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Rebecca

C’est inspirée par ce qui s’est déroulé au Chambon-sur-Lignon, en plein Massif central, au cours de la Seconde guerre mondiale que Nathalie Somers a écrit Je me souviens, Rebecca, un roman historique et sentimental à la fois, destiné à un public jeunesse.

En 1942, alors que le village est toujours en zone libre, la population protestante accueille parmi les siens des enfants juifs que le pasteur de cette communauté en majorité protestante désigne sous le nom d' »anciens testaments » dans ses sermons colorés et convaincants. C’est ainsi qu’arrive un jour au village une jolie rousse dont André, un adolescent de quatorze ans, fait la connaissance et qui sera à jamais sa Rebecca, son premier amour.

Nathalie Somers, tout en ne négligeant aucun détail de ce qu’était la vie au Chambon-sur-Lignon, alors qu’il fallait tout de même travailler au champ et aller à l’école, nous dresse aussi un admirable portrait de ceux qui résistaient en tentant de ne pas se faire remarquer et de ceux qui tentaient de contrer leurs efforts, même si le personnage d’André demeure au cœur de chacune des actions de ce roman.

D’aucuns pourraient prétendre qu’il y a déjà suffisamment de livres sur le sujet. Je me souviens, Rebecca apporte pourtant un éclairage nouveau sur cette époque en mettant en scène une partie de la population qui a choisi de se liguer parce que ceux qui en faisaient partie savaient ce que signifient des mots comme mise et à l’écart et persécution.

Un beau roman, bien construit, solide et… émouvant. N’oublions pas qu’il s’agit aussi d’une histoire d’amour.

Les profondeurs de la mer

Avec Les profondeurs de la mer, nous retrouvons les personnages d’Une île trop loin et de sa suite, L’étang aux nénuphars, alors que Steffi, l’aînée, poursuit ses études en espérant la fin de la guerre et que la plus jeune s’est si bien acclimatée à sa vie en Suède qu’elle rêve d’être adoptée par sa famille d’accueil.

L’Autriche est loin, le conflit s’étire, les nouvelles qui proviennent d’Allemagne, d’Autriche, de Pologne et d’ailleurs ne sont pas bonnes et laissent présager le pire quand elles cessent d’arriver. Mais Steffi tient bon. Il le faut. Même si c’est difficile. Même si elle doit faire face à une certaine agressivité de la part de certaines personnes de son entourage. Même si elle risque de perdre sa bourse.

N’est-elle pas une privilégiée, elle qui a été accueillie par une famille suédoise alors que les Juifs d’Autriche et d’ailleurs commençaient à être touchés de près par les mesures instaurées par les dirigeants nazis? Oui, bien sûr. Elle le sait. Mais certains jours, elle voudrait pouvoir entendre la voix de sa mère, demander conseil à son père alors qu’elle a choisi de pratiquer plus tard la médecine pour suivre ses traces.

Or, Steffi ne compte pas se laisser intimider. Ni baisser les bras. Et c’est ce qu’elle nous prouve une fois de plus dans le troisième tome de cette tétralogie signée Annika Thor consacrée aux quatre années que deux jeunes Autrichiennes de confession juive ont passées en Suède lors de la Seconde guerre mondiale. Un livre encore une fois sensible. Et tout aussi haletant que les précédents puisque l’auteure réussit à nous faire vivre de si près ce qui arrive à Steffi qu’on a parfois l’impression d’être dans la peau de celle-ci.

Une série qui mériterait d’être connue de bien des enseignants. Entre autres. Car, on aura beau me dire le contraire et même tenter de me le prouver, je demeure convaincue que la littérature donne le goût de s’intéresser à l’Histoire.

Un accordéon sinon rien

Autant l’histoire racontée par Ingrid Chabbert est jolie, autant les illustrations de Manola Caprini sont peu intéressantes. Autant l’auteure réussit à prouver que l’accordéon peut être un instrument contemporain même s’il n’a plus la popularité qu’il avait autrefois, autant l’illustratrice avec ses décors et ses vêtements dépassés, ses coiffures vieillottes et ses visages d’homme avec quelques poils au menton plus ou plus ratés nous transporte dans le passé. Cet écart entre le récit et l’image est assez gênant et donne envie au lecteur de supprimer toutes les illustrations d’Un accordéon sinon rien!

Pourtant, elle est jolie l’histoire de Félicien qui n’en a que pour son accordéon et dont le talent fait la fierté de ses parents. Malgré les remarques désobligeantes des jeunes de son entourage. Une surprise de taille les attend tous, laquelle risque de changer bien des perceptions, ce qui est probablement le but de l’auteure. Dommage que son livre soit si mal servi par les illustrations.

pour le Challenge Des mots et des notes challenge-des-notes-et-des-mots-4.jpg

Cléofée

Cléofée n’est pas une fée qui y va de sa baguette magique pour un oui ou pour non. Elle préfère tricoter. Et pas n’importe quoi. Cléofée est une tricoteuse de mots. Et pas des plus faciles, de telle sorte que les très jeunes lecteurs trouveront avec raison cet album difficile d’accès alors que les illustrations des plus réussies de Barbara Brun ont de quoi séduire des lecteurs débutants.

Je suis donc un peu perplexe. Le public cible à qui sont destinés culotte en jersey d’onomatopées, veston tricoté d’allitérations, écharpe de gasconnades, jupettes de comptines burlesques, jacquard de pléonasmes et autres vêtements ne trouvera-t-il pas les illustrations un peu trop enfantines à son goût?

J’aurais tendance à croire que cet album se trouve dans une zone grise malgré ses qualités, justement parce que les uns le trouveront trop difficile et que les autres se trouveront trop « vieux » pour ce genre d’album.

Un enseignant serait peut-être en mesure d’évaluer avec plus de justesse cet album. Peut-être est-il davantage destiné au corps enseignant qu’aux enfants… Après tout, ce serait une bonne chose que les profs puissent aussi rêver!

Le livre qui vole

Le titre a tout de suite attiré mon attention. Le nom de l’illustratrice aussi. Je fais en effet partie des milliers de fans que doit avoir Rébecca Dautremer dont on reconnaît le trait dès les premières images. Il en va de même pour Le livre qui vole, qui relate l’histoire d’un album tombé d’un sac d’école à qui il va arriver toutes sortes d’aventures alors qu’il est emporté par le vent d’une scène à l’autre.

Si les illustrations sont magnifiques et invitent le lecteur à rêver et à aller au-delà de l’histoire proposée, le texte est à mon avis assez banal et n’est pas à la hauteur des illustrations. Il n’en reste pas moins que Le livre qui vole demeure un beau livre, un livre qui invite à la lecture comme au voyage. Et que j’aurai toujours un faible pour les livres qui ont pour sujet les livres.

Titre pour le Challenge « Le nez dans les livres »

L’histoire d’une petite danseuse

Certaines histoires sont de véritables poèmes en soi. Tel est le cas de La petite danseuse et le marionnettiste de la Suisse S. Corinna Bille qui met en scène une danseuse si petite qu’elle tient dans le fond d’une poche. Son maître l’exhibe parfois dans les foires. C’est à cette occasion qu’elle tombe aveuglément amoureuse d’un cavalier qui a sa taille. Mais la vie et les gestes du cavalier ne tiennent qu’à quelques fils : c’est une marionnette.

Ce sera pour la petite danseuse l’occasion de vivre son premier chagrin d’amour et pour les lecteurs de découvrir comment est née la première libellule.

Un bel album. Un très bel album illustré avec beaucoup de tendresse par Constanza Bravo, que la compagnie de théâtre Les montreurs d’images a mis en scène.

À offrir à toutes les danseuses de votre entourage. Petites ou grandes.

La révolte des princesses

Et pourquoi ce serait toujours aux princes d’avoir le beau rôle? Allez, pourquoi?

Les princesses en ont assez. Plus qu’assez. Elles ont choisi de se révolter. La Belle au bois dormant qui a dû dormir cent ans sans se laver les dents, la princesse au petit pois qui en a marre de dormir sur une pile de matelas, Cendrillon qui devait supporter la méchanceté de ses demi-sœurs et Blanche-Neige celle de sa belle-mère, sans oublier Shéhérazade qui a inventé des histoires pendant 1001 nuits pour avoir la vie sauve.

Vraiment, c’est assez! Il est temps pour les princes d’avoir une vie beaucoup moins facile et de gagner leurs baisers. C’est ce qu’ont décidé les princesses avec l’aide de Lisbeth Renardy et Céline Lamour-Crochet, illustratrice et auteure de cet album ludique, décapant, qui fera sourire bien des princesses, que leur couronne soit d’or ou de papier.

Ne vous étonnez pas si vous croisez dans un avenir proche des princes à qui on fait la vie dure, qui doivent faire du ménage ou s’attaquer à des dragons. Le règne des princes traditionnels n’est plus. Les princesses se sont révoltées. Même la princesse Lali. Si,si.

Le jardin imaginaire de grand-papa

Ce n’est pas parce que le grand-père de Théo a quitté sa maison pour un appartement qu’il ne peut plus avoir de jardin. C’est du moins ce qu’affirme Théo qui a une petite idée derrière la tête… Pourquoi ne pas créer un jardin imaginaire?

Théo a décidé de peindre un jardin sur les murs du balcon, un jardin à l’image de leur inspiration, un jardin comme nul autre jardin, un jardin qu’on peut modifier à sa guise et qui fait fi des saisons. C’est donc ce à quoi le jeune garçon s’appliquera pendant des heures et des heures, d’abord en compagnie de son grand-père, puis seul, en l’absence de ce dernier. Parce qu’il y a toujours une manière d’obtenir ce à quoi on tient. D’une manière ou d’une autre.

Et qui a dit que les jardins imaginaires ne pouvaient pas être aussi beaux que les vrais? Pas moi! J’adore le jardin du grand-papa de Théo!

Les aventures de la princesse Échalote

Décidément, on n’a plus les princesses qu’on avait! La reine Bergamote est totalement découragée. La princesse Échalote, sa fille, n’a rien à voir avec l’image traditionnelle qu’on se fait d’une princesse. Mais rien du tout! La princesse Échalote ne sait pas marcher comme tout le monde, elle préfère courir. Et pour ce qui est de valser, de se tenir à table, on repassera. Ces choses-là n’intéressent nullement Échalote, qui préfère courir et ne pas se peigner.

Mais la reine Bargamote a décidé qu’il était temps que sa fille apprenne les bonnes manières, du moins celles propres à une princesse et décide de l’inscrire dans une école où on apprend Comment devenir une parfaite princesse en cinq jours. Ce sera pour le lecteur l’occasion de constater à quel point la princesse Échalote n’a aucun talent pour tout ce qui est requis pour faire d’elle une parfaite princesse.

« De jolies petites princesses qui restent assises toute la journée, ce n’est pas bien difficile à trouver. Mais des princesses qui courent plus vite que celle-là, il n’y en a pas! » affirme la reine Bergamote à titre de conclusion. Beau message pour bien des parents qui voudraient tant que leurs enfants soient parfaits au lieu de cultiver leur différence. Heureusement, ma mère a vite compris (et sans que j’aie besoin de courir à perdre haleine) que je ne serais jamais une petite fille parfaite. Elle m’a sauvée de l’ennui.

Comment devenir une parfaite princesse en cinq jours : à offrir à toutes les mamans. Et à leurs filles, quand les premières auront bien compris le message.

Maya a perdu sa pantoufle

Rien ne va plus pour Maya! Juste au moment où maman l’appelle parce que c’est l’heure des crêpes, une de ses pantoufles manque à l’appel. Pas question de descendre sans celle-ci! Il faut de toute urgence retrouver la disparue.

Pour Maya, tenter de mettre la main sur sa pantoufle sera l’occasion pour elle de vaincre ses peurs et de faire appel à des personnages qu’elle préfère ignorer ou fuir d’habitude, comme le monstre de l’armoire, les moutons sous le lit, l’araignée au plafond. Que ne ferait-elle pas pour des crêpes!

Illustré avec juste ce qu’il faut de démesure pour donner aux uns un aspect terrifiant et à ceux qui font peur un aspect beaucoup moins rébarbatif, l’illustrateur Ian De Haes a su donner à l’album signé Charlotte Bellière assez de fantaisie pour donner du courage aux jeunes lecteurs qui trouveront dans la détermination de Maya de quoi contrer leurs propres peurs et les pousser à foncer! Une belle réussite!

Lu dans le cadre du Challenge « Littérature belge ».

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