Sur le chemin de la librairie, il y avait ce rectangle de couleurs. Magnifique. Je n’ai pas pu résister. Et je suis d’autant plus heureuse de n’avoir pas su qu’aujourd’hui il pleut et que ces fleurs sont plus que bienvenues!
Sur le chemin de la librairie, il y avait ce rectangle de couleurs. Magnifique. Je n’ai pas pu résister. Et je suis d’autant plus heureuse de n’avoir pas su qu’aujourd’hui il pleut et que ces fleurs sont plus que bienvenues!
J’ai été étourdie. Il est vrai que je n’étais pas allée chez mon libraire depuis juillet, lui préférant la bibliothèque et une librairie d’occasion. Et j’ai été étourdie comme je l’étais quand je voyais arriver septembre et ses caisses de nouveautés. Tous ces livres pour lesquels il faudrait faire de la place en tuant ceux qui étaient là et qui avaient eu la vie trop courte. Si courte que je les découvrais alors que leurs jours étaient comptés.
J’ai tourné quelques pages. J’ai attrapé celui qui faisait envie à maman pour lui faire surprise. Je suis allée au comptoir des réservations chercher le livre conseillé par Agnès. Et j’ai encore tourné quelques pages. La tête me tournait. Autant j’avais aimé ce métier, le contact avec les gens, autant je n’aime toujours pas que les livres disparaissent des rayons avant d’avoir vécu.
*toile de Sol Okpu
Dès les premières lueurs du jour, la lectrice de Nicolae Gropeanu s’installera à sa place habituelle, là où la lumière est la plus douce, la plus belle, donnant aux mots plus de tendresse et de saveur. Elle oubliera ce qu’elle attend, ce qu’elle espère, ces rêves impossibles qui lui tiennent lieu de vie. Puis, elle fermera la porte, elle ira marcher dans le matin aux couleurs qui sont encore celles de l’été, mais qui ne tarderont pas à changer. Et elle pensera aux mots qu’elle a lus.
La lectrice d’Israel Fornés a entendu dire que dans ses réserves l’ami Armando avait toute une série de photos de girouettes et elle se demande si un jour il les montrerait. Pas sûr qu’il n’a pas râlé un peu. C’est vrai que réduire les photos, c’est très long. Très, très long. Mais il y en a deux qui seraient si contentes.
Je suis la première enfance du monde
Je crée mot à mot le bonheur de l’homme
Et pas à pas j’efface la souffrance
Je suis une source en marche vers la mer
Et la mer remonte en moi comme un fleuve
Une tige étend son ombre sur ma poitrine
Cinq grands lacs ouvrent leurs doigts en fleurs
Mon pays chante dans toutes les langues
La lectrice d’Élisabeth Vigée Lebrun a tant aimé l’extrait de l’Ode au Saint-Laurent de Gatien Lapointe qu’elle a trouvé dans La poésie québécoise qu’il lui a fallu trouver le poème entier pour s’en imprégner. Quel bonheur : il est ici.
Et tout est pareil. Elle va s’asseoir à la même terrasse qu’autrefois. Elle marche dans le même parc qu’avant. Elle boit au même bol le café du matin. Il y a toujours le même nombre d’oreillers dans son lit et des livres qui traînent dans toutes les pièces.
Et pourtant, tout a changé, parce qu’ils se sont assis à cette terrasse. Parce qu’ils se sont roulés dans les feuilles du parc un jour d’automne. Parce qu’ils ont bu au même bol et partagé les mêmes oreillers. Parce qu’il lui a laissé des livres venus d’ailleurs et qu’il est parti avec d’autres.
La lectrice de Lynn Farmer Lehman, même si pour ceux qui la regardent semble toujours la même, ne peut plus l’être.
Tout a changé.
La disposition était trop jolie, tout comme les objets eux-mêmes. Et même s’il ne s’agit pas de fleurs, je crois que ces dessous méritaient qu’on s’y attarde. Non?
Et souvent, de plus en plus souvent, ce sentiment que le temps me glisse entre les doigts comme des grains de sable, alors que je rentre chez moi, mille histoires en tête, avec toutes ces idées à élaborer, les recherches à faire, les toiles à installer, les dimanches à préparer. Ce sentiment que tout va trop vite, qu’il n’y a jamais suffisamment d’heures dans une journée tant il y a de ces petits détails que je voudrais prendre plus de place. Tous ces livres qui attendent ici et là que je les ouvre, que je m’en imprègne, que les mots qu’ils portent glissent sur ma peau, tous ces personnages qui me viennent et que je voudrais raconter à la lumière de la petite lampe, comme celle du bureau peint par Anne-Catherine Phillips, alors que le soir nous tombe dessus de plus en plus tôt. Et ces musiques que je voudrais pouvoir écouter en ne faisant pas autre chose.
Et puis le temps
Qui glisse et file entre les doigts
Comme un torrent
Et que l’on tue en attendant
En espérant
Qu’un jour où l’autre
Arriveront de nouveaux temps
(paroles de M. Prezman et Pierre Delanoë)
Il y a tout de même quelque chose qui m’étonne. Comment certaines fleurs d’une même variété, les échinacées pour tout vous dire, peuvent tout juste d’ouvrir à certains endroits alors qu’ailleurs elles sont fanées depuis au moins trois semaines? Si quelqu’un a la réponse, j’aimerais bien la connaître…
Encore deux heures et je partirai sur les chemins les voir de plus près et pas juste sur mon écran… Deux petites heures…
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