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Les pieds dans l’eau à Hamoir

hamoir

C’est l’hiver, oui, je sais. 41 cm de neige d’un seul coup, ça en fait des bancs de neige.
Je ne dis pas que ce n’est pas joli, ce serait mentir: c’est magnifique. Mais ce matin me prend l’envie de pieds dans l’Ourthe, en dégustant du chocolat avec Nathalie.

Image qui a surgi, comme ça. Une de celles qui apparaissent sans qu’on en explique la raison. Ou alors qui donneraient un mal de tête s’il fallait remonter jusqu’à la source, tant l’esprit vagabonde d’une idée à une autre.

Je sais seulement ce désir, ce matin, alors que Montréal est tout blanc et que nous sommes à une semaine de Noël. Je sais ce bonheur d’être ensemble toutes les deux, sans rien dire, à nous laisser porter par le décor et par la complicité. Je ferme les yeux et je suis à Hamoir. Et tellement heureuse.

Et ce matin aussi, je suis heureuse. Je ne laisse pas la tristesse franchir le seuil ni entrer dans mon cœur, pas question. Il y a trop de minutes de bonheur à vivre pour se laisser gagner par la tristesse. Et si je regarde derrière, c’est bien pour me rappeler de doux souvenirs et non pas parce que la vie me pèse et que je m’évade ainsi.

Je suis dans d’autres rêves, dans d’autres projets qui me mèneront dans ma Belgique tant aimée. C’est peut-être pourquoi de temps en temps certaines images s’imposent. Et je m’y incorpore.

C’est si bon d’avoir été heureuse, de l’être aujourd’hui, car le bonheur est en nous et ne nous vient pas des autres, et surtout de savoir que je le serai encore.

Dinant, il était une fois

dinant1

Est-ce là, exactement là, que quelque chose est né?
Je remonte le temps, vais jusqu’au 15 juillet, jour du périple à Dinant.
Vers ce paysage qui s’étalait devant nous.
Il y avait là un corsaire et moi, et derrière nous, Nathalie qui prenait la photo sans que nous le sachions.

Et puis, les semaines ont passé.
Des semaines de douce complicité.
Des semaines à être présents l’un pour l’autre.

Puis, l’amour s’est perdu en mer.
Ce ne sera ni le premier, ni le dernier à qui ça arrivera.

Mais quand la parenthèse se referme, comment garder intacte l’amitié naissante de ce jour-là, précisément, qui ne portait pas encore d’autre nom?
C’est ce que je cherche à lire en entrant dans la photo. Souhaitant qu’elle sache me guider à retrouver le cœur ami dans l’homme généreux de ce vendredi de juillet, cet homme qui se tient au bord de ma vie, et qui, semble-t-il, n’ose plus m’aborder. Alors que nous avons sûrement encore beaucoup à partager, dans un autre registre.

J’avais rêvé des grottes

remouchamps

Je porte rarement un pantalon. Je préfère de loin les robes et les jupes. Mais le froid d’aujourd’hui m’oblige à le faire. J’ai donc ressorti le noir que je portais un soir d’octobre et celui de Remouchamps, car pour visiter des caves, il vaut mieux s’habiller en conséquence !

J’avais rêvé des grottes. J’avais lu tout ce qui les concernait. Qu’elles étaient habitées il y a 8000 ans par des chasseurs. Que la rivière souterraine s’appelle le Rubicon. Qu’on va d’abord à pied, pendant un kilomètre, entre stalactites et stalagmites, pour entrer dans les profondeurs de la terre et revenir en bateau. Que cette promenade sur la rivière constitue l’un des navigations souterraines les plus longues au monde. Qu’une des salles s’appelle la cathédrale.

Me restait à les voir de près, à descendre dans le sous-sol et à me laisser éblouir par les couleurs. Car des verts et des bleus comme il m’en a été donné l’occasion d’en voir à Remouchamps, je n’en ai pas vu souvent d’aussi spectaculaires. Et aucune photo prise dans les grottes n’arrive à aller chercher ces couleurs, hélas.

Elles resteront donc dans ma tête. Comme resteront aussi gravées d’autres images de cette journée en compagnie de Jocelyne. Nos fous rires, le café à une terrasse, elle qui achète des dinosaures en plastique pour ses petits-fils, ma chute dans l’escalier et elle toute inquiète alors que je ris de mon étourderie.

Je crois que c’est cette journée-là que Jocelyne m’a parlé de sa grand-mère, libraire, qui tenait boutique à Spa. De son amour pour les livres, qui lui est venu d’elle. Du fait qu’elle aime les gens qui aiment les livres.

Chaque fois que nous nous écrivons ou que nous clavardons, nous parlons de nos lectures. Pour elle comme pour moi, les livres, c’est la porte ouverte aux voyages, à l’histoire et à la découverte.

Il fallait une lectrice avec moi pour que Remouchamps ait davantage de charme, une lectrice qui avait elle aussi tout dévoré sur les grottes, pour partager ma passion. Il fallait dans mes amis belges quelqu’un qui aime les livres autant que je les aime.

James Ensor huis… c’était trop tôt

ensor

C’est par ce Squelette regardant chinoiseries que j’ai découvert James Ensor, il y a quelques années. Cette toile a même servi de couverture à un numéro d’une revue littéraire, alors que j’étais adjointe au directeur de XYZ. La revue de la nouvelle.

J’avais envie de voir l’atelier où il a vécu 32 ans, à Ostende, au-dessus de la boutique de sa tante. Sentir jusqu’à quel point il avait pu s’imprégner de ce lieu pour en sortir un univers fantasque, qui en a fait un expressionniste de renommée internationale. Mais pas de chance, le musée était fermé ce jour-là.

ensor huis

Était-il trop tôt pour franchir la porte, pour moi ? Est-ce signe que je dois connaître mieux l’œuvre d’Ensor, sa vie, ses sources d’inspiration, pour profiter à plein de ma visite ? Je crois parfois aux signes, même si souvent je les balaie de la main.
Or, cette fois, j’ai envie de penser que ma visite chez Ensor était prématurée et qu’elle aura lieu à son heure. À celle où j’aurai à nouveau besoin de la mer du Nord, du vent, de la digue d’Ostende. De ce paysage rêvé dans lequel je suis entrée et qui faisait le quotidien d’Ensor.

Liège, deux histoires

expoliège

Un siècle tout juste après l’exposition universelle, je débarquais à Liège. Quelque vingt-quatre ans après le premier arrêt dans cette ville, en compagnie de Liliane, ma correspondante de Maastricht et de nos sœurs, toutes les deux prénommées Monique.
J’avais conservé en moi l’image d’une ville grise et curieusement, cette image persiste.

En 1981, opération shopping, alors que je rêvais de voir autre chose. Je suivais, dans ma bulle, bien davantage préoccupée par l’architecture que par les soldes. Encore aujourd’hui, faire les magasins est pour moi un supplice. Mais je me suis pliée au nom de l’amitié. Et le referais. Pour les sourire des trois folles du shopping avec moi.
Pour aussi cette rencontre dans le train au retour. Entre Liège et Louvain. Un Belge qui avait étudié un an à Montréal. Banal, direz-nous, mais attendez. Dans la même université. Mais encore ? Dans la même faculté, dans le même département, c’est beaucoup moins commun !
Et entre lui et moi une discussion à bâtons rompus. Tel cours, tel prof, l’association étudiante. Le temps d’un cours parcours, le voilà au milieu de souvenirs heureux. Je souris quand j’y pense. Dommage de ne pas avoir échangé nos coordonnées, probablement par timidité.

29 juin 2005. Le Thalys m’a emmenée de Paris à Liège où Jacques, le point de départ de mes histoires belges, m’attendait. Bien entendu, sous une pluie battante.
Si Jacques ne m’avait pas fait découvrir sa verte Wallonie, les sculptures de Comblain-au-Pont, s’il ne m’avait pas donné quelques rudiments de la langue wallonne, s’il ne m’avait pas fait découvrir les Gauf’ au Suc, aurais-je voulu en savoir plus sur ce petit pays qui est devenu si important à mes yeux ?

Jacques est la clé de départ. Le fil qui mène à Chantal, à Nathalie, à Jocelyne, à Sylvia, à Jean-Claude, à Gina, à Alain, à Annick, à Richard, à Thierry. Les autres sont arrivés autrement. Mais chacun d’entre eux, rencontrés en vrai ou encore virtuels, a une place privilégiée dans ma vie.

Liège a été le départ d’une grande aventure qui ne fait que commencer.
Et elle aura toujours le goût du péket, goûté dès mon arrivée, dans un resto tenu par quelqu’un qui avait vu Montréal. Toute petite, la planète.

Jouer aux histoires inventées à Huy

huy

Envie ce soir de me retrouver à Huy, avec Nath. De marcher dans les rues avec elle, de m’arrêter devant la vitrine de La Dérive, la librairie qui donne sur la grand’place. D’enfiler des allées sombres, de franchir des grilles, de me promener dans son Huy à elle, avec ses yeux. Comme ce vendredi de la mi-juillet.

De me retrouver à une table et de jouer aux histoires inventées.
En choisissant bien ceux et celles qui vont se voir brossés par nous.
Comme ce couple qui s’ennuyait, qu’on a fait sortir de chez eux, comme tous les vendredis soirs, alors que durant la semaine, monsieur travaille loin et vit chez sa maîtresse; mais elle ne le sait pas et est ravie quand il lui rapporte des horreurs, comme le sac vert pomme qu’elle arborait fièrement ce soir-là.
Ou ces deux jeunes demoiselles qui faisaient bien attention en tenant leurs intensiles. On soupçonnait le papa de les surveiller de loin, afin qu’elles soient bien à la terrasse et pas dans un fond de salle avec des jeunes hommes infréquentables.
Ce qu’on a ri ! Pas de meilleur jeu quand on est à une terrasse !

Envie d’en voir davantage, de profiter à plein de l’architecture, de l’histoire. De penser que Nicole qui m’a enseignée quand j’avais 17 ans, y a fait une partie de ses études et que cette ville est en elle, inscrite comme une des plus belles époques de sa vie.
Envie de Huy, ce soir. Huy, avec Nath.

Durbuy pour une glace

durbuy

Nous avions traversé Durbuy sous la drache, Fabien et moi. Le peu que j’avais vu me donnait envie de revoir un peu plus longuement la plus petite ville du monde.
C’est avec Jacques, Sylvia et son père que j’ai fait le tour de Durbuy, toute petite ville, il est vrai.
Encore des maisons de pierre comme je les aime pour tout décor. Des pavés. Des sculptures, des fleurs. Et Sylvia qui voit tout, qui m’indique l’angle, le détail, et ne rate rien de ce que je dois retenir avec son œil de photographe.

Voilà plusieurs fois que nous nous croisions trop brièvement, elle et moi. Durbuy a sûrement constitué un moment qui nous aura donné envie de nous connaître davantage. Attablés tous les quatre, Sylvia, devant une gaufre, moi devant une glace, nous nous découvrions, elle et moi, des tas de points communs. Voyages, livres, théâtre, pour n’en nommer que quelques-uns.

Au retour, quelques semaines plus tard, nous avons eu une soirée-nuit mémorable qui me fait encore sourire. Soirée pour moi, nuit pour elle et sa mère. Grâce à la cam, je me retrouvais chez elles, bonheur. On m’a même fait un café, comme chaque fois que je suis passée les voir. Et ce café avait un goût d’amitié, capable de franchir l’écran et de réchauffer le cœur.

Je repasserai chez Sylvia à Comblain-la-Tour. Elle m’emmènera voir un morceau de Belgique. On babeillera le temps du voyage et on rentrera pour le café.
Je ferme les yeux, je vois la table, les tasses, et surtout les sourires de tous ceux qui franchissent le seuil de cette maison, où la porte, comme le cœur, sont toujours ouverts.

Eupen avec Eugénie

eupen

Il est des journées improvisées qui ont un goût de tarte aux pommes à l’allemande.
Il est des journées où on a mal au ventre de tant rire.
Ce fut le cas avec Eugénie.

Nous nous connaissions peu et quelle ne fut pas notre joie de voir que nous aimions tant de choses en commun. Les vieilles bâtisses, l’histoire, le café, la campagne, la musique, ne pas nous prendre au sérieux, marcher, regarder, profiter de l’instant présent.

Grâce à Eugénie, j’aurai vu un morceau de la Belgique germanophone.
Eupen m’a séduite. Plein de petites allées où entrer, de vieilles pierres qu’on caresse du bout des doigts, des fenêtres fleuries, des bâtisses qui ont vécu et qui ont été conservées.
Et Eugénie et moi qui n’en finissions pas de nous raconter nos vies à mesure qu’elle me racontait Eupen. Ville qu’elle aime, qu’elle connaît et présente avec une anecdote pour chacun de ses recoins.

Trop heureuses de notre journée, on l’a étirée au maximum, allant jusqu’à souper chez son ami Éric, qu’on a traîné dans une soirée karaoké à Comblain-la-Tour. Où on a continué à rire et à discuter.

Depuis, combien de conversations sur le net, combien encore de moments partagés…
Les gens arrivent dans nos vies de toutes sortes de façons. Pour Eugénie, je remercierai toujours Jacques. Oui, la vie est étonnante. C’est pour cela, peut-être, que je l’aime tant!

La renarde d’Antheit

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Elle est pour les uns Chantal, pour quelques autres, moins nombreux, la Renarde. Pour moi, tantôt l’une, tantôt l’autre, selon notre humeur.
Jamais, en presque dix-huit mois sur MSN, nous ne nous sommes quittées si l’une des deux allait mal. Jamais. C’est dire combien de nuits blanches pour elle, à Antheit, avec le décalage !

Que de confidences partagées. Que de rêves divulgués. Que de bonheurs, aussi! Et de musiques échangées!

À la Renarde, je dois beaucoup. Il fallait une dingue pour réunir dans son jardin tous mes amis du net que je ne connaissais pas autrement et qu’elle ne connaissait pas non plus ! Et ce fut elle. Deux mois de boulot pour choisir la date, contacter tout le monde, en rencontrer certains, à expliquer le où, quand, comment, pourquoi.

J’ai encore les larmes aux yeux quand je repense à ce premier jour de juillet. Pouvoir enfin voir réunis ceux pour qui j’étais là, en quelque sorte. Ceux qui m’avaient donné d’eux-mêmes le meilleur et jamais moins. Qui m’avaient ouvert les portes de leur maison. Et aussi celles de leur cœur. Ceux qui m’avaient adoptée au fil des mois et qui, ce soir-là, se rencontraient les uns les autres.

Chantal, ses enfants, Nathalie, Jacques, Sylvia et sa tribu, Christian, Fa et Clem. Plus ceux qui gravitent autour de Chantal. Des absents, aussi, mais que je verrai une autre fois, puisque je traverserai à nouveau l’Atlantique.

Une fête. Un barbecue. Du reggae. Des rires.
Il m’est arrivé de me pincer ce soir-là. Oui, nous avions réussi notre pari à 6000 km d’écart.

À un moment, je me suis écartée. Isolée, en fait. Je voulais voir de loin les liens qui se tissaient.
C’était beau, je ne vous dis que ça.
Un moment qui vous met des étoiles dans les yeux.

Chantal et moi ne nous sommes pas revues après cette soirée. Mais cette rencontre est en nous, au même que les rêves de la chanson de Pierre Rapsat, ce troubadour qu’elle m’a fait découvrir un soir d’automne, en 2004. Pierre Rapsat, qu’elle a bien connu et qui tient, avec ses mots, avec ce qu’il dégageait, avec son humanisme, une place primordiale dans son cœur.

Nous aurons encore de nombreuses nuits sur le net en attendant de nous revoir elle et moi. Des nuits à écouter de la musique. Et surtout à être là l’une pour l’autre.
De sa cage, dont elle ne sait pas encore ouvrir tout à fait les barreaux à ma vie, tellement plus libre que la sienne, d’aucuns verraient un chemin infranchissable. Et pourtant…

Il y a au bord de ma vie une Chantal que je n’échangerais pour nulle autre et que je rêve de voir vivre pleinement. J’ai confiance, ma Renarde est patiente.

Je repasserai à Antheit. Nous irons voir la maison natale du peintre Paul Delvaux, périple qu’on s’était promis. Et d’ici là, j’écrirai. Et elle me lira. Parce que, désormais, chaque jour, après la lecture des courriels, il y a pour elle la lecture du journal de Lali.

Louvain-la-Neuve a un goût de crêpes

sculpturelouvain

De certains souvenirs belges, je retiens aujourd’hui la crêperie de Louvain-la-Neuve. Parce que c’était un dimanche, comme aujourd’hui, peut-être. Parce que le ciel annonçait une belle journée. Parce que j’étais bien, sûrement.

Je me rappelle une sculpture, que j’ai scrutée.
La nudité des corps comme quelque chose de naturel. Et ces corps penchés sur un livre. Partage de mots et de désir, voilà ce que je sentais et ce que je ressens encore quand je revois cette sculpture.

Il est des matins où on ne se pose pas de questions. Des matins où on se laisse vivre.
C’était un de ces matins. Où la vie est toute douce. Où il fait bon s’asseoir à une terrasse et y déguster une crêpe.

Quatre mois ont passé depuis ce matin de juillet. Les vacances se sont terminées. Les enfants sont retournés à l’école. Et ce dimanche, je rêve de crêpes à Louvain-la-Neuve.