Elle n’avait connu l’amour que dans les livres. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’avait jamais rien vécu. Mais autre chose que l’amour. Quelques étreintes brèves, quelques illusions, des mirages qui durent le temps d’un mirage et où on apprend que les hommes prennent mais donnent pas, sauf dans les livres.
Telle était la vie de la lectrice d’Amparo Cruz Herrera. Une vie qui avait fait d’elle une femme qui avait fini par croire qu’elle était de celles dont on profite en attendant de trouver mieux, une de celles qui ne valent pas la peine qu’on s’attarde, une femme sans intérêt. Si bien que les miettes lui suffisaient. Et puis, les autres étaient plus jolies, moins sérieuses, moins indépendantes, ou alors prêtes à tout et même à changer du tout au tout pour emprisonner un mâle dans leurs filets.
Telle était sa vie. Une vie où pendant quelques mois elle jouait le jeu pour ces miettes, pour aider tous les paumés de la terre qui croisaient son chemin, pour se sentir moins à l’écart, mais dont elle se retirait assez vite pour an an, deux ans, quelquefois plus. Elle ne valait pas la peine qu’on s’attarde. Elle l’avait compris. Aussi bien retourner au pays des livres.
Telle était sa vie. Une vie sans amour. Une vie semblable à des millions d’autres vies. Une vie qui aurait pu ne jamais changer. Elle s’était faite à cette idée. Elle faisait partie de celles qu’on ne voit pas. Parce que, sûrement, il n’y avait rien à voir.













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