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Les vieux cahiers

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Voilà bien un an que j’ai sorti tous mes cahiers, comme semble l’avoir fait la lectrice de Salvador Tuset. Des cahiers qui datent d’il y a quinze à vingt-cinq ans dans lesquels sont écrits de ma fine écriture, tantôt en violet, tantôt en turquoise ou en bleu, les poèmes d’autres époques.

Or, j’ai longtemps hésité à les relire et encore moins à les faire lire. Et puis, peut-être, et même sûrement, à cause de Caroline de Fenêtres sur la cour et de ses textes d’un autre temps qu’elle sort de temps en temps de ses cahiers sous le titre Sous ma lampe, j’ai décidé que de temps en temps j’irais peut-être du côté de mes vieilleries… On pourra les lire regroupées dans la catégorie Dans mes tiroirs.

Les livres décoratifs

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Il pose. Fièrement, en plus. Mais on ne sait pas si le personnage de Béla Czobel est un lecteur ou s’il n’aime que les belles reliures, le côté décoratif et pour bien paraître de l’objet livre, qui donne le sérieux à une pièce, surtout quand on est avocat ou homme d’affaires réputé.

Et tout cela me rappelle une histoire qu’on m’a racontée.

Il était une fois un homme riche qui pouvait s’offrir tous les plus beaux livres avec des reliures de cuir. Il en avait un mur plein. Celui qui m’a raconté l’histoire a pris un livre au hasard. Un titre de la collection La Pléiade, chez Gallimard. Ils étaient tous là, soit dit en passant. Derrière une vitre.

Le type en question a juste eu le temps d’entendre le crouch que fait un livre qu’on n’a jamais ouvert et le cri d’horreur du propriétaire des lieux. On pouvait regarder, mais ne pas toucher. Les livres étaient des bibelots coûteux qu’il ne fallait pas abîmer. Ouch!!!

Et dire que moi, je laisse traîner mon Yourcenar dans La Pléiade comme s’il s’agissait d’un livre de poche bon marché. Je dois être vraiment fêlée, mais moi, je l’ai lu et même prêté!

Je n’ai que cette certitude

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Lit-elle? Écrit-elle? Un peu des deux, parce qu’incapable de décider laquelle des deux activités la comble le plus? J’opte pour le fait que la lectrice de Pierre-Auguste Renoir écrit quand elle ne lit pas. Parce que ce soir, j’ai envie de me glisser en elle. Parce que ce soir, je sais que toute ma vie je passerai des mots que je lis aux mots que j’écris. Je n’ai que cette certitude. Que celle-là.

La citation de Voltaire

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Je ne retrouve plus Les lettres philosophiques de Voltaire. Pourtant, je possédais une belle édition de chez Garnier. Encore un livre que j’ai dû prêter et qui n’est pas revenu. Et si je le cherchais, c’est à cause d’une citation que Denise m’a envoyée, à savoir celle-ci : « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé. »

Une citation qui me convient tout à fait. Parce que je crois qu’il y a une part de nous qui décide d’être heureuse; parce que je crois que le bonheur ne vient pas tout seul à soi, même si des morceaux de bonheur se trouvent dans certains détails du quotidien qu’on se plait à embellir. Parce que je crois que nous sommes en partie responsables de notre bonheur.

Et à cause de cette citation, j’ai eu envie de tourner quelques pages de mon vieux livre qui date de mes années sur les bancs de l’université. Pour trouver d’autres phrases qui me plairaient.

Mais peine perdue. Pas de Voltaire dans les environs. C’est peut-être la lectrice d’Ernst Stöhr qui me l’a emprunté?

Aura-t-elle le même geste?

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Je l’imagine dans quelques heures s’éveillant au cœur de la nuit, toute habillée, le livre à bout de bras, surprise de la situation. Une situation que je connais régulièrement, pourtant.

Parfois, je pars m’allonger, sans intention de dormir, comme c’est sûrement le cas de cette lectrice peinte par un artiste hongrois inconnu et quelques heures plus tard, pour je ne sais quelle raison, je m’éveille au beau milieu de la nuit. Et chaque fois, je tiens le livre serré contre moi, comme si même dans les bras de Morphée, je ne voulais pas perdre ma page. Aura-t-elle le même geste?

Tandis que…

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Et tandis que jour et nuit, entrée dans la toile de Deborah DeWit Marchant, j’écris, inlassablement, comme si ma vie en dépendait, comme si elle était reliée à ce fil ténu qui porte mes mots ailleurs, me viennent ces phrases d’Octavio Paz, tirés de Liberté sur parole :

Là où naissent les frontières, les chemins s’effacent. Là commence le silence. J’avance lentement et je peuple la nuit d’étoiles, de paroles, de la respiration d’une eau lointaine qui m’attend où paraît l’aube.

Si nous avions été des chats…

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Si nous avions été des chats et si nous n’avions pas été séparées par 6000 km, voilà ce que nous aurions fait Norha et moi il y a quelques heures, tant elle était contente de m’avoir au téléphone, tant j’étais heureuse d’entendre sa voix. Et nous aurions invité Carine dans notre danse pour être bien certaines de ne pas rater une miette de bonheur.

La fille et la mère dans un seul appel. Un appel qui a aboli pendant plus d’une heure tous les kilomètres. Un appel qui fait que je danse encore avec en tête les poèmes de Norha et l’amitié indéfectible des deux. Vivement en vrai. Oui, vivement en vrai.

Samedis matins hésitants

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J’aime ces samedis matins lents, presque hésitants, où je me promène au pays des toiles, des photos et des livres éparpillés autour de moi. J’aime ces samedis matins entre musique et café, sans penser à autre chose qu’au bonheur d’être en vie. J’aime ces samedis matins, pieds nus il va sans dire, où je jette un regard aux nuages tandis que les minutes coulent lentement. J’aime ces samedis matins où je vis au rythme de la lectrice de Larry Bracegirdle.

J’aime les nuages

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J’aime les ciels, j’aime les nuages. Et comme le dit si bien Nathalie dans un billet : Le nuage est une magnifique représentation de l’impermanence. Peut-être est-ce pour cette raison qu’il existe une association regroupant les amateurs de nuages. Peut-être est-ce pour ça aussi qu’Armando a fixé pour toujours ces nuages sur le ciel de Bruxelles. Moi, je sais juste que j’aime les ciels, que j’aime les nuages et que j’aime cette photo.

L’une ici, l’autre ailleurs

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Quelqu’un un jour a dit de moi que je n’avais pas de vie, que je passais ma vie devant l’écran, les mains sur un clavier. Or, j’ai une vie, n’en déplaise à certains. Ou plutôt deux, qui s’entremêlent parfois. L’une ici, l’autre ailleurs.

Et dans celle-ci, des moments de bonheur et de complicité que je ne vis qu’ici. Des moments de partage. Qui n’existeraient pas sans vous, lumières posées sur mon chemin. Des moments qui sont aux couleurs d’une photo de Géraldine.