main.

Elles sont si nombreuses. Mais sont-elles heureuses dans tout ça? Dans toute cette énergie déployée à tout organiser? Peut-être. Ou peut-être pas. La question ne s’est peut-être jamais posée pour elles.

Le livre qui questionne

cocteau

Un beau livre, c’est celui qui sème à foison les points d’interrogation.
[Jean Cocteau]

J’aime la citation de Jean Cocteau ainsi que son dessin représentant une lectrice peut-être davantage soucieuse qu’en plein questionnement. Parce qu’un mot, une phrase, une tournure, un long paragraphe. Ce petit détail qui interpelle et qui nous fait regarder au fond de soi ou porter un nouveau regard sur les choses qu’on croyait immuables. Ou alors en voie de devenir de moins en moins indicibles.

J’aime cette idée du livre qui questionne, qui fracasse les certitudes contre un mur. Même si ces livres sont rares, donc d’autant plus précieux. Et je me demande combien de fois cela arrive dans une vie. Une seule fois? Plusieurs? Régulièrement? Ou de moins en moins souvent parce qu’on a beaucoup lu déjà?

La phrase à commenter

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La littérature ne permet pas de marcher, mais elle permet de respirer. (Roland Barthes)

Est-ce cette phrase que doit commenter l’étudiante peinte par Toni Lacey? Ou une autre du même auteur? Roland Barthes a écrit tant de phrases qui donnent à réfléchir.

Il me semble en évoquant celle-ci retourner en arrière. 25 ans, ajouterai-je. Et retrouver le grand amphithéâtre où se donnait le cours de critique de deuxième année. Barthes, Derrida, Jakobson, Todorov. Essentiellement. Des lectures que d’autres trouvaient arides, mais qui, si ma mémoire n’est pas trop vacillante, me passionnaient. Enfin, il y avait de la viande autour de l’os. Enfin, je pouvais voir les nuances. Enfin, j’avais de quoi bâtir une argumentation en choisissant la forme de critique qui s’imposait. Et j’ai pu le faire sur les bancs de l’Université de Montréal et pas beaucoup plus par la suite.

En effet, j’ai rarement eu l’occasion de me servir de ces notions acquises à coût de lectures et de dissertations. Et quand il m’a été donné de le faire, j’ai bifurqué loin de ces avenues. Le compte rendu impressionniste m’a toujours davantage attirée. Même si je sais me débrouiller avec une certaine aisance dans des argumentations étoffées de citations.

Qu’en est-il de cette étudiante aux prises avec Barthes? Sur quoi basera-t-elle sa dissertation? Citera-t-elle des auteurs? Établira-t-elle le contexte sociologique, historique et littéraire ou se permettra-t-elle d’écrire ce qu’elle ressent sans mise en scène? Peut-être ne le sait-elle pas encore. Il y a souvent des textes et un rythme qui s’imposent sans qu’on n’ait rien décidé. Je ne m’immiscerai pas. Je crois qu’elle est suffisamment inspirée pour ne pas avoir besoin que je ne lui souffle que je respire.

Collection de toiles

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À l’heure où me voilà à examiner ma collection de toiles, comme le fait le personnage de William Merritt Chase, parce que dans moins de trente heures, il sera temps d’installer la toile du dimanche de la catégorie En vos mots, je me dis d’une part que la toile de la semaine qui achève n’a inspiré qu’un seul texte et que d’autre part, il n’est pas dit que les prochaines heures ne serviront pas aux uns et aux autres à écrire quelque chose, si d’aventure la toile leur parlait ne serait-ce qu’un peu.

J’avoue que choisir parmi les 5600 toiles, dessins, illustrations et sculptures emmagasinés n’est pas chose facile. Mais qu’il y a des tracas bien plus graves que cela dans la vie!

Bref, me voici déjà presque à dimanche, parce que je suis là, devant mes toiles, ne sachant laquelle parmi toutes choisir. Mais j’ai encore le temps, tout comme vous, si jamais…

Comme j’aime ce pays qui est le mien

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Comme j’aime ce pays qui est le mien. Celui des livres qu’on ouvre au hasard. Celui des mots qui volent au vent, se posant parfois là, dans l’imaginaire de celui ou celle qui les lit. Celui des toiles que je ne cesse de traquer. Celui des notes de musique qui rythment mon silence. Celui des fleurs sur ma route, sur les vôtres.

Comme j’aime ce pays qui est le mien. Lieu de rencontres. Lieu d’échange. Lieu de partage. Lieu de mots et d’images.

Comme j’aime ce pays qui est le mien et que j’imagine à la ressemblance d’une toile de Mariagranza Mancino.

Peut-être parce qu’il fait gris

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Et peut-être parce qu’il fait gris, cette envie de soleil, de lumière, de plage au bout du monde où je croiserais peut-être les lecteurs de Gloria J. Coker ou d’autres qui leur ressemblent, ayant échappé à la grisaille, quelques heures, quelques jours. Une éternité.

L’uniformité

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Elles ressemblent à celles que j’ai croisées dans l’autobus. Les jupes étaient aussi à carreaux, les chemisiers blancs. Elles parlaient fort, de l’une, de l’autre, du prof de maths, du devoir de français. Je les écoutais. Je m’enfonçais dans mes souvenirs.

Ce n’était pas le même autobus. Je n’avais de commun avec elles que le chemisier blanc, la jupe étant grise et la marinière bourgogne.

Il me semble que je ne parlais déjà beaucoup, mais que les autres autour de moi ressemblaient aux étudiantes de Slava Groshev. Dans leurs gestes, leur façon de s’affirmer, leur assurance. Tout ce que je n’étais pas en mesure de sortir de moi à cette époque, si bien que je restais là à les écouter parler. Je pensais au livre que j’allais lire quand j’en aurais fini avec le devoir de chimie. Et je ne pensais sans doute pas à mes cheveux, comme elles, et encore moins à un voisin qui m’aurait regardé d’un drôle d’œil. Ni à ce à ce qu’il y avait à la télé ou au dernier chanteur à la mode.

Je les écoutais, étourdie. Je les regardais. Elles étaient toutes pareilles, elles avaient toutes les mêmes rêves ou en donnaient l’impression. L’uniforme avait servi à les rendre uniformes. Et moi je me taisais.

Et ça me suffirait

sacha

Certains matins, je resterais là, au lit, avec une pile de bouquins. Je laisserais le temps couler sur moi et je me promènerais au pays des mots. Je me laisserais porter par eux. La vie n’aurait sens qu’en eux.

Certains matins, je ferais comme la lectrice de Sacha. Et ça me suffirait.

Au pays des livres d’art

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Et je suis là, assise ou allongée. Au pays des livres d’art, sans me soucier de la nuit et du temps qui passe, telle la lectrice de Giulo Avveduti. Pour mon plaisir. Pour le vôtre. Pour le partage. Et la nuit est douce, si douce à tourner les pages.