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Dora Maar, vue par Nicole Avril

« Je n’ai pas cessé de vivre avec toi bien que tu m’aies quittée longtemps avant ta mort », affirme Dora Maar, dans la peau de qui la romancière Nicole Avril s’est glissée le temps d’un roman. Ces mots s’adressent à Picasso, l’homme qui fut toute la vie de la photographe Dora Maar, laquelle abandonna son appareil pour des pinceaux après les photos qu’elle a prises de l’évolution de Guernica, l’un des plus célèbres tableaux de l’artiste espagnol.

Mêlant un « je » qui s’adresse au lecteur et un « je » qui s’adresse à Picasso, Dora Maar, née Henriette Theodora Marcovitch, ou Marcovich, aux dernières de sa vie, fait le bilan de celle-ci, ainsi que de sa passion pour celui qui l’a séduite puis abandonnée, et dont elle fut l’égérie pendant un peu moins de dix ans.

Inspirée par ses nombreuses lectures sur Dora Maar elle-même autant que sur l’époque où la vie de celle-ci fut intimement liée à celle de Picasso et de son entourage, Nicole Avril pose un éclairage sur une figure à la fois connue et méconnue, mais elle le fait sans complaisance. Ce qui ne nous empêche pas de nous attacher à Dora Maar, femme troublante et troublée qui méritait qu’on s’attarde sur elle et sur son œuvre, qu’il s’agisse de ses photos ou de ses peintures.

Quiconque s’intéresse à la peinture et apprécie qu’on fasse d’artistes haut en couleur des personnages romanesques ne pourra qu’apprécier le travail de Nicole Avril.

A time for love

« Shirley Horn aurait été contente. » Ce sont ces mots entendus à la radio qui ont attiré mon attention et m’ont fait tendre l’oreille. Puis j’ai compris. Oui, Shirley Horn aurait été plus que contente. Elle aurait été émue. Comblée. La Québécoise Térez Montcalm lui a rendu un magnifique hommage avec cet album dont elle avait, paraît-il, rêvé très longtemps avant d’oser l’enregistrer. Un album où elle a mis son cœur comme sa voix bien à elle, qui n’est pas celle de Shirley Horn. Une voix qui donne par moments le frisson, notamment dans A time for love que voici.

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détails ici

Les personnages de Valentin

Un univers plein d’imagination et de poésie que celui de Valentin Rekunenko dont voici quelques scènes livresques. La suite vous attend ici.

Ce que mots vous inspirent 562

La passion amoureuse ou un haut degré d’ambition ont, de tout temps, changé des gens raisonnables en fous qui déraisonnent. (Emmanuel Kant)

*toile de l’artiste danois HushMitNavn

Quelques poèmes de Rodenbach 4

Tel soir fané, telle heure éphémère suscite
Aux miroirs de mon âme un souvenir de site;
Sites recomposés, qu’on eût dit oubliés :
D’un canal mort avec deux rangs de peupliers

Dont les feuilles vont se cherchant comme des lèvres;
Et d’une âpre colline où de bêlantes chèvres,
Dont le cri se déchire aux épines aussi,
S’appellent l’une l’autre, et d’un air si transi!

Décor surtout des quais dormants en enfilade,
Pignons, rampes de bois par-dessus l’eau malade
Où chaque feu miré se délaye en halo,
Fragile et fugitif maquillage de l’eau

Qui, sous un heurt de vent, tout à coup s’évapore
Et fait que l’eau se mue en sommeil incolore!
Sites instantanés, comme à peine rêvés,
En contours immortels je les ai conservés

Et je les porte en moi, depuis combien d’années!
Seul un ciel identique, aux pâleurs surannées,
Triste comme celui qui me les faisait voir,
Les a ressuscités de moi-même ce soir;

Et c’est ainsi toujours qu’au hasard des nuages
Revivent dans mon cœur de souffrants paysages!

Georges Rodenbach, Le règne du silence

*choix de la lectrice signée Henry Meynell Rheam

Un paumé attachant

Carl White, photojournaliste de nuit pour Le Jour, n’a plus rien à perdre. Il a déjà tout perdu, avant, dans une autre vie. Voilà pourquoi il végète nuit après nuit depuis trois ans, affecté aux accidents de la route, aux règlements de comptes et autres incidents qui ont l’heur de se dérouler uniquement entre minuit et six heures du matin.

Bon dernier sur tous les coups, Carl White est là pour prendre quelques clichés. Pour que son journal ne soit pas en reste. Pour gagner sa croûte. Parce qu’il n’a rien contre cette vie-là. Rien pour non plus, disons-le. Il n’a surtout aucune motivation. Jusqu’à l’arrivée de Tania Ficanemo à L’Express, compétiteur du Jour, laquelle n’a pas envie de moisir aux faits divers longtemps.

À la suite du meurtre d’un ministre, les deux photographes, d’abord bons ennemis, seront forcés de faire équipe pour sauver leur peau à l’heure où ils en savent trop et où les cadavres commencent à se multiplier. Cela donne lieu à un roman bien ciselé, autant policier que psychologique, sur les drames humains et ceux qui les vivent. Un roman mené sur les chapeaux de roue qui laisse place aux sentiments, dont la peur et la générosité. Un roman qui dépeint des milieux (la police, les motards, la presse à sensation) et ceux qui en sont les figures dominantes, avec un grand sens du détail.

Premier roman de Guillaume Lapierre-Desnoyers, auteur de théâtre, comédien et metteur en scène, Pour ne pas mourir ce soir est une belle découverte. L’auteur sait créer des ambiances, des personnages et des situations, à un point tel qu’il vous sera difficile d’abandonner le livre en cours de lecture tant vous voudrez savoir ce qui arrivera aux deux protagonistes de cette enquête et découvrir si un lien qui dépasse celui de l’entraide se développera entre eux.

Carl White est un paumé attachant, Tania Ficanemo une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux. Leur rencontre autour d’un cadavre ne pouvait que faire des étincelles, lesquelles donnent lieu à un roman policier des plus réussis, qui nous donne envie de lire à nouveau Guillaume Lapierre-Desnoyers.

Texte publié dans
Titre pour le Défi Premier roman

À Montauban…

Lou a trouvé sur un mur le message d’un collectionneur bien spécial…

En mémoire de Vaclav Havel

C’est quand les écrivains nous quittent qu’on se dit qu’on s’était promis de les lire. Un jour. C’est quand ils ne sont plus là qu’on retrouve dans un cahier des mots qu’on avait notés un jour. Pour ne pas les oublier. Puisse-t-on ne jamais oublier celui qui a écrit ces mots :

« La sauvegarde de notre monde humain n’est nulle part ailleurs que dans le cœur humain, la pensée humaine, la responsabilité humaine. » (Vaclav Havel)

Ce que mots vous inspirent 561

L’amour c’est ce climat qui fait qu’un être s’accomplit. Pour qu’une plante pousse bien, il lui faut de l’humidité et de la lumière. Pour qu’un être pousse bien, il lui faut de l’amour et du respect. (Stan Rougier)

*toile d’Anna Francone

Quelques poèmes de Rodenbach 3

Seuls les rideaux, tandis que la chambre est obscure,
Tout brodés, restent blancs, d’ un blanc mat qui figure
Un printemps blanc parmi l’hiver de la maison.
Sur les vitres, ce sont des fleurs de guérison

Pareilles dans le soir à ces palmes de givre
Que sur les carreaux froids les nuits d’hiver font vivre.
Et dans ces floraisons de guipure on croit voir
Tous les souvenirs blancs parmi le présent noir :

Ce sont les rideaux clairs du berceau ; c’est la bonne
Aïeule aux cheveux blancs en bandeaux de madone;
Ce sont les grands jardins d’enfance où les pommiers
Étaient poudrés ; ce sont les cierges coutumiers

Et les nappes d’autel pour les communiantes;
C’est l’hostie aux lys purs de leurs lèvres priantes;
Puis c’est le clair de lune épars comme du lait
Dans la forêt magique où l’art nous appelait

Parmi sa gloire et ses blancheurs éternisées!
Puis la guirlande en fleur au front des épousées
Dont l’espoir doux se fane irréparablement
Parmi cette blancheur vaporeuse qui ment.

Car le leurre est rapide en cette ombre équivoque,
Et tous les autres blancs du passé qu’on évoque
Vont se faner avec les souvenirs d’amour
Quand descendra dans les rideaux la mort du jour.

Georges Rodenbach, Le règne du silence

*choix de la lectrice de Ceri Richards