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Comment s’appelait-il donc?

kroll4

L’amour, ça doit se lire tout de suite. Ce n’est pas une partie de cache-cache.[ Bernard Giraudeau ]

« Je trouve que Giraudeau a vachement raison.

-Ah bon?

-Si. Ça ne prend pas des semaines ou des années pour savoir quel sentiment on éprouve pour quelqu’un.

-Donc?

-Donc, on sait assez vite, Nathalie. Je te le dis.

-Donc?

-Donc, ton Julien sait très bien ce qu’il ressent à ton égard. La seule chose qu’il ne sait pas, c’est s’il doit de te l’avouer…

-Tu crois?

-Oui, miss, je crois.

-Vraiment?

-Oui, vraiment. D’ailleurs, lis là…

Et cela dure depuis des heures entre les deux amies peintes par Abraham Leon Kroll. Deux amies en train de décortiquer les mots d’un certain Julien, obtus, hésitants. L’une prise d’assaut par l’autre dès son arrivée, si bien qu’elle en a oublié d’enlever manteau et chapeau.

Il me semble avoir vécu cette scène il y a des années. Comment s’appelait-il donc celui qu’aimait Nancy ou une autre?

L’heure est venue

doud

Il y a parfois un jour où il nous faut prendre les choses en main, ne pas penser que tout se règle tout seul, que les pages des livres s’ouvrent là où elles devraient s’ouvrir sans qu’on ne fasse un geste. L’heure est venue pour le lecteur de Tim Doud. Il ne sert à rien de se cacher à lui-même ce qu’il est devenu.

Celui qui se profile derrière les traits du lecteur, nu devant le combat qui l’attend, est un ami très cher. L’initiale de son prénom est inutile ici.Il se reconnaîtra.

Et la bataille qu’il va livrer contre ses démons va être difficile. Je le sais. Il le sait. Et il sait aussi qu’au nom de sa propre vie il doit se faire ce cadeau d’apprendre à vivre avec ce qu’il est. Au naturel, sans artifice. Et il le fera. Il tiendra bon. Il aime trop la vie pour qu’il en soit autrement. Je lui tiendrai la main quand, allé au bout de lui-même, il prendra le chemin du bonheur.

Et puis, au fond…

koroshilov

Et puis, au fond, je ne sais peut-être que faire ça. Inventer des histoires en regardant des toiles. Et rêver. Imaginer ce qui se trame derrière les couleurs, les poses, les décors. Comme la lectrice de Valery Koroshilov s’invente peut-être tout un monde à partir de quelques phrases tracées sur une feuille et destinées à un improbable lecteur.

Et tant pis si je ne sais faire que ça. Ou tant mieux. Parce que quelques phrases que je poserai ici trouveront peut-être le cœur de celle ou celui à qui elles sont destinées. Quelqu’un dont j’ignore tout et qui à la lumière de quelques mots se sentira revivre. Quelqu’un échoué ici par hasard ou parce qu’on lui aura indiqué le chemin et qui sera touché.

Oui, tant pis si je ne sais faire que ça. Inventer des histoires à des toiles. Et rêver. Il y a pires maux que ça. Et je n’ai pas besoin mentionner lesquels.

La substance du temps

illisible

Voici l’aube que j’ai tant attendue
Le jour initial entier et pur
Où nous émergeons de la nuit et du silence
Et libres nous habitons la substance du temps

(Sophia de Mello Breyner)

Sans savoir de quoi sera fait ce temps. Sans savoir rien de ce qui nous attend. Sans savoir quelle teinte aura le ciel du jour. Pas plus pour la lectrice d’un peintre qui a laissé une signature illisible au bas du tableau que pour moi.

Nous savons seulement l’une comme l’autre que le jour se lève sur un jour qui ne ressemble à aucun autre.

Les bras chargés

akob

Et aujourd’hui, je ressemblerai à la lectrice d’Adam K. Orla-Bukowski. Les bras chargés de livres, de musiques à écouter, de diaporamas à visionner, de courriels auxquels répondre. Parce que j’ai laissé traîner un peu. Parce que j’ai rêvé et suis allée me promener, ce qui est une bonne chose en soi, mais qui rend le retour sur terre plus difficile, parce qu’il y a accumulation. Mais je ferai ça lentement, à mon rythme, simplement, sans urgence. Pour bien profiter de chaque mot d’un courriel à lire et à écrire, de chaque phrase des livres que j’ouvrirai, de chacune des notes de toutes ces chansons envoyées par Armando et Denis, de tous ces diaporamas que m’envoient généreusement Carine et Aimé. Et je ne me rendrai peut-être pas compte qu’il pleut. Ou si peu. Et si oui, j’irai dans ma galerie de toiles à venir me gaver de couleurs pour l’oublier.

La lectrice au bouquet de fleurs

fougeron

Son regard va du bouquet de fleurs au livre. Peut-être avait-elle comme moi l’unique habitude du second, ne sachant pas ce que c’était que de recevoir des fleurs? Peut-être. Pourtant, elles sont si rares celles de mon âge à n’avoir reçu que des fleurs en tissu un jour – pour ne pas qu’elles périssent – et pas des vraies… Mais qui sait, la lectrice d’André Fougeron est peut-être ma jumelle. Et si oui, elle est terriblement heureuse.

Pour continuer de rêver

castagnino

Et sûrement que j’écrirai, que je me laisserai porter par les mots d’un livre ouvert au hasard, par les teintes d’une toile. Oui, sûrement. Après quelques visites ici et là. Du côté de Déblogue, du jardin des livres et des champs, des Fenêtres sur la cour et de Sur ma planeth. Pour me nourrir, pour rêver, pour me gaver de toiles, de photos, de phrases. Pour le bonheur du partage que m’offre le net. Et j’ouvrirai le livre posé sur ma table de travail. Je me glisserai dans la peau de la lectrice de Juan Carlos Castagnino pour un quart d’heure ou deux heures. Pour continuer de rêver.

Ce que j’ai envie de lui dire

latour

Rêve, jolie lectrice. Ne te laisse pas influencer par les briseurs de rêves. Rêve. Et puis aime. Sois heureuse. On ne vit pas la vie des autres et les autres ne vivent pas la nôtre. Rêve. Et sois heureuse. Pense à aujourd’hui. Vis aujourd’hui. Demain, il sera trop tard pour aujourd’hui. Voilà ce que j’ai envie de dire à la lectrice de Jean Latour.

Comme un dimanche matin

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Puisse le pays de Lali toujours être à l’image de la toile de Dolores Cohen, un lieu où les livres, où les toiles, où les mots sont là, accompagnés d’une tasse de café ou de thé, au choix. Un lieu où vous aurez envie de vous arrêter, de partager, de raconter, et même de vous taire et de lire ces pages qui n’en finissent pas de s’écrire.

Puisse le pays de Lali être comme un dimanche matin où on s’attarde au lit, devant un bol de café, dans les pages d’un livre ou dans le regard de celui ou celle qu’on aime.

Si peu de choses en vérité

cji

Je sais peu de choses, si peu de choses en vérité. Les certitudes ne sont rien. Elles peuvent voler au vent au détour d’une phrase. Je sais si peu de choses. Je sais seulement le bonheur de me plonger dans les toiles pour y déceler une histoire ou un morceau d’âme. Je sais seulement ces longues heures dans les livres d’art ou sur la toile. Et je sais le bonheur de la tourneuse de pages de Corinne Jordan-Ivers.