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Les mots du silence

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Elle a sorti plusieurs livres. Comme j’aime le faire à l’occasion. Parce que je ne sais pas s’il ne me viendra pas l’envie de poser l’un pour prendre l’autre. Parce que tout simplement l’un appellera l’autre comme certaines chansons de Véronique Sanson répondent à celles de Michel Berger. Parce que parfois je n’ai pas envie de bouger et que savoir quelques livres tout près me rassure. Parce que, peut-être, comme la lectrice d’Antoine DeRoux, j’aime le silence de la nuit et les mots qu’il apporte.

Un Je qui n’est pas toujours un Je

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Je m’étonne toujours de certaines questions à peine déguisées. Des questions qui se glissent en douce dans une conversation ou dans un courriel. Ou des affirmations. Des allusions. Parce qu’on aura transformé un des Elle des toiles que je m’amuse à raconter en un Je qu’on croit que je n’ose pas dire.

Toujours ce besoin de savoir. Cette curiosité des uns qui prend le pas sur le plaisir des mots. Alors que le Je est peut-être un Il. Alors que je suis peut-être absente des Je. Alors que ce que les mots trouvent parfois la voix – la voie – du Je parce que ça semble la seule manière de les dire. Sans qu’ils ne parlent de moi.

Tous n’ont pas ce regard inquisiteur sur moi, cette avidité de chercher des doubles sens où il n’y en a pas. Tous ne veulent pas savoir, choisissant de se laisser bercer par une ambiance, par une toile, par une photo, par des mots. Ceux-là me ressemblent. Car je ne suis pas une poseuse de questions. Je ne suis qu’une faiseuse de mots. Une rêveuse qui ne passe pas sa vie devant son écran malgré la perception qu’ont certains de ma vie.

Je suis quelque part, le nez dans un livre. Je suis ailleurs, dans des mots que j’écris. Je suis dans la toile de Joyce Werwie Perry.

Il va faire beau comme en été

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Il va faire beau. Beau comme en été. Beau comme ce jour de juillet où Denis, Diana et moi avons parcouru les champs couverts de fleurs d’une vaste pépinière. Souvenirs d’un jour heureux dont on fait provision et qu’on ressort un matin. Parce que le soleil qui se lève a la couleur de ce matin-là. Que la lumière sera sûrement aussi belle que celle de cet après-midi de juillet où je photographiais les mêmes fleurs que Denis croquait sous un autre angle. Moment de douce complicité.

Ça s’appelle le bonheur

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Et un matin, quand la lumière est hésitante, on se rend compte que le café ne goûtera plus jamais pareil, que les chansons d’amour ont été écrites pour soi, que les mots qu’on lit prennent soudain un nouveau sens et qu’on ressemble à lectrice de Joseph Lorusso. Et que tout ça, ça s’appelle le bonheur.

Plus que quelques heures

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La semaine tire à sa fin. Plus que quelques heures et je retrouverai mon antre. Plus que quelques heures et je me retrouverai dans la peau de celle peinte par August Macke, assise à mon bureau, à rêver, à écrire quelques billets, à me laisser gagner par mes souvenirs, à inventer des vies à des personnages, à trier mes photos.

Plus que quelques heures de traduction, de révision, avant que je n’entre me terrer dans mon univers. Là où il fait bon la musique, les mots et le café.

Je sais qu’elle l’entendra

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Je ne sais pas si elle lisait des histoires à ses filles, comme le fait la lectrice de Marius Bartholoty, parce que je l’ai connue à l’heure où les mères ne lisent plus de contes, parce que leurs filles sont trop grandes et que n’est pas encore venu l’âge d’être grand-mère.

Je sais seulement l’accueil de celle que je ne me rappelle pas avoir appelé Madame, mais toujours Monique. Je sais seulement que de toutes les mères d’amies et et amis, ce n’est que d’elle dont j’ai été proche. J’ai souvenir de diners au restaurant, de soupers chez elle, de gâteaux qu’elle me faisait. J’ai souvenir de ses yeux pétillants qui ne cesseront jamais de pétiller dans ma mémoire. Même si la mort vient de la prendre dans ses bras. Trop vite. De toute manière, c’est toujours trop vite, trop tôt, jamais au bon moment, la mort.

Je sais aussi que devant la mort nous nous trouvons démunis. Avec les mots qu’on voudrait trouver pour apaiser mais qui se dérobent. Avec tous les mots qu’on aurait encore voulu dire, mais qu’on ne dira pas.

Je sais seulement qu’elle aurait voulu entendre de moi une phrase. Une seule. Je l’écrirai ici pour elle. Je suis heureuse. Je sais qu’elle l’entendra.

Même dans le silence

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Il pleut. Je me demande bien si le soleil et les 31 degrés prévus n’étaient pas une blague de météorologue. Mais il est encore bien tôt et tout peut changer. Je suis d’un pays où les changements climatiques font légion. Et puis, je ne m’attarde pas trop à ces détails. Après tout, j’aime un pays où il pleut 300 jours sur 365 et où j’espère bien passer mes prochaines vacances. Mais un jour, tout de même, j’aimerais bien m’arrêter chez Géraldine, en Auvergne, traquer avec elle de jolies fleurs comme celles-ci. Et que nous puissions prendre le temps de nous connaître, même si nous sommes déjà sur la même longueur d’ondes et proches l’une de l’autre. Même dans le silence.

On me demandera…

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J’ai fait du café. J’ai sorti mes dossiers, pour jeter un œil dessus, comme le fait peut-être la lectrice d’Antoinette Farrar Seymour. Dans peu, je partirai retrouver le bureau. On ne demandera comment ont été mes vacances, ce que j’ai fait, ce que j’ai vu. Se contentera-t-on d’une réponse comme J’ai été heureuse, terriblement heureuse, ou devrai-je raconter les chutes Montmorency, le quartier portugais, le jardin botanique, Magog? C’est à cela que je pense en trempant mes lèvres au bol aux marguerites, tandis que le soleil inonde la pièce et que je vais aller à petits pas sous la douche.

Le dernier jour des vacances

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C’était le dernier jour des vacances. Demain, la vie reprend son cours. Et pourtant, il y a encore toutes les photos à trier, tous les courriels accumulés auxquels il faut répondre.

Il me semble que je resterais là, comme la lectrice d’Anastasia Hohriakova, sans presque bouger, à rêver, en lisant, un livre ou les mots d’un ami. Oui, je resterais bien là, dans la même pose.

Le pays d’où je viens

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Je retourne peu à peu au pays d’où je viens, le seul que je connaisse vraiment, celui du désordre de mon bureau, celui des livres dans toutes les pièces, celui du café à toute heure, celui des feuilles de papier, celui de mon écran, celui des toiles. Celui qui me rassure même si, comme pour l’écrivaine peinte par Francine Van Hove, les mots pour raconter d’autres histoires que la mienne se dérobent. Mais ils sauront retrouver le chemin de ma plume et de mon clavier. Puisque j’ai retrouvé le pays d’où je viens.