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Lui, il lira!

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Il est tôt et la ville est presque silencieuse. Mais pas tout à fait. On entend là-bas le grondement des souffleuses, les moteurs des camions, le crissement des grattes. Ça s’active. Il faut vite se dépêcher de tout nettoyer, car le ciel se prépare à déverser deux nouvelles tempêtes, une dès la fin de l’après-midi et qui va durer jusqu’à demain midi, et une autre qui va débuter dans la nuit de samedi à dimanche et s’éterniser une partie de la journée.

Mais le lecteur de Paul Alan Bennett n’est pas tout préoccupé par la situation. Pas plus que moi il ne travaille ce vendredi et il a fait des provisions pour tenir le fort jusqu’à lundi. Et surtout, il a une bonne provision de livres. Qu’il neige, donc. Lui, il lira!

Aucune envie de partir

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La liseuse de Michel Attard n’a visiblement aucune envie de partir. Elle est si bien là, au milieu des livres. Et pourtant, elle est déjà prête, parce qu’ailleurs la vie l’appelle.

Comme je connais ce sentiment qui me prend au moment d’enfiler mes bottes alors que mon regard se pose sur une pile invitante. Et comme parfois j’aurais envie de retirer mon manteau et de prendre un livre au hasard…

Quand la neige est un poème

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Et je m’endormirai en rêvant que peut-être demain matin il y aura sur mon chemin d’aussi jolies traces que celles laissées il y a quelques semaines en Auvergne. Quant à les retenir avec autant de poésie que le fait Géraldine, là c’est une autre histoire…

Là où je t’aime

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« Là où je t’aime, le ciel n’a pas la même couleur, a écrit Barbelivien bien avant moi. Mais il n’a pas tout dit. Il n’a pas dit qu’il est plus bleu. Que le soleil y brille en permanence. Non, là où je t’aime, le ciel n’a pas la couleur que les autres décèlent. Il faut t’aimer pour voir comme ce ciel est resplendissant. Parce qu’il est morceau de toi et qu’incorporé à mon propre ciel, je suis enfin entier, et non plus en quête de toi. »

Bien sûr que les yeux de la lectrice de Michaela Moisl-Taurer se sont mouillés quand elle a découvert qu’il avait au bas de chaque page écrit un mot et qu’additionnés, tous ces mots donnaient cette dédicace. Oui, bien sûr que ses lèvres ont tremblé. Mais elle ne dira rien des larmes. Elle dira juste Tu me rends terriblement heureuse.

Si je pouvais…

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Peut-on aller des livres à l’écriture et ne plus faire que ça, ou presque? Ne plus avoir de quotidien que celui-là, loin du reste, loin des réunions entre amis, loin des sorties, loin de ce que d’autres appellent la vie, et être heureux? La lectrice/écrivaine peinte par Bascove affirmera que oui. Et moi qui chaque jour m’exile de plus en plus pour m’adonner à ces deux activités auxquelles se greffent la musique, un peu de cuisine, du cinéma et beaucoup de temps de rêver, vous affirmerai aussi que oui. Et que si je pouvais, je vivrais comme Marguerite Yourcenar. Une partie de l’année à écrire dans l’isolement d’une île pratiquement déserte et l’autre à voyager. Non, je ne suis pas Yourcenar, mais je dirai comme elle : Des moments libres. Toute vie bien réglée a les siens, et qui ne sait pas les provoquer ne sait pas vivre.

Le bonheur d’être deux et d’aimer les livres

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Elle a fait du thé et ils se sont assis face à face pour lire.

Or, il lève parfois les yeux pour la regarder et quand il la voit ainsi, heureuse, à touner les pages, il est lui aussi heureux.

Elle lève aussi parfois les yeux; elle lui lit une phrase qu’ils commentent.

À tour de rôle, ils versent le thé dans les tasses. Peut-être y a-t-il quelques notes de Satie ou de Debussy qui traînent dans l’air. Mais il y a surtout pour les lecteurs de Roger de La Fresnaye ce bonheur d’être deux et d’aimer les livres et la musique.

La peinture est une poésie qui se voit

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La lectrice de M. C. L. Fritzlin aime la poésie. Elle peut passer des heures en compagnie des poètes, allant d’un recueil à l’autre. Comme je peux le faire aussi. Comme je peux aussi aller d’un musée à une galerie avec la même passion. Comme si l’un et l’autre se complétaient.

Peut-être parce que comme l’a écrit Léonard de Vinci :

La peinture est une poésie qui se voit au lieu de se sentir et la poésie est une peinture qui se sent au lieu de se voir.

Les chevreuils

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C’est à mon amie France que nous devons ces chevreuils marchant dans la neige un jour de décembre. Celle-ci m’a d’ailleurs raconté que quand on croise on chevreuil, c’est une âme qu’on croise… Et quatre chevreuils, ça veut dire quatre âmes? Ça, je ne sais pas.

Mais la chose que nous pouvons d’emblée constater est le fait qu’ils semblent prendre grand plaisir à l’hiver. Faut-il être chevreuil pour aimer la neige à ce point?

Au chaud sous la couette

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Il me semble avoir eu froid aujourd’hui plus que je n’ai eu froid aucun jour de l’hiver avec le vent qui entrait par toutes les fenêtres… Si froid que j’ai fait comme la lectrice de Gillian Furlong : je me suis glissée sous la couette avec un gros pull, des bas de laine et un livre. Et quand j’en suis sortie, ça a été pour me faire un café bien chaud et et pour constater que le vent était enfin tombé…

Celle qui a choisi d’être heureuse

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Elle tourne les pages sans conviction. Ses pensées sont ailleurs, bien loin du papier glacé et des photos léchées du magazine ouvert sur ses genoux. Au delà des articles, des critiques littéraires et des conseils de beauté. Pourtant, la lectrice de Roman Maraz aurait bien voulu s’intéresser à la revue qu’elle a achetée. Mais elle n’y arrive pas. Trop de souvenirs remontent à la surface, trop de traces d’elle. Les ratés, les réussites, des gens, ce qu’on laisse derrière soi et ce qu’on s’empêche – ou nous empêche – de vivre. Tout ce qui fait qu’un jour l’article qu’on lit ne fait plus sens. Parce que pour tellement de choses il est trop tard. Ou que ce ne sera jamais la bonne heure. Ou parce qu’elle ne deviendra jamais celle-ci ou celle-là.

Car il y a longtemps qu’elle n’est plus celle qu’on aurait voulu qu’elle soit. Bien longtemps. Et tant mieux, ou tant pis. Tout dépend de la manière dont on regarde les choses. Tout n’est jamais blanc, tout n’est jamais noir.

Et même si les erreurs, les errances, cette assurance de se connaître soi-même, ce bonheur de savoir être heureuse des petits détails souriants du quotidien sans attendre des bouleversements ou des changements de cap. Et ça ne veut pas dire se contenter de peu. Non. Ça veut peut-être simplement dire qu’elle a choisi d’être heureuse. Vraiment heureuse. D’une manière dont jamais aucun magazine ne parlera jamais.