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Il est minuit!

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Minuit à l’horloge du temps
Se pose délicatement
Cet an nouveau
Qu’on voudrait tellement beau

Minuit à la pendule des jours
2010 a revêtu ses atours
Il est l’heure de souhaiter
Une année où fleuriront amour et amitié
Au pays de Lali
Et dans votre propre vie

Bonne année à tous et à toutes!

Pendant dix ans

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J’aurais voulu une fois, une seule fois, ne pas arriver les mains vides. Ne pas attirer sur moi leurs regards pleins de pitié pour celle qui n’était pas comme les autres, mes cousins, leurs cousins et cousines, ma propre sœur, tous accompagnés.

La veille de l’affrontement annuel, je souhaitais que la fièvre me tombe dessus, que le verglas ou une tempête de neige ou une combinaison des trois nous empêche de prendre la route. Pour éviter qu’on me rappelle que je faisais partie des laissées pour compte qu’on examine de près pour saisir ce qui peut bien clocher pour qu’il en soit ainsi. Mais rien ne nous a jamais retenu à la maison. Le jour de l’an chez mon oncle était chose sacrée, même s’il fallait pour cela affronter le blizzard.

Et pendant dix ans, je n’ai attendu qu’un seul moment, tentant de me faire petite, pour ne pas voir toutes ces paires heureuses autour de moi. Un seul moment. Celui où j’ouvrirais mes cadeaux. Des livres que mon oncle aurait choisis pour moi et dans lesquels je pourrais me réfugier alors que les autres feraient la fête.

Un jour de l’été 1986, la mort a fauché mon oncle sur une route de campagne. Il n’y aurait plus de jour de l’An où on me regarderait avec compassion. Plus de Premier de l’an non plus où il viendrait s’asseoir avec moi et parler livres et voyages.

*toile de Louis Dilts

Ces lettres qui ont près de cent ans

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Ma tante, en rangeant le bureau de mon oncle dans lequel elle n’était pas entrée depuis son décès, il y a plus de vingt ans, a trouvé des lettres que ma grand-mère a écrites à mon grand-père alors qu’il était au front. Or, ces lettres, qui ont presque un siècle, que devons-nous en faire? Les lire? Les brûler sans les lire?

Serait-ce légitime que ma tante donne à ma mère ces lettres qui sont celles des parents de son mari et de ma mère et qui n’ont rien à voir avec elle? Sûrement. Mais de là à entrer dans ce qui a été leur intimité, il y a tout de même un pas à franchir. Un pas important.

Mais pour l’heure, la question ne se pose pas. Les lettres ne sont toujours pas en notre possession. Mais quand elle viendra, je m’imagine mal tout brûler sans rien lire. Sans découvrir la calligraphie de ma grand-mère, sans savoir si elle utilisait le « vous » ou le « tu », sans savoir si c’est bien elle qui m’a transmis ce gène de l’amour des mots.

*sur une toile d’Alfred Stevens

Attendant son heure

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Il lui a suffi d’entendre les doigts caresser les cordes pour que tout resurgisse à nouveau. Ses mains, son regard, ses lèvres. Comme si ce pan de sa vie s’était réfugié quelque part dans sa mémoire, attendant son heure.

Il a suffi de quelques cordes vibrant dans la nuit pour que son corps se rappelle qu’il a vibré un jour. Lui aussi.

*toile de Luciano Paone

Le bonheur?

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Le bonheur? N’est-ce pas tout simplement d’avoir près de soi une pile de livres et le temps de choisir par lequel on commencera ou même d’en mener trois de front? Alors, je suis heureuse. Tout simplement.

*toile d’Ivan Polya

Perdue dans des rêves qui s’étirent

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A-t-elle comme moi des envies de partir? Regarde-t-elle vers l’est comme je le fais matin après matin en rêvant de ces villes ailleurs qui ont tant d’histoires à raconter? Il me plait de l’imaginer semblable à moi. Perdue dans des rêves qui s’étirent, tantôt bleus, tantôt roses. Alors que la lumière du jour doucement efface ses traces et que seuls les mots s’éclairent du nom des pays dont elle rêve.

*toile de Philip Maliavin

Un temps pour suspendre le temps

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Il fait un temps pour s’emmitoufler. Un temps pour un feu de foyer – si j’en avais un. Un temps pour la paresse, pour les livres, pour les biscuits. Un temps pour suspendre le temps, le laisser aller à son rythme sans se demander si on gaspille de précieuses minutes à ne rien faire sauf rêver.

*toile de Margaret Fisher Prout

Dans ces ailleurs

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Rêver d’ailleurs aux parfums envoûtants. De plages sur lequel les vagues déroulent leurs plis. De villes aux noms imprononçables. De pays chantés par les poètes. De fruits dont le jus dégouline sur le menton. De fleurs qui embaument en dansant sous le soleil. De ciels autres que le mien. Rêver. De lui, de nous, dans ces ailleurs.

*sur une toile d’Edwin Landseer

Les vers d’Éluard 5

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La lectrice peinte par Jiri Stastny attendait impatiemment l’heure du rendez-vous avec Paul Éluard. Un rendez-vous qui lui a fait découvrir des poèmes magnifiques, dont celui-ci :

Nudité de la vérité

Je le sais bien.

Le désespoir n’a pas d’ailes,
L’amour non plus,
Pas de visage,
Ne parlent pas,
Je ne bouge pas,
Je ne les regarde pas,
Je ne leur parle pas
Mais je suis bien aussi vivant que mon amour et que mon désespoir.