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Les pendules de Dana

Le cœur de Dana est une pendule, il fait tic tac tic tac.

C’est peut-être la raison pour laquelle Dana a une telle passion pour les horloges, les montres et les réveille-matin. Elle passe d’ailleurs ses journées à les démonter et à les remonter afin de les offrir à ceux qu’elle aime. Et leur offrir par la même occasion du temps personnalisé : à sa maman du temps qui s’arrête; à son papa du temps pour rattraper le temps perdu; à sa grand-mère du temps pour passer le temps; à son frère du temps à perdre.

Le cœur de Dana fait tic tac tic tac.

Et le nôtre aussi.
Alors qu’on voudrait juste un peu de temps. Pas beaucoup. Pas tant que ça. Juste assez de temps pour avoir le temps de la serrer dans nos bras pour que nos tic tac battent à l’unisson.

Vous l’aurez sans doute compris : j’ai adoré Les pendules de Dana.

Ce que mots vous inspirent 885

Et cependant, savoir rêver – dût-on se réveiller par la suite – fait partie des qualités nécessaires à un artiste. (Gidon Kremer)

*toile d’Ana Muñoz Reyes

Ailleurs ici 4

je croyais m’être arraché la langue
mais elle parle malgré moi
arrêts bondissants
marée folle
qui ne se renverse pas

alors oui
c’est dit c’est ça
c’est là
écrire

Élisabeth Vonarburg, Ailleurs ici

*choix de la lectrice d’Arthur Merton Hazard

Un récit de voyage plus qu’un roman

Même le lecteur le plus aguerri se laisse parfois séduire par des titres ou des quatrièmes de couverture. Il faut avouer qu’On achève parfois ses romans en Italie, même s’il est long, est un bien joli titre pour un roman.

Or, le premier roman de Francis Catalano est bien davantage un récit de voyage qu’un roman. Et la très attendue Carolina F., annoncée dans le résumé comme une figure dominante du roman, celle vers laquelle tend le narrateur, n’avait fait qu’une courte apparition après plus de 150 pages, ce qui ajoute au problème de ce livre.

Francis Catalano, en réunissant ses souvenirs et en s’en fabriquant (peut-être) d’autres, nous transporte dans l’Italie des années 80 alors qu’il étudiait, à l’instar de son narrateur, à l’Université La Sapienza de Rome. Ce qui constitue là une belle occasion pour le jeune Québécois d’origine italienne de renouer avec le pays de ses parents et de faire connaissance avec une partie de la famille restée au pays.

Les lieux ne cesseront pas de se présenter à nous, de nous offrir couleurs et histoires qui les ont rendus célèbres, qu’il s’agisse de Sienne, Milan, Florence ou d’autres villes moins connues; autant de bonnes raisons de visiter un musée ou de fumer un joint.

Mais le roman demeure superficiel et l’auteur, malgré une grande connaissance de la langue française – et probablement une grande passion pour celle-ci à la lumière du vocabulaire recherché, voire même savant dans certains cas –, se perd dans des énumérations à n’en plus finir qui finissent par agacer au plus haut point le lecteur.

« Rome exerce un pouvoir sur l’inconscient, un pouvoir qui se lit jusque sur les lèvres des rêveurs », affirme le narrateur dès le début du roman. Est-ce cette attraction qui réduit le roman à un long récit de voyage et écarte les véritables émotions?

Il n’en reste pas moins que le récipiendaire du Grand prix Quebecor du Festival international de la poésie de Trois-Rivières avec Qu’une lueur des lieux, où il est question d’un autre voyage, celui-ci essentiellement aux États-Unis, manie les images poétiques avec talent. Mais il aurait fallu élaguer et choisir avec parcimonie les détails visant à maintenir l’intérêt du lecteur et étoffer les relations avec autrui pour qu’On achève parfois ses romans en Italie prenne son envol.

À dire vrai, la lecture du roman de Francis Catalano m’a souvent ennuyée. Tant et si bien que je l’ai étirée sur plusieurs semaines. Le plaisir a été remplacé par le pensum.

Mais, pour qui aime l’Italie, pour qui rentre de voyage à Rome ou y a vécu, On achève parfois ses romans en Italie peut se révéler bien autre chose et réveiller des souvenirs ou des envies de partir.

Texte publié dans

Titre pour le Défi Premier Roman

Ce que mots vous inspirent 884

Le temps modifie aussi l’âme des visages. (Yasmina Reza)

*toile de Bernard d’Agesci

Ailleurs ici 3

J’échange tout
mes cheveux flots de sang
emportements miraculeux
j’échange le lieu le mot
la matière
enfermés dans la plus petite besace

qu’il vienne alors
l’amour qui ne fait pas de quartier

Élisabeth Vonarburg, Ailleurs ici

*choix de la lectrice d’Ivan Nikolaevitch Kramskoy (ou Kramskoï)

La vie culturelle dans la France occupée

La vie culturelle dans la France occupée nous transporte à l’époque du Dernier métro de François Truffaut, alors que les cinémas étaient bondés pour deux bonnes raisons : on y offrait du rêve et il y faisait chaud en hiver.

Mais qu’en était-il vraiment de tous les aspects de la vie culturelle entre défenseurs de Pétain, collabos de tout acabit, délateurs et résistants? C’est ce que nous livrent ici Olivier Barrot et Raymond Chirat dans ce documentaire abondamment illustré où Paris ressemble souvent à une ville allemande avec tous les lieux dont se sont appropriés leurs voisins pendant quelques années.

C’est un grand tour d’horizon que font ici les auteurs de La vie culturelle dans la France occupée, puisque tout est passé au peigne fin, des éditeurs aux équipes techniques des studios de cinéma, même si, bien évidemment, ce sont les artistes (peintres, écrivains, acteurs — de cinéma et de théâtre) qui sont mis de l’avant ainsi que le rôle qu’ils ont joué au cours de « cette drôle de guerre » dont certains ne sortiront pas intacts (voire pas du tout, comme Brasillach).

Pan de l’Histoire en partie méconnu, du moins de l’autre côté de l’Atlantique, la vie culturelle sous l’Occupation, tant à Paris qu’à Lyon, puisque c’est dans ces deux villes qu’elle s’est le plus développée, nous est ici dévoilée, ce qui ouvre de nombreuses portes aux lecteurs curieux — dont je suis — qui voudront sûrement en apprendre davantage sur la liste Otto.

Un livre fouillé et sérieux. Comme je les aime.

L’univers d’Eva

L’auteure et illustratrice Eva Montanari, aussi sculpteure, originaire de Rimini (Italie), dont voici quelques illustrations mettant les livres à l’honneur, n’a pas fini de vous étonner. Prenez le temps de faire le tour de son univers. Je n’en dis pas plus!

Ce que mots vous inspirent 883

À quoi bon mettre tant de cœur, de foi, de soi, de sueur, d’intensité dans des aspirations qui, aujourd’hui, remplissent notre vie, mais constitueront demain de vagues souvenirs épars au milieu d’autres futilités? (Céline Belloq)

*toile de P. J. Crook

Ailleurs ici 2

Une lettre frappée du réel
résonne et puis se tait
ostracismes anciens

tout perdre
dernier vertige
sous la pierre ardente
entendre l’ivre éparpillé
aux grands balanciers du cœur

d’un serrement de mains
l’insistante
expérience d’exister

Élisabeth Vonarburg, Ailleurs ici

*choix de la lectrice d’Ann Ford