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Cet autre

rafferty

Je les connais déjà ces deux-là, même si je sais que les lecteurs de Paul Rafferty représentent ce qu’ils deviendront dans vingt ans. Je les connais déjà, surtout un. Mais je sais l’amitié qui les lie. Et je sais que c’est souvent lorsqu’ils promènent ensemble le chien de l’un qu’ils se confient, entre banalités et anecdotes, bien davantage. Et je sais qu’entre ces deux larrons qui aiment rigoler ensemble, il y a une affection indéfectible. Et j’aime qu’il y ait dans la vie de celui que je connais bien cet autre qui ne le juge jamais et qui l’aime comme il est.

Suggestions bienvenues!

chase 6

Il y a toujours en moi cette envie de faire plaisir quand j’accroche une toile tous les dimanches. Il y a aussi toujours ce bonheur quand des textes arrivent au fil des jours, fruits de votre inspiration. Mais quand la toile se fait presque muette, comme c’est le cas de celle de dimanche dernier, puisque je n’ai reçu qu’un seul texte – celui de Denise – alors que nous voici jeudi, je me dis que je devrai faire mieux ce dimanche.

Me voilà donc, comme la tourneuse de pages de William Merritt Chase, à chercher, à imaginer ce qui pourrait susciter vos mots.

Peut-être est-il temps que je demande votre aide? Vos suggestions seront les bienvenues!

Rêve(s)

yaeger

Ses yeux se sont fermés sur une image. Elle a peut-être surgi d’une phrase lue. Peut-être pas. La lectrice d’Edgar Yaeger est une rêveuse.

Elle n’est pas seule à rêver. Je me retrouve beaucoup en elle. Il me semble même parfois que rêver est ce que je sais faire de mieux.

Je crois même qu’un jour j’ai rêvé la tête posée sur une épaule. Ou alors ai-je rêvé que je rêvais la tête posée sur une épaule.

Je sais seulement que je rêve de ma tête posée sur cette épaule.

Pourquoi tout faire disparaître?

gates

Le petit lecteur de Tim Gates conserva-t-il longtemps le livre à ses pieds ou pas? J’aimerais pour lui des parents qui garderont des traces de son enfance, des livres qu’il trouvera à l’heure de les faire partager à ses propres enfants. Pourquoi en effet tout faire disparaître?

Une caisse de livres prend si peu de place quand un jour elle pourrait redonner à quelqu’un un peu de son enfance. Une caisse de livres n’encombre pas quand elle pourra émerveiller un jour une autre génération.

Je sais, je prêche dans le désert. Mais je ne peux m’empêcher de regarder tout à côté de moi ma pile de livres roses de la comtesse de Ségur. Je les avais gardés pour la fille que je n’ai jamais eue alors que d’autres n’ont rien à offrir de leur enfance à leurs enfants. Oui, la vie est mal faite.

J’aime imaginer

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Que lisent-ils ainsi dans cette nuit qui n’en finit pas de se terminer? Que lisent-ils qui ne pouvait attendre la lumière du jour? Ou alors cela demandait-il justement la nuit et le silence pour saisir le sens de tous les mots avec le plus de justesse possible? J’aime imaginer qu’il s’agit là d’un texte qu’ils ont écrit ensemble. D’un texte sur lequel ils ont passé la nuit pour le lire juste avant que la nuit ne s’achève. Mais je ne sais rien. Je ne sais rien de ce que lisent les personnages d’Albert Lebourg. Et souvent, je ne sais rien de la vie tout court.

Réflexions d’artiste

gorren 5

La peinture vient de l’endroit où les mots ne peuvent plus s’exprimer.[Gao Xingjian]

Et c’est peut-être pourquoi elle me touche tant. Pourquoi elle ne cesse de me toucher et d’appeler mes mots. Même si l’artiste Édith Gorren, qui a peint avec tendresse cette lectrice rêveuse, voit dans mon projet fou d’offrir des toiles à mon écriture et à la vôtre, ce que je n’avais jamais vu moi-même.

C’est donc avec son autorisation que je publie quelques phrases qu’elle m’a écrites. Des phrases qui me touchent :

Lali, Lalique, toute lumière, beauté et transparence.
Quel travail ! Quelle poésie, quel souffle !
Vous êtes en train de fabriquer ce qui manque à l’art contemporain figuratif, un écrin de pérennité, un musée bien au delà du virtuel. C’est ce qui m’a frappée en premier lieu parce que c’est un peu mon cheval de bataille, ma désespérance de la manière dont le mot « contemporain » a été dévié du côté de la « tendance ».

Outre votre grand talent littéraire allié à un goût du beau, votre principal secret est, à mon avis, votre sens de la gratuité des objectifs et de l’altruisme, notion aussi obsolète que le visage humain en peinture à l’heure actuelle. Votre site est une œuvre véritable que vous partagez à cœur ouvert. C’est pourquoi vous avez autant de visiteurs. C’est un lieu où ils peuvent respirer autre chose que la société marchande qui les étouffe.

Ceci pour vous dire que le bonheur et le drame s’exaltent, je n’ai jamais su « peindre triste », seulement chercher à exprimer la profondeur du drame humain par le regard et l’espoir par la beauté et les couleurs. Moi aussi je pense que celui qui regarde un tableau n’a pas à craindre la culture comme un juge suprême, mais s’il veut appréhender l’œuvre dans sa plénitude, il faut qu’il aille plus loin que le stade du joli, c’est ce que votre poésie porte en elle et leur suggère.

Je n’ai jamais eu ce besoin qu’on cautionne ou qu’on valide ce que je fais ou ne fais pas. Mais j’avoue : de tels mots me donnent le souffle qui me manque certains soirs où les toiles restent muettes. Quelqu’une, quelque part, a saisi le sens de cet ambitieux projet d’une galerie dédiée à la lecture, l’écriture et la correspondance, sens sur lequel je ne m’étais jamais arrêtée, toute à mon bonheur d’écrire. Qui ne cessera jamais. Car il me tient en vie.

En regardant la mer

royan

Jean-Marc était à Royan hier. De sa chambre d’hôtel, il regardait la mer. Celle au bout de laquelle habite son amie Lali. Et il a rêvé un peu de ce jour qui les réunirait Cath, Jody, lui et moi. Et j’ai envie de croire que ce sera dans quelques mois. J’ai vraiment envie d’y croire.

Le temps de quelques pages

a.l.b.

Elle a laissé là les chevalets, les pinceaux et les tubes. Le temps de quelques pages, le temps de se nourrir de mots et d’images qu’on ne trouve que dans les livres. Comme si la lectrice d’A.L. Book vivait à l’envers de moi, qui me laisse guider par les toiles. Et pourtant, entre nous comme une osmose, une presque symbiose. Ce besoin de compléments à ce qui gravite en nous de création, laquelle se forge à partir d’ailleurs différents.

Le cadeau de Norha

jtd lali

Il y a bien un an et demi que ma copine Norha m’a offert ce cadeau. Je l’ai toujours conservé, parce qu’on conserve toujours des traces de ceux qu’on aime et qui nous aiment. De ceux qui, même dans l’absence et dans le silence, ne cessent de nous aimer. Norha est de ceux-là. Et elle sait que je l’aime, comme elle sait aussi que plus de 30 ans d’écart n’ont rien à voir avec l’amitié, pas plus que la distance. Norha sait tant de choses déjà. Parfois, je voudrais savoir tout ce qu’elle sait. Souvent, même.

Kate pour un jour

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Je n’aurai jamais sa classe. Je n’aurai jamais ce regard, ce sourire. Peut-être un peu par moments quelques traits de son caractère, son indépendance et son refus des conventions. Mais pour un jour, j’ai été Katharine Hepburn. Plus précisément Tracy Lord, la journaliste qu’elle a incarnée dans The Philadelphia Story. Parce que de tous les rôles qu’elle a tenus, le plus facile pour un déguisement d’Halloween, puisqu’il suffisait d’un dictaphone, d’un appareil photos, d’un téléphone, d’un crayon derrière l’oreille et d’un carnet pour noter, était bien celui-là.

Je ne crois pas avoir fait illusion. Mais je me suis amusée. Ce n’est pas rien d’être pour quelques heures l’héroïne de toujours. Celle de Guess who’s coming to to dinner comme celle de The Madwoman of Chaillot. Celle de The Rainmaker et celle de The Lion in Winter.

Il ne restera pas de traces de moi en Kate. Il restera le souvenir d’une fausse Tracy Lord qui a dû expliquer une partie de la journée qui était Katharine Hepburn. « Mon grand-père doit savoir qui c’est », ai-je cru entendre. Que répondre à ça?