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La patience a ses récompenses

Quel album plein de douceur et d’amour que Ma maman ballon, écrit et illustré par Marie-Isabelle Callier, lequel aborde la grossesse difficile d’une maman. Celle-ci doit en effet rester au lit et restreindre la plupart de ses activités, notamment celles qui tiennent tant à cœur à sa fille, qui se considère négligée jusqu’à ce qu’elle ait compris à quel point il est important que sa mère en fasse moins pendant quelques semaines.

Dans quelques mois, la petite aura un rôle important à jouer. Celui de grande sœur. Mais pour cela, il faut pour le moment ne pas fatiguer maman, ne plus jouer avec elle. C’est loin d’être facile. Mais papa est là qui fait de son mieux et puis, ça ne durera pas toujours. La patience a ses récompenses.

Ma maman solo, un bien bel album sur un sujet rarement (sinon jamais) traité dans la littérature pour enfants. Un livre qui devrait se trouver sur les rayons des bibliothèques scolaires. Entre autres.

Il voulait qu’on l’appelle Guignol

Avec Il voulait qu’on l’appelle Guignol, Olivier Desvaux signe son deuxième album destiné aux jeunes. Un album qui m’a laissée perplexe, pas certaine d’avoir saisi la portée et le sens de cette histoire où se voit entraîné un jeune marionnettiste transformé en marionnette, ce qui l’amène à vivre des situations hors du commun et à constamment repartir à zéro. Jusqu’à ce qu’il comprenne qui tient les ficelles et constate à quel point il n’a aucun pouvoir sur sa propre vie.

Est-ce ce message que j’ai envie de transmettre aux jeunes? Ai-je le goût de leur dire qu’ils ne peuvent rien faire pour changer le cours des choses? Non. C’est pourtant ce qui se dégage de cet album qui, visuellement, est une totale réussite mais qui, à cause du message qu’il sous-tend, m’empêche de le recommander.

Dommage.

L’orchestre de la pleine lune

J’aimais l’idée proposée par le titre. Un orchestre. La pleine lune. Mais autant j’ai aimé l’idée de départ, autant je n’ai pas aimé l’album. J’ai tout de suite été gênée par cette image du père devant la télé avec sa bière à la main, nullement intéressé par sa fille qui fait le poirier, voire même agacé parce qu’elle ne va pas se coucher et qui se voit « sauvé » quand elle est happée par le plafond. En effet, à force de se tenir sur la tête, Anna est projetée dans un monde où le sol et le ciel ont changé de place.

C’est ainsi qu’elle fait la connaissance des membres de l’orchestre de la pleine lune qui la font monter dans leur vaisseau spatial. Ce sera pour elle une belle occasion de danser toute la nuit. Elle n’aura plus qu’à se glisser sous les draps quand plafond et plancher sauront repris leur place après. Nul ne s’est rendu compte de rien et ses parents dorment comme des loirs. Pas inquiets pour un sou de la disparition de leur fille.

J’ai été tellement dérangée par le fait de constater la chose que je n’ai pas été en mesure d’apprécier le côté ludique de l’album (l’album change de sens de lecture quand Anna passe d’un univers à l’autre en faisant le poirier) ou la partie musicale de celui-ci.

Et pourtant j’aimais l’idée d’un orchestre. L’idée d’une pleine lune.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots challenge-des-notes-et-des-mots-4.jpg

Où êtes-vous, Monsieur Degas?

C’est la découverte des illustrations d’Eva Montanari qui m’a donné le goût d’aller plus loin. C’est ainsi que j’ai mis la main sur la traduction de son album Où êtes-vous, Monsieur Degas? pour lequel j’ai eu un véritable coup de foudre.

L’auteure et illustratrice, le temps d’une course folle dans Paris, donne l’occasion à une jeune héroïne, un des petits rats de l’Opéra, de rencontrer les grands maîtres de l’impressionnisme alors qu’ils sont en train d’apporter la touche finale à certaines des toiles qui les ont rendus célèbres. Tout ça parce que Monsieur Degas a quitté la salle de répétition en apportant le sac qui contient son tutu plutôt que le sien.

Caillebotte, Renoir, Monet, Mary Cassatt et bien évidemment Degas sont les héros de cet album qui dépasse l’histoire d’un sac pour devenir une véritable initiation à l’impressionnisme alors qu’en fin d’album les tableaux qui ont inspiré Eva Montanari nous sont présentés. Une belle réussite.

Un livre à oublier

Le livre fermé, on se demande comment on a pu choisir un tel livre alors qu’il y avait sûrement juste à ses côtés d’autres livres qui en valaient sûrement plus la peine que celui-ci. Mais à quoi bon tourner le fer dans la plaie? C’est fait, c’est-à-dire choisi et lu. Ne reste plus qu’à oublier J’ai besoin de toi plus que je ne t’aime et je t’aime si fort du Suédois Gunnar Ardelius. Déjà qu’un titre pareil, c’est suffisant pour le déformer sans faire d’effort.

Et pourtant, le quatrième de couverture laissait entendre que ce livre avait été un succès dans sa langue maternelle, qu’il était plus ou moins inclassable par sa forme et qu’il avait pris tout le monde par surprise à cause de originalité. Or, ce premier roman, destiné aux 15 ans et plus, que l’éditeur n’a pas cru bon de paginer, est un ramassis de chapitres courts faits d’instantanés de peu d’intérêt. Cette supposée histoire d’amour qui nous est racontée au moyen de ceux-ci nous donne un roman décousu et sans intérêt.

Il n’en reste pas moins que j’ai retenu une phrase :
« Quand sait-on que c’est fini?
– Peut-être quand on se sent plus amoureux de ses souvenirs que de la personne qu’on a devant soi. »

Mais c’est tout ce que je retiendrai. J’ai besoin de toi plus que je ne t’aime et je t’aime si fort fait partie des livres à oublier.

Titre pour le Défi Premier Roman

Vrai de vrai, papi?

Le grand-père de Louis avait une telle imagination et une telle force de conviction qu’il pouvait faire croire à son petit-fils que aventures les plus rocambolesques et les personnages les plus invraisemblables étaient plus réels que réels. Pas étonnant que Louis ne se lasse pas des histoires de son grand-père et en redemande.

Mais vient un jour où le grand-père de Louis tombe malade et commence à perdre la mémoire. Il n’arrive plus à se souvenir des histoires qu’il racontait il y a encore peu de temps. Il s’emmêle dans ses personnages.

Mais Louis est là. Il n’a rien oublié, lui. Ni ce personnage quelque peu loufoque ni cette situation hors de l’ordinaire. Il prendra donc le relais. C’est lui qui racontera. Grand-père écoutera. « Vrai de vrai, Louis? » deviendra « Vrai de vrai, papi? »

Une histoire émouvante, des personnages attendrissants, voilà ce que propose cet album d’Émilie Rivard, illustré par Anne-Claire Delisle. Au fait, je vous ai dit que j’ai beaucoup aimé cet album?

Les pendules de Dana

Le cœur de Dana est une pendule, il fait tic tac tic tac.

C’est peut-être la raison pour laquelle Dana a une telle passion pour les horloges, les montres et les réveille-matin. Elle passe d’ailleurs ses journées à les démonter et à les remonter afin de les offrir à ceux qu’elle aime. Et leur offrir par la même occasion du temps personnalisé : à sa maman du temps qui s’arrête; à son papa du temps pour rattraper le temps perdu; à sa grand-mère du temps pour passer le temps; à son frère du temps à perdre.

Le cœur de Dana fait tic tac tic tac.

Et le nôtre aussi.
Alors qu’on voudrait juste un peu de temps. Pas beaucoup. Pas tant que ça. Juste assez de temps pour avoir le temps de la serrer dans nos bras pour que nos tic tac battent à l’unisson.

Vous l’aurez sans doute compris : j’ai adoré Les pendules de Dana.

Mamouchka

Je ne sais pas si je peux recommander Mamouchka et le coussin aux nuages. Non, je ne sais pas. Car, même si je me suis laissée emporter par les très beau conte imaginé par Michel Piquemal, je pleurais quand j’ai fermé le livre.

Je suis pourtant convaincue que l’auteur a plutôt voulu rendre la mort plus douce aux yeux des enfants — et non pas les attrister — en imaginant un coussin magique qui a permis à Mamouchka de faire le tour de sa vie afin de revoir une dernière fois les moments les plus heureux de celle-ci avant le grand voyage.

Et comme Mamoucha, j’ai souri quand Igor l’a fait danser. Ou quand elle a revu ses filles chanter. Et c’est ainsi que Mamouchka s’est éteinte. Sourire aux lèvres. La tête et le cœur emplis de souvenirs.

Mais fallait-il que ce soit ses voisines qui constatent son décès plutôt qu’une de ses filles? L’histoire aurait bien pu se terminer sur une image de Mamouchka endormie pour toujours, souriante au lieu de nous fournir ces détails.

Voilà pourquoi j’ai pleuré. Voilà aussi pourquoi j’ai du mal à recommander cet album pourtant magnifiquement illustré par Nathalie Novi.

L’heure bleue

Certains albums sont si beaux, si poétiques, si bien illustrés et écrits avec tant d’imagination que le message qu’ils nous laissent reste en nous longtemps, très longtemps. Tel est le cas du livre de Massimo Scotti, L’heure bleue, une heure bleue qui n’a rien à voir avec celle des Quatre aventures de Reinette et Mirabelle, et qui se situe en fin de journée plutôt qu’au petit jour.

C’est de cette heure magique, de cette heure de tous les possibles dont il est question ici alors que Tony Tanner, représentant en philatélie, trouve, avant de prendre le train, abandonné sur un banc, le journal d’Hortense qui date du XVIIIe siècle. Laquelle surgira dans son wagon, comme extraite de son journal, le temps de lui parler de celui qu’elle a aimé, l’immortel comte de Saint-Germain, puis de disparaître, laissant Tony quelque peu perplexe tandis que le paysage défile devant lui. Mais ce n’est pas la seule surprise qui l’attend (et qui attend aussi le lecteur) dans cet album destiné à un jeune public du deuxième cycle du primaire, aux illustrations absolument fabuleuses signées Antonio Marinoni, architecte et professeur d’art. Chaque page tournée en apporte une nouvelle.

En fait, L’heure bleue ne pourra que vous séduire. J’en suis convaincue.

Le cœur en sûreté

J’ai tant aimé L’extraordinaire garçon qui dévorait les livres que je n’ai pas attendu très longtemps avant de me plonger dans un autre album de l’auteur et illustrateur d’origine irlandaise Oliver Jeffers.

Or, Le cœur & la bouteille est d’un tout autre registre puisqu’il aborde la mort d’un grand-parent. Sans que ça ne soit jamais dit de façon explicite. Ce qui n’enlève rien à la force de cet album. Au contraire.

Puis, un jour, le fauteuil de celui avec qui « une petite fille comme les autres » partageait son émerveillement, sa passion pour les étoiles et pour l’océan, est vide. Et parce qu’elle ne supporte pas ce chagrin, parce que son cœur lui fait mal, elle décide d’emprisonner ce dernier dans une bouteille pour qu’il ne batte plus dans sa poitrine. Mais un cœur ne sert pas qu’à la douleur. Elle le comprendra peu à peu à mesure que son intérêt pour la plupart des choses qui l’intéressaient avant disparait.

Mais veut-elle vraiment vivre ainsi, le cœur en sûreté, mais à l’écart de toutes les beautés du monde?

Voilà ici un très bel album sur le deuil. Plein de poésie. Sans larmes. Ouvert sur la vie. Raconté et illustré magnifiquement. Simplement. Du fond du cœur.
Un livre qui devrait, à mon avis, se trouver dans toutes les bibliothèques publiques et scolaires.