Il faudrait changer l’interrupteur du bureau. Je vis dans le noir depuis des semaines. Mais je me suis habituée à cette noirceur dès la nuit tombée. Elle m’est devenue si familière que j’ai fait d’elle ma complice des soirées d’écriture et de lecture.
Mais ce soir, j’ai dérogé à mes habitudes. Je suis allée chercher la lampe portative que j’ai récemment achetée pour lire tranquille au salon, et l’ai apportée ici. Pour donner au lieu une lumière qui ressemble à celle de la table de la lectrice de Carmen Gomez Junyent. Et le décor n’est plus pareil. Plus chaleureux. Moins vide. Parce que j’ai recommencé à empiler des livres sur le secrétaire où s’installait chaque soir Armando pour trier ses photos du jour. Pour me rappeler que je suis à nouveau seule. Qu’il me faut apprivoiser cet état après des jours et des jours à trois. Des journées et des soirées inoubliables.
Ce soir, une lampe éclaire le bureau. Les CD déplacés du salon au bureau sont restés dans une pile. Je n’ai rien déplacé. Dans quelques jours, je les prendrai un par un. Pas tout de suite. J’aime encore trop la présence, les traces du passage.
Ce soir, une lampe éclaire le bureau, les livres. J’ai fait du café comme tous les soirs. J’ai failli faire deux bols, j’en avais pris l’habitude.









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