Commentaires récents
Admin:
Archives:
juin 2026
D L M M J V S
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930  
Parce qu’on n’est jamais sûr de rien avec elle

Tatie Géraldine a quatre fois l’âge de Sophie. Mais elle ne les fait pas. Et de toute façon, elle ne sait pas quel âge elle a et n’a pas envie de le savoir non plus. Elle préfère à toute choses ses crayons de couleurs et ses peluches.

Tatie Géraldine croit même au père Noël, pour tout vous dire. Alors que Sophie, qui a le quart de son âge, n’y croit plus.

Tatie Géraldine ne sait pratiquement rien faire. Sauf dessiner. Merveilleusement, aux dires de sa nièce qui, un samedi sur deux, a la tâche de la surveiller quand sa mère doit s’occuper à autre chose.

Tatie Géraldine vit dans une autre maison avec d’autres grandes personnes qui ont gardé leur âme d’enfant. Et Sophie, du haut de ses neuf ans, même si elle trouve parfois que c’est beaucoup de boulot une tatie comme Géraldine, l’adore. Parce qu’elle ne cesse de l’étonner. Parce qu’on n’est jamais sûr de rien avec elle.

Tatie Gribouille, une histoire signée Mathis où la tendresse prend toute la place et fait fi des handicaps. Un bijou. Rien de moins.

Moineau, la petite libraire

Moineau, la petite libraire, le roman écrit par celle qui signait T. Trilby, a plus de trois quarts de siècle. C’est en effet en 1936 qu’a paru ce roman destiné aux jeunes qui raconte les aventures de Marie-Antoinette, dite Moineau, douze ans, qui doit faire face avec courage à un changement de vie. Son père, un banquier, vient de perdre toute sa fortune à cause de la crise. Il ne lui reste plus rien, ni appartement luxueux, ni meubles, ni voiture, et encore moins de château pour les vacances d’été. Sans la générosité de son cousin que ses enfants appellent « oncle Christophe », qui accepte d’héberger les siens, Moineau, ses parents et ses deux frères seraient à la rue. Mais ce n’est pas de bon cœur que l’oncle se porte au secours de membres de sa famille, mais parce qu’il se sent obligé de le faire, ceux-ci n’ayant pas d’autres parents.

Le père de Moineau est envoyé au Canada pour trois ans afin de diriger un obscur chantier de bois tandis que femme et enfants essaient de s’habituer à leur nouvelle vie. Plus de bridge et de théâtre pour maman. Plus d’Anglaise pour s’occuper des garçons. Plus de leçons privées à domicile pour Moineau. Et aucune indépendance puisqu’ils ne sont pas chez eux. Jusqu’à ce qu’une proposition se présente laquelle leur permettra de voler de leurs propres ailes. La maman de Moineau a accepté d’acquérir la librairie de la sœur de Mademoiselle, qui donnait des leçons à Moineau, car celle-ci veut prendre sa retraite. Et ce, même si elle n’a jamais travaillé de sa vie, même si elle ne connaît rien au monde du livre et à la papeterie. Même si mère et enfants vont se trouver plus à l’étroit que jamais.

Et comme un malheur ne vient jamais seul, alors que Moineau et ses frères profitaient enfin du bonheur d’avoir une maman à eux, disponible, même si elle travaillait beaucoup, celle-ci es opérée de toute urgence pour une appendicite, ce qui sera pour Moineau l’occasion de montrer à tous à quel point elle es débrouillarde. C’est d’ailleurs avec fierté qu’elle ouvrira ses livres quand l’oncle Christophe se déplacera afin d’en savoir plus. Il faut dire qu’il a une certaine affection pour Moineau, car elle a du caractère et lui fait penser à celui qu’il était plus jeune. À tel point qu’elle finira par changer le malcommode en bonhomme sympathique.

Moineau, la petite libraire finit bien, vous l’aurez compris. Mais le roman risque de ne plus intéresser quiconque aujourd’hui. Il a trop pris de rides. Les enfants d’aujourd’hui ne pourront s’intéresser à un roman qui met en scène des enfants qui prient et une gamine de douze ans qui tient boutique au lieu d’aller à l’école. Bien sûr, le livre est pétri de bonnes intentions. C’était de mise au moment de la publication.

N’empêche, Moineau est attachante. Et malgré le fait que le livre ait mal vieilli, vous vous attacherez à elle. Et vous ne pourrez que vous réjouir de la fin. Et moi, je me réjouis d’avoir enfin lu ce classique de la littérature pour enfants. Même s’il a plein de défauts et qu’il est irréaliste.

Titre pour le Challenge « Le nez dans les livres »

Il ne faut pas faire les coins ronds avec les enfants

Aussi bien aller droit au but. Il n’est pas question du grand-père du narrateur mais de son arrière-grand-père. Aussi bien que vous le sachiez tout de suite. Pas que ça change grandement les choses, mais tout de même.

Il ne faut pas faire les coins ronds avec les enfants. C’est une des premières choses qu’ils remarqueront. Le narrateur étant l’arrière-petit-fils de celui qui est le héros de cette histoire, ce dernier ne peut être le grand-père du premier. Les jeunes lecteurs vont s’arrêter à ça et oublier de regarder de près les magnifiques illustrations de Lane Smith autour d’arbres et d’arbustes taillés comme à Versailles. Et pourtant, les images de L’histoire en vert de mon grand-père sont de toute beauté. Vraiment. Ce sont elles qui « font » le livre, car le peu de texte qu’on y trouve n’a pas beaucoup d’intérêt et ne fait que relater en trois phrases la vie de cet homme qui est maintenant vieux et qui a moins de mémoire qu’avant. Un sujet abordé beaucoup mieux dans d’autres albums.

Dommage. J’aimais bien la fiancée, le parachutiste, le cœur, tous taillés dans le feuillage.

Iris

I comme Iris, un roman d’Anne Loyer que Leila Brient a illustré avec beaucoup de finesse et de douceur, met en scène non pas une problématique mais deux.

Il est d’abord question d’un problème d’apprentissage, car Iris, qui est un véritable moulin à paroles, a du mal à écrire tant toutes les lettres se ressemblent à ses yeux. Ce qui pousse la maman d’Iris à consulter un orthophoniste afin qu’il puisse aider la petite à y voir plus clair avec les mots.

Il est aussi question de la vie après un divorce, car Iris vit avec sa mère et un weekend sur deux voit son père, lequel a une autre petite fille avec une autre femme. Ce qui a fait qu’Iris est très attachée à sa mère du fait qu’elles sont tout l’une pour l’autre.

Tout se passe donc bien pour Iris dès qu’elle commence à travailler avec Ludovic, l’orthophoniste déniché par Edmonde la concierge. Elle progresse. Elle est heureuse. Mais pourquoi faut-il que sa maman ait invité Ludovic, Ludo pour les intimes, à manger chez eux? Ne sont-elles pas bien ensemble toutes les deux?

Avec subtilité, Anne Loyer pose les vraies questions. Le divorce. Les changements qu’il entraîne. L’acceptation ou le refus de certaines éventualités. Le blocage que peut ressentir un enfant en matière de lecture ou d’écriture.

Le résultat est un roman plein de tendresse mettant en scène une Iris des plus attachantes dans laquelle nombre d’enfants se reconnaîtront sûrement.

Maman s’est perdue

Avec Maman s’est perdue, Pierrette Dubé a choisi de modifier la perception d’une situation que nombre de parents ont vécue : un enfant qui disparaît du champ de vision ou de portée de voix alors qu’il était là quelques secondes plus tôt.

Regardons les choses autrement. Si c’était la maman qui s’était perdue et non l’enfant? S’il fallait faire le tour de tout le magasin pour trouver où elle se cache? S’il fallait même se rendre au comptoir des objets perdus où attend un papa qui n’a pas été attentif et non pas une maman?

Voilà ce que propose le très ludique album Maman s’est perdue, illustré avec beaucoup d’originalité et d’imagination par Caroline Hamel qui a mêlé collages et dessins pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Pour les parents qui ont des enfants qui ne restent pas en place et pour les enfants qui doivent suivre leurs parents à la trace, afin que nul ne se perde dans les grands magasins.

(D’ailleurs, je ne me suis jamais perdue. Maman vous le dira. C’est elle qui s’est perdue. Moi, j’étais juste là, pas loin. Mais elle ne m’a pas vue et s’est perdue en me cherchant.)

Hannah

Le jour où Manon décide qu’elle en a assez du violon et qu’il est temps qu’elle arrête de s’acharner inutilement sur son instrument est aussi celui où elle rencontre Hannah, une jeune Moldave qui joue du violon pour les passants. Un violon qu’elle appelle « gadalka » et dont elle fait jaillir de si belles mélodies que cela insuffle à Manon une énergie nouvelle et l’incite à pratiquer afin de pouvoir un jour prochain l’accompagner.

Mais Hannah a disparu et Manon a peur que, pour une question de papiers, sa nouvelle amie ait dû quitter le pays. Ce qui la pousse à redoubler d’ardeur. Pour que la musique ramène Hannah à elle et au bout de rue où elle jouait en échange de quelques pièces.

À la fois roman sur la musique et sur le pouvoir de celle-ci, Le violon sans papiers nous donne aussi une idée de la vie des sans-papiers qui circulent d’un pays à l’autre en étant continuellement rabroués sans que cela devienne un plaidoyer. Joliment illustré par Rémi Courgeon, le roman de Quitterie Simon (qui s’adresse aux lecteurs de 8 ans et plus), en mettant de l’avant la musique et les enfants qui en jouent, constitue une belle façon d’aborder ce problème de société et devraient faire en sore qu’ils ne posent plus les mêmes yeux sur toutes les Hannah du monde.

Titre pour le Challenge Des mots et des notes challenge-des-notes-et-des-mots-4.jpg

La tisseuse de nuages

Quel superbe album que La tisseuse de nuages qui raconte l’histoire de Chih-Nii, qui décida de tisser des nuages fin qu’il pleuve enfin sur le Mont Tai où est perché le village où elle vit qui n’a vu une goutte d’eau depuis si longtemps que le sol est maintenant si sec que les terres ne produisent presque plus rien. Ce qui a poussé Wang, le père de Chih-Nii, à quitter le village afin d’aller chercher ailleurs de l’eau. Mais Wang est parti depuis tellement de temps que les rumeurs commencent à courir à l’effet qu’il aurait abandonné les siens.

Chih-Nii réussira-t-elle? Va-t-il enfin pleuvoir? Et si oui, cela va-t-il ramener son père?

Faites-vous plaisir. Offrez-vous La tisseuse de nuages. Le texte d’Ingrid Chabbert, sensible et poétique, accompagne des illustrations signées Virginie Rapiat, qui sont d’une telle beauté que vous aurez envie de découper les pages de La tisseuse de nuages.

Faites plaisir à un enfant qui aime les beaux livres. Offrez-lui La tisseuse de nuages et choisissez parmi ces fonds d’écran celui qui lui plaira.

La tisseuse de nuages : de toute beauté.

La disparition du marchand de sable

Rien ne va plus. Il est minuit et les enfants ne dorment pas. Ils ne bâillent même pas. Justement le soir où Quenotte la souris doit déposer une pièce sous l’oreiller d’un garçonnet en échange de sa dent de lait.

Mais ce n’est pas tout. Il n’y a pas dans la chambre un peu de cette fine poussière que le marchand de sable laisse toujours derrière lui. Comme s’il n’était pas passé. Ce qui expliquerait pourquoi les enfants ne dorment pas. Serait-il en retard?

Voilà en quelques lignes la trame de ce bel album signé Nathalie Somers et illustré avec beaucoup de poésie par Lydie Baron qui nous entraîne au pays du marchand de sable dont le travail est des plus importants comme nous le constaterons au fil des pages.

Fantaisie, couleurs intenses, texte sobre et efficace sollicitent l’imagination des enfants qui trouveront dans ce conte le bon dosage de réalité et de rêve. Juste assez des deux pour qu’ils aient envie de se coucher le soir en espérant rencontrer le si sympathique marchand de sable qui nous est ici offert.

Le violon et le démon

Enzo et Titouche, son violon, ont longtemps été inséparables. Mais maintenant qu’Enzo a grandi, Titouche est devenu trop petit pour lui et il faudra le remplacer. Mais Titouche n’est pas d’accord avec la décision du père d’Enzo le concernant. Il lui faut absolument trouver une façon de grandir de trois centimètres s’il veut demeurer le fidèle compagnon d’Enzo.

Une seule solution : faire un pacte avec le diable en échange des centimètres manquants et ainsi céder son âme. Mais un violon sans âme peut-il faire vibrer ceux qui en jouent et ceux qui l’écoutent? Rien n’est moins sûr. Mais le mal est fait et il ne reste plus à Enzo et à son père qu’à récupérer l’âme de celui qui ne voulait pas se séparer de son violoniste préféré.

Jolie histoire que celle inventée par Emmanuel Trédez. Enfin, jusqu’à un certain point. Car je suis demeurée perplexe après avoir vu l’épilogue. Il y a trop de précipitation et de détails manquants pour rendre la fin solide alors que l’histoire est adroitement construite et pleine d’imagination.
Une fin ratée, malgré une histoire bien ficelée et attendrissante, demeure une fin ratée. Hélas.

Titre pour le Challenge Des notes et des mots challenge-des-notes-et-des-mots-4.jpg

Ydriane

La différence est un des thèmes majeurs de la littérature pour enfants. Il n’en demeure pas moins que chaque album ou roman qui aborde le sujet ne le fait pas de la même façon, ni avec le même œil ou en utilisant le même angle. Et s’il y a tant de livres sur la différence, c’est que c’est un sujet qui touche de près nombre d’enfants qui, pour une raison ou un ensemble de raisons, constatent un écart entre eux et les autres, souvent beaucoup plus grand qu’il ne l’est, et s’imaginent que les autres sont plus heureux qu’ils ne le sont.

Ydriane porte un prénom tellement unique que celui-ci la marginalise. De plus, elle fait une tête de plus que les filles de son âge. Et pour ajouter à tout ça, elle ne voit que d’un œil qu’elle cache sous une longue mèche de cheveux pour éviter que les autres ne remarquent que ses deux yeux ne regardent pas dans la même direction.

Inutile de préciser qu’Ydriane se démarque des autres pour toutes ces raisons et qu’elle voudrait bien parfois passer inaperçue. L’herbe paraît toujours plus verte dans la cour du voisin tant qu’on n’y a pas goûté, c’est bien connu.

Mais l’arrivée de Bogdan, lui aussi très grand et affublé d’un prénom rare, viendra changer la donne.

Céline Lamour-Crochet signe une fois de plus un autre bel album. Tout simple et très efficace, dans lequel les enfants se retrouveront. Et peut-être même des grands…