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L’étang aux nénuphars

J’avais dévoré Une île trop loin d’Annika Thor. La même chose est arrivée avec L’étang aux nénuphars, le deuxième tome de cette tétralogie qui relate les aventures de deux jeunes sœurs autrichiennes de confession juive qui ont été envoyées en Suède avant le début du conflit alors que le nazisme montant ne laissait rien présager de bon pour les Juifs.

Alors que dans le premier tome les deux sœurs, bien que vivant dans deux familles, n’étaient pas éloignées l’une de l’autre puisqu’elles habitaient le même village, elles se voient ici séparées, Stephanie, l’aînée étant partie en ville poursuivre ses études. C’est d’ailleurs surtout de Stephanie dont il est question dans L’étang aux nénuphars et de toutes les difficultés auxquelles elle se trouve confrontée alors qu’elle loue une chambre d’une riche famille en même temps qu’elle est sans nouvelles (ou presque) de ses parents.

Amoureuse pour la première fois, victime de mensonges, aux prises avec toutes les questions propres à l’adolescence et à celles beaucoup plus graves entourant son avenir alors que la guerre prend de l’ampleur, Stephanie demeure Autrichienne et Viennoise, même si ses souvenirs commencent à s’estomper alors que sa sœur est résolument tournée vers l’avenir et même prête à se faire Suédoise.

Annika Thor, avec ce deuxième tome, nous offre un roman enlevant dont elle prend soin d’installer le contexte en résumant en quelques lignes le premier, et nous tient en haleine jusqu’à la dernière ligne. Ce qui bien sûr incite tout lecteur à vouloir connaître la suite sans attendre.

J’ai donc dévoré L’étang aux nénuphars qui raconte la deuxième année de Stephanie et de Nelli loin des leurs et de leur pays. Me croirez-vous si je vous dis que je me propose de lire Les profondeurs de la mer sans tarder?

La boutique jaune

Je n’avais lu jusqu’ici de Jeanne Benameur que Les demeurées, un magnifique roman don la lecture m’avait tant emballée que je promettais de lire d’autres de ses livres. Puis, le temps a passé et je me suis laissée séduire par nombre de livres depuis. Tant et si bien que j’en avais presque oublié la lauréate du prix Unicef en 2001. Jusqu’à ce que je croise La boutique jaune, un des nombreux romans destinés aux jeunes qu’elle a écrits et qui m’a enthousiasmée dès le quatrième de couverture et qui n’a pas cessé de de le faire jusqu’à la dernière ligne.

La boutique jaune, c’est celle que Marion, 16 ans, qui veut devenir photographe, croise jour après jour sur sa route et aussi la porte voisine de celle d’Albert, un vieux monsieur avec qui elle se lie, lequel connaît bien cette boutique qui est fermée depuis très, très longtemps puisque son existence est liée à un pan de sa propre vie. Or, la boutique n’est plus désert(é)e. Des squatters, une femme et son fils, semblent y avoir élu domicile. D’où viennent-ils? Pourquoi ont-ils choisi ce lieu plutôt qu’un autre?

Les résultats de l’enquête menée par Marion et ses amis seront probants. Ce n’est pas le hasard, mais le passé et les gènes qui ont poussé cette femme sans racines dans ce lieu dont elle a entendu parler. Parce que là, et seulement là, elle pourra trouver des repères et une identité.

La boutique jaune porte sur la tolérance, les racines et l’identité. Avec subtilité et tendresse, Jeanne Benameur a créé des personnages attachants qu’aucun lecteur n’oubliera.

Alice au pays du Cancer

Il existe peu de livres destinés aux enfants sur ce sujet difficile à aborder qu’est le cancer. Ils sont pourtant nécessaires à l’heure où deux personnes sur cinq recevront au moins un diagnostic de cancer au cours de leur vie. D’autant plus nécessaires qu’il est difficile de trouver les mots justes quand il s’agit d’en parler à des enfants dont un des parents est atteint.

C’est ce qu’aborde Alice au pays du Cancer, un bel album où une petite fille se voit confrontée à la maladie, son père lui ayant annoncé que sa mère était pour le moment au pays du Cancer. Un pays qu’Alice ne connaît pas. Un pays qui n’est répertorié nulle part. Un pays mystérieux dont on ne revient pas toujours, a-t-elle appris, mais qu’elle a bien l’intention de visiter afin d’en ramener sa mère.

Mélangeant l’imaginaire (le pays du Cancer) et des données médicales justes et détaillées, Alice et le pays du Cancer ne reste pas à la surface des choses. Il y a donc beaucoup de texte. Trop? Je ne crois pas. Des spécialistes de l’association belge Cancer & Psychologie ont collaboré de près à cet ouvrage écrit par Martine Hennuy et Sophie Buyse, et illustré par la jeune illustratrice Lisbeth Renardy, originaire de Liège. Ils étaient donc à même de valider le contenu, d’éliminer certains détails, d’en ajouter d’autres, d’ajuster le niveau de langue tout en informant de façon claire l’enfant et en fournissant aux adultes (membres de la famille, professionnels de la santé, enseignants, etc.) un outil pour soutenir l’enfant touché par la maladie d’un parent (ou même d’un grand-parent).

Ce n’est pas parce que le sujet est grave qu’il faut que les livres qui y sont consacrées soient gris et démoralisants. Alice au pays du Cancer, même si c’est est un album réaliste, est coloré, voire même souriant, à l’heure où les taux de survie ne cessent de grimper.

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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Petit Pablo deviendra grand

« J’ai mis toute ma vie à savoir dessiner dessiner comme un enfant. »

C’est sur cette citation de Picasso que se termine le livre de Karim Ressouri-Demigneux consacré à l’enfance du plus célèbre peintre du XXe siècle. Illustré par Zaü, Petit Pablo deviendra Picasso, publié dans la collection Petit deviendra grand des éditions Rue du Monde, offre aux jeunes lecteurs une façon bien agréable de faire connaissance avec celui qui a marqué la peinture dès 1907. En effet, quand le jeune Pablo Ruiz, qui a choisi de porter le nom de famille de sa mère, signe Les demoiselles d’Avignon, il n’a que 25 ans.

Le livre, qui compte une quarantaine de pages, ne prétend pas faire le tour de la vie de Picasso, pas plus qu’il ne tente d’expliquer en quoi l’artiste espagnol a révolutionné les règles de la peinture. Petit Pablo deviendra Picasso a plutôt pour but de piquer la curiosité des enfants en nous le montrant sans cesse en train de dessiner, car à peine savait-il marcher qu’il réclamait déjà des crayons.

Voilà ici une belle entrée en matière pour parents et éducateurs prévoyant une visite au musée. Et pour tout enfant curieux de tout. Je sais qu’il y en a encore.

Le dévoreur de livres

Dévorer des livres fait partie de mes activités quotidiennes. Peut-être même des vôtres. Mais elle n’a rien à voir avec ce que fait Henri des livres : il les mange. Si, si, de la première à la dernière page, en quantité folle, de tous les genres, de tous les formats, sur tous les sujets. Sa faim est sans fin. Surtout que plus il mange de livres, plus il apprend de choses, plus il devient intelligent. Comme si son cerveau s’appropriait la moindre information digérée par son estomac. Et plus il apprend, plus il veut apprendre. Si bien qu’il en finit par avaler les livres sans les mâcher.

L’extraordinaire garçon qui dévorait des livres imaginé par Oliver Jeffers devra pourtant un jour cesser de manger des livres. Son estomac ne les digère plus. Son cerveau est confus. Il n’arrive plus à faire des additions ou des phrases. Et s’il lisait? Du dévoreur de livres au sens propre, Henri devient un dévoreur de livres au sens figuré. Ce qui nous donne un magnifique album, car les illustrations d’Oliver Jeffers sur feuilles lignées, papier quadrillé, cartes géographiques, pages de dictionnaire, sont colorées et amusantes.

Et si jamais il manque un morceau à la couverture, ne vous inquiétez pas. Henri a croqué un morceau de chacun des exemplaires qui ont été mis sur le marché.

Titre pour le Challenge « Le nez dans les livres »

À la cour du Roi-Soleil

Je lis rarement des romans historiques, qu’ils s’adressent aux jeunes ou aux adultes. Mais qui dit rarement ne dit pas jamais. Je me suis donc laissée tenter par Les orangers de Versailles d’Annie Pietri, coup de cœur de ma bibliothèque de quartier, sans savoir qu’il s’agissait du premier roman d’Annie Pietri, orthophoniste de formation, qui se consacre à l’écriture depuis 2004.

Passionnée par l’époque de Louis XIV, elle met en scène dans ce premier roman Marion, une jeune fille de 14 ans, fille d’un jardinier du château de Versailles, qui a été choisie pour servir la favorite du Roi-Soleil, madame de Montespan. Or, Marion a d’autres talents. Sa maîtresse le comprendra bien vite puisqu’elle lui confiera la fabrication de parfums sans lui en attribuer les mérites, ce qui blessera profondément la jeune fille qui découvrira ainsi ce que peut cacher le semblant de bonté de celle qui rêve d’être reine. Et qui est même prête à tout pour y arriver, même si cela veut dire éliminer sa rivale.

Mais c’est sans compter sur Marion, son intelligence, sa perspicacité., son sens de la débrouillardise. Car elle n’est pas qu’un « nez », comme nous le prouvera cette incursion dans l’Histoire.

Voilà là un très bon premier roman qui semble bien connu outre Atlantique, étant à l’étude dans nombre de classes, mais pas ici, et que j’ai découvert avec grand plaisir. Si bien que je compte bien lire la suite des aventures de Marion Dutilleul.

Titre pour le Défi Premier Roman

Brise glace

J’aimais le repli d’Aurélien. Son silence. Sa solitude volontaire. Sans que je sache les raisons de celle-ci. Puis, j’ai aimé l’intérêt d’un élève de sa classe pour cet être fragile, portant un lourd secret que la poésie arrivera peut-être à faire jaillir. Car c’est là l’intention de Thibaud. Sortir Aurélien de son mutisme grâce au slam.

Mais fallait-il que Thibaud connaisse le secret d’Aurélien à cause d’un article dans le journal? Qu’il choisisse de pousser l’adolescent à le dire tout haut pour s’en défaire? Fallait-il vraiment qu’une trahison s’ajoute à cette douleur avec laquelle Aurélien vit depuis des années?

J’avoue que jusqu’à ce que je découvre les véritables intentions et motivations de Thibaud, qui voit là l’occasion de faire une bonne action, je m’étais laissée porter par l’histoire, par les personnages, notamment ceux qui animent et fréquentent des soirées de slam. J’avoue aussi qu’à partir du moment où j’ai compris ce qui se passait, j’ai eu beaucoup moins d’intérêt pour le roman.

Et pourtant, l’idée de réussir à sortir de soi grâce à la poésie et à l’amitié était belle.

Pourquoi alors faire d’un drame un mélodrame?

La danse de Fiona

Il est des livres dans lesquels on entre avec un tel plaisir qu’on sait d’emblée qu’ils vont nous plaire. Ça a été le cas de La danse de Fiona, dont l’action se déroule en Irlande, pays des fées et des farfadets par excellence.

Padraig O’Hara, un jeune violoniste itinérant, vient de poser son sac à
Kilmallock. C’est là qu’il va faire la connaissance de la rousse et ensorcelante Fiona qui, année après année, à l’occasion de la fête annuelle du village, met au défi tout musicien de jouer aussi vite qu’elle danse.

Celui qui réussira pourra l’épouser. Or, personne n’a jamais réussi jusqu’ici. Ce qui attisera les ardeurs de Padraig, qui va jouer de plus en plus vite pour suivre la cadence effrénée de la belle Fiona. Jusqu’à ce qu’il doive déclarer forfait. Plus d’une fois, car le jeune violoniste est entêté et passe l’année suivant la fête à pratiquer afin de réussir à remporter ce défi douze mois plus tard.

Et si Fiona avait un secret? Et s’il parvenait à le découvrir? Les yeux de Fiona ne le valent-ils pas?

La danse de Fiona plaira à qui aime la musique, l’Irlande, les contes de fées et les histoires qui finissent bien, et vous donnera peut-être même envie de giguer ou de partir pour l’Irlande. La saint Patrick est dans 25 jours.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots challenge-des-notes-et-des-mots-4.jpg

Les trois rives du fleuve

Il est rare de trouver une écriture aussi poétique pour s’adresser à un public de douze ans et plus que celle d’Adeline Yzac dans Les trois rives du fleuve. Une écriture qui bouleverse le lecteur parce que les mots sont utilisés avec parcimonie en ne ménageant pas l’effet. Parce que les images fortes qui se révèlent au détour de chacune des phrases vous font entrer dans un monde où vont se croiser trois âmes blessés qui ne savent pas ce qui les attendent. Nora, treize ans, qui a peut-être commis l’irréparable. Toby, cinq ans, dont la mère est chaque fin de semaine victime de la brutalité de son papa. Daniel, un médecin solitaire, qui a du mal avec les autres.

Chacun d’eux est à un tournant de sa vie. Le fleuve les réunira. C’est au bord de celui-ci qu’a choisi de vivre Daniel, loin des siens, loin de la ville. C’est là que se sont réfugiés Nora et Toby qui ont perdu leur chemin. C’est là que va se jouer le destin de chacun. Ensemble et séparément.

Adeline Yzac ayant choisi d’accorder à chacun des personnages et à tour de rôle un chapitre, vous serez pris dès les premières lignes par l’histoire de Nora qui ouvre le livre. Puis par celle de Toby qui vous fera peut-être verser quelques larmes. Et finalement par celle de Daniel. Il se peut même que vous vous demandiez pourquoi vous êtes en train de lire quelque chose de si triste. Mais en même temps vous serez touchés par les personnages, par cette pudeur empreinte de poésie dans l’écriture d’Adeline Yzac, et vous vous attacherez à eux.

Puis, vous fermerez le livre après une fin où chacun trouvera son chemin afin de marcher vers demain sans trop de tristesse. Et longtemps, très longtemps, vous penserez à Nora, à Toby, à Daniel. Vous espérerez que quelque part au bord d’un fleuve chacun d’eux est heureux. Pour vous, ils ne seront plus des personnages.

Un bien joli conte philosophique

J’aime les beaux livres et je sais que je ne suis pas la seule grande personne à me délecter d’albums destinés aux petites mains. J’aime les beaux livres et Le roi qui désirait le Temps… est un beau livre. Un très beau livre. Un livre qui raconte l’histoire d’un roi, à une époque très ancienne, un roi qui s’ennuyait parce que tout était toujours pareil, immuable, sans surprise. Personne ne vieillissait, les feuilles ne changeaient pas de couleur, rien ne bougeait d’une journée à l’autre. C’était avant que le Temps existe, avant que le chambellan, constatant la tristesse du roi, n’aille — afin de s’approprier un jour la couronne — visiter un sage qui lui remit quatre sacs dont le roi déballera le contenu peu à peu.

Le roi connaîtra donc ce qu’est le Temps, tout ce qu’il apporte, tout ce qu’il permet de découvrir. Mais il ne sait rien des affres du temps et de la fin de la vie où nous emporte un jour le temps qui passe sans qu’on n’y prenne garde. Jusqu’à ce qu’il doive faire ses adieux à cette vie qui ne lui pas laissé de faire tout ce qu’il voulait faire, puisqu’il ne savait pas qu’un jour viendrait où il aurait fait son temps.

L’album signé Régine Joséphine et illustré par Selma Mandine nous apprend à quel point le temps est précieux, pourquoi il ne faut pas le gaspiller et surtout combien il passe vite. Tout ça avec beaucoup de douceur, des phrases courtes et simples, et des illustrations pleine page de toute beauté.

Un bien joli conte philosophe qui fera réfléchir petits et grands.